Introduire le dindon sauvage : un fait d’armes de la FédéCP
Grand accomplissement dans les célébrations de son 80e anniversaire
L’introduction volontaire du dindon sauvage par l’homme est un des grands accomplissements de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FédéCP) au cours des 80 dernières années.
Le dindon sauvage a véritablement pris son envol au Québec au début des années 1980. On avait la preuve que le dindon n’était pas juste de passage, mais il venait s’installer en permanence. Sa nidification a été confirmée en Estrie en 1984.
L’oiseau gibier n’est pas un cadeau du ciel. On ne met pas cet oiseau gibier dans un enclos, et on ne l’attache pas non plus. On doit remonter en 1976 pour observer les premiers individus, en Montérégie. Ils provenaient du Maine.
Son expansion du côté américain aurait favorisé l’arrivée de ces intrus ailés. Pour la FédéCP, comme pour des bénévoles de ses associations régionales, des amateurs de gibiers à plumes et le ministère responsable de la Faune, tous y voyaient une nouvelle ressource faunique à implanter au Québec. Mais on était encore bien loin d’ouvrir la chasse à ce nouveau gibier à plumes.
Projet exemplaire
« Nous avons eu une opportunité en or de mettre en valeur cette espèce faunique. Ce projet exemplaire de-meure un bel exemple de complémentarité entre le FédéCP et le ministère responsable de la Faune. Dès le début, J’ai eu la chance de faire partie du projet d’introduction de l’espèce pendant 12 ans, de 2004 à 2016, et de voir l’ensemble de l’évolution de la relocalisation du dindon sauvage au Québec. J’y ai aussi participé, comme coordonna-teur auprès de bénévoles », relate le porte-parole de ce projet à la FédéCP et président de Sécurité nature, Pascal Alarie, dans une entrevue à « Rendez-Vous Nature ».
« Tranquillement, le dindon nous arrivait de la Montérégie. Mais on voulait accélérer son peuplement. On s’est inspiré d’un programme de relocalisation en Ontario, et obtenir le même succès au Québec. Le risque était minime car le dindon a besoin du même habitat que le cerf de Virginie », estime Pascal Alarie.
La FédéCP a donc entrepris l’intro-duction de dindons sauvages, en collaboration avec le ministère de la Faune. Les premiers lâchers des grands oiseaux ont donc été faits en Outaouais, avec des dindons captu- rés aux États-Unis et en Ontario, en collaboration avec « The Wild Turkey Federation », dont la mission est la conservation et la préservation du patrimoine cynégétique américain.

Avant la colonisation, les Amérindiens chassaient le dindon sauvage et la population était estimée à 10 millions d’individus en Amérique du Nord. Exploité pour se nourrir, la colonisation par les Européens a transformé les forêts en terres agricoles, éliminant son habitat.
En 1920, le dindon avait disparu de l’Ontario et des 18 des 39 États qu’il occupait à l’origine. Le repeuplement et la relocalisation ont été déployés aux États-Unis dès le milieu du 20e siècle. Son expansion a suivi.
700 dindons relocalisés
Des lâchers ont eu lieu de 2003 à 2013. Les dindons provenaient de l’Outaouais, du côté américain et de l’Ontario. Mais les années suivantes,le Québec était devenu indépen-dant et à partir de 2004, les oiseaux étaient capturés en Outaouais où ils proliféraient.
« On les capturait en hiver avec de grands filets triangulaires, quand les oiseaux étaient regroupés. On devait avoir un bon ratio mâles-femelles. Ça nous prenait une bonne stratégie. Il fallait ensuite recueillir les données biométriques de chaque oiseau et placer chacun dans une boîte. Après les captures, on devait les relocaliser en mois de 24 heures dans des sec-teurs précis, autorisés par le ministère, comme en Maurice et au Centre du Québec. En tout, 700 dindons ont été relocalisés entre 2023 et 2014 », précise fièrement Pascal Alarie qui a participé à deux opérations de captures et de lâchers.
Aujourd’hui, les dindons vivent et se reproduisent presque partout au Québec. Les changements climati-ques favorisent son expansion. Aucune opération de lâcher n’est requise, le grand oiseau colonise naturellement le territoire. On en observe en Gaspésie et même au Saguenay.
Grâce à des bénévoles des associations régionales de la FédéCP et des individus passionnés comme Pascal Alarie, les amateurs ont une nouvelle espèce dans leur mire et une qualité de chasse qui augmente d’année en année. Et le défi ambitieux est relevé.
Les 25 957 détenteurs d’un permis ont prélevé 10 026 dindons sauvages en 2025. Québec n’oblige plus la formation sur la biologie du dindon de la FédéCP depuis janvier, mais elle est fortement recommandée.
Cette chasse est réputée comme difficile, mais plus captivante que certains grands gibiers, avec la quête d’un grand oiseau méfiant à l’extrême et doté d’une vue bionique.

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