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Jean Brisson : 75 ans au service de son public

Retour sur son parcours médiatique prolifique
Jean Brisson a popularisé sa fameuse phrase « si Dieu le veut », à l’époque de son animateur à la Lutte Grand-Prix. (Photo courtoisie)

Après 75 ans de carrière, Jean Brisson quitte les ondes. À 95 ans, « l’animateur le plus pépé de Québec à Gaspé » a annoncé sa retraite, ce vendredi 4 septembre. Retour sur le parcours de l’une des figures médiatiques les plus marquantes dans l’histoire de l’Est-du-Québec.

Dans un reportage réalisé en 2021 dans le Journal Le Soir, Jean Brisson racontait qu’il n’a pas commencé sa carrière à Rimouski, mais plutôt à Matane.

Natif de Tadoussac, il avait 19 ans lorsqu’il a suivi une formation de cinq semaines à l’Université Laval, à Québec, après avoir vu une annonce dans le journal L’Action catholique. Une bourse de 75 $ obtenue du député de Baie-Comeau de l’époque lui avait permis de suivre cette formation.

À son retour, il a été embauché à CKBL Matane, qui venait d’ouvrir ses portes. Jean Brisson n’avait alors aucune expérience en radio. Il effectuait différentes tâches à la station, allant de la mise en ondes du chapelet le soir à celle de la messe le matin.

La télévision en était également à ses débuts. L’animateur regardait les premières émissions dans la vitrine du magasin Joseph-Antoine Santerre, à Matane.

Le hockey l’amène à Rimouski

Son arrivée à Rimouski découle en partie de sa passion pour le hockey. À l’époque, les matchs de hockey senior entre Matane et Rimouski attiraient beaucoup de spectateurs.

Jean Brisson fréquentait la cabine des médias, où il avait fait la connaissance de Bernard Langlois, qui travaillait aux sports à CJBR. Les deux hommes avaient pris l’habitude de discuter.

Jean Brisson et le grand Jean Béliveau, l’immortel numéro 4 des Canadiens de Montréal. (Photo courtoisie)
« J’étais très nerveux, et très impressionné de rencontrer et d’interviewer Maurice Richard », relate Jean Brisson. (Photo courtoisie)

Bernard Langlois a finalement parlé de lui à la famille Brillant, propriétaire de CJBR. Jean Brisson a reçu un appel et s’est rendu à Rimouski. Il obtenait alors un poste à l’émission du matin.

« Personne ne voulait travailler le matin à la radio de Rimouski, alors c’est là que j’ai obtenu mon poste. On m’a donné carte blanche », racontait-il lors d’une entrevue accordée au Journal Le Soir.

Il animera par la suite Debout c’est l’heure pendant plus d’un quart de siècle.

Des expressions restées dans les mémoires

Jean Brisson a accompagné les matins de plusieurs générations d’auditeurs du Bas-Saint-Laurent.

Il a également popularisé quelques expressions qui lui sont encore associées aujourd’hui. « Vous écoutez l’animateur le plus pépé de Québec à Gaspé ! », en terminant aussi ses émissions avec son fameux « À demain, si Dieu le veut ».

Jean Brisson, Jean Grimaldi, Jean Lapointe et Jérôme Lemay lors d’un spectacle présenté au Centre civique de Rimouski. (Photo courtoisie)
Jean Brisson s’improvise chanteur lors d’une émission à CJBR-TV, « Le Café de la Misaine », présentée le 18 janvier 1955. (Photo courtoisie)
Jean Brisson, à gauche et Pat Timmons, à droite, entourent l’heureuse gagnante d’une promotion, dans les années ’60. (Photo courtoisie)

Quant à l’expression Debout c’est l’heure, elle venait de l’animateur et comédien Roger Lebel, qui travaillait à CHRC Québec.

Jean Brisson racontait avoir emprunté « À demain, si Dieu le veut » à l’abbé Fougères, qui utilisait cette phrase après la messe diffusée à CKBL Matane.

Un Père Noël populaire

La télévision s’est rapidement ajoutée à ses activités. Jean Brisson y a notamment incarné le Père Noël pendant plusieurs années. Il avait obtenu ce rôle un peu par hasard.

Guy Madore, qui jouait le personnage à la télévision de Rimouski, était tombé malade. Après le refus de Guy Ross de le remplacer, Jean Brisson avait proposé d’essayer.

Jean Brisson dans son rôle du père Noël, en 1956, entouré de notables de Rimouski et de nombreux enfants. (Photo courtoisie)
Populaire le Père Noël Brisson? Une scène croquée dans les années 1960, dans les rues de Rimouski. (Photo courtoisie)

Le personnage a connu beaucoup de succès. Même plusieurs décennies plus tard, des gens continuaient de lui rappeler qu’il avait été leur Père Noël lorsqu’ils étaient enfants.

Jean Brisson reconnaissait d’ailleurs que ce personnage avait probablement été l’un des plus marquants de sa carrière.

La lutte Grand-Prix

Son parcours l’a aussi mené dans le monde de la lutte professionnelle.

Pat Poirier, promoteur de lutte à Rimouski, l’avait engagé pour présenter les lutteurs lors des galas tenus dans le vieux Colisée, sur les terrains de l’exposition agricole. Après le décès de Pat Poirier, Jean Brisson a continué les activités comme promoteur.

Au début des années 1970, il a participé à l’arrivée de la Lutte Grand-Prix à Télé 7, à Sherbrooke. Il est ensuite devenu présentateur des émissions, où il a notamment côtoyé Yvon Robert ainsi que Paul et Maurice Vachon.

Jean Brisson, à l’animation de la Lutte Grand-Prix, en compagnie du légendaire Édouard Carpentier. (Photo courtoisie)
Jean Brisson discute avec le célèbre lutteur Géant Ferré, aussi connu sous le non de André the Giant. (Photo courtoisie)

Son emploi du temps était particulièrement chargé. Après avoir animé Debout c’est l’heure à Rimouski, il devait régulièrement prendre la route vers Sherbrooke pour enregistrer deux émissions. Il avait trouvé une façon originale de dormir pendant le trajet.

Un homme de Trois-Pistoles qui possédait un corbillard venait le chercher à Rimouski.

« Je m’installais dedans en route pour Sherbrooke, pour dormir en chemin. Il venait me chercher à Rimouski après Debout c’est l’heure et on s’en allait en Estrie. Je n’arrêtais pas! J’animais aussi Soirée canadienne », se souvenait Jean Brisson.

Une entrevue avec Charles de Gaulle

Parmi les nombreuses entrevues réalisées au cours de sa carrière, celle avec le général Charles de Gaulle, en 1967, demeure l’une de celles qui l’ont le plus marqué.

Jean Brisson était arrivé à la station vers 5 h 30 lorsqu’il avait appris que le croiseur Le Colbert, qui transportait le général français, venait d’entrer dans les eaux canadiennes. Grâce à ses contacts à la station maritime de Pointe-au-Père, il avait réussi à être mis en communication avec le navire.

Jean Brisson, ci-dessus à Europe 1 à Paris, où il a animé, pendant deux ans, un concours permettant aux gagnants de venir participer au Festival d’automne de Rimouski. Il est accompagné de Claude Agnelli, directeur des émissions d’Europe 1, et de représentants d’Air Canada. (Photo courtoisie)
Jean Brisson et le rockeur français Johnny Hallyday (Photo courtoisie)

Il avait ainsi pu interviewer Charles de Gaulle durant son passage sur le Saint-Laurent. Jean Brisson avait utilisé le même système pour parler à d’autres personnalités, dont Charles Aznavour.

L’animateur disait avoir toujours préféré la spontanéité à la préparation.

« J’aimais ça, je me débrouillais et j’avais carte blanche. Je m’apercevais bien aussi que les gens aimaient mon style. Je ne me suis jamais préparé. J’ai toujours privilégié la spontanéité, car il y avait toujours des choses intéressantes à dire », expliquait-il.

De la radio à l’Agence spatiale canadienne

Après ses années à la radio et à la télévision rimouskoises, Jean Brisson a poursuivi sa carrière dans plusieurs autres domaines.

Il a notamment travaillé en politique dans l’entourage de l’ancien premier ministre Brian Mulroney, avant d’occuper pendant une dizaine d’années le poste de coordonnateur des projets spéciaux à l’Agence spatiale canadienne.

Pierre Nadeau, Jean Brisson et Bernard Derome, réunis en 2009. (Photo Le Soir.ca- archives)
Luc Lavoie, avec l’animateur Jean Brisson et le maire de Rimouski, Guy Caron (Photo courtoisie)

Jean Brisson a aussi travaillé dans le domaine des communications, notamment à l’Agence canadienne de développement international, en plus d’avoir été propriétaire hôtelier et propriétaire d’immeubles à logements.

La radio est toutefois demeurée présente dans sa vie. À 90 ans, Jean Brisson a pris le micro pour animer pendant cinq ans, chaque semaine, son émission hebdomadaire du samedi matin au FM 93 Rimouski.

Merci aux auditeurs

Dans son message annonçant sa retraite, Jean Brisson a tenu à remercier les auditeurs qui l’ont accompagné au cours des cinq dernières années.

« À vous tous, précieux et merveilleux auditeurs et auditrices, qui m’avez suivi pendant ces cinq dernières années, je vous jure que c’est la première fois que je manque de mots pour vous exprimer ma gratitude. Si j’ai appris une chose de cette aventure, c’est que la reconnaissance est une force qui nous unit tous », a-t-il écrit sur sa page Facebook.

À 95 ans, il compte maintenant consacrer davantage de temps à ses proches. Il ne prévoit toutefois pas rester complètement inactif.

Jean Brisson (photo courtoisie)

« Comme je ne peux rester sans rien faire, je vous annonce que j’ai déjà commencé une nouvelle carrière : Le farniente. Je suis persuadé que vous reviendrez souvent habiter mes plus beaux rêves. Merci, merci, mille fois merci! »

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