Voyeurisme : la cause du policier Simon Carrier prise en délibéré
Deux chefs d’accusation d’ordre sexuel
Un policier de la Sûreté du Québec qui travaillait notamment au poste de la MRC de Témiscouata, Simon Carrier, a été accusé des mêmes crimes sur lesquels il enquêtait. Son procès, qui déterminera s’il est coupable de voyeurisme et de partage d’images intimes, s’est ouvert lundi au palais de justice de Rivière-du-Loup.
Par Lydia Barnabé-Roy, Initiative de journalisme local- Infodimanche
Le 14 septembre, le juge, qui doit déterminer si l’accusé a agi dans l’exercice de ses fonctions ou pour son propre bénéfice, a porté la cause en délibéré et annoncé qu’il rendra sa décision en novembre.
L’histoire débute en 2023 quand M. Carrier démarre, de son propre chef, une enquête de voyeurisme et de partage d’images intimes, puisqu’il avait, selon ses dires, une bonne relation avec les plaignantes. Grâce à un mandat de perquisition, il saisit un téléphone où se retrouvent des fichiers à caractère sexuel.
À plusieurs reprises, l’accusé visionne les vidéos, sans noter toutes les consultations qu’il effectue sur l’appareil.
Carrier ne dément pas, qualifiant même ses manipulations d’«informelles». Il va même, à quatre reprises, montrer les images illicites à autant de collègues afin de «l’aider à identifier» deux inconnues parmi les quatre femmes concernées.
Or, les témoins ont partagé qu’à aucun moment Carrier ne leur a demandé de l’aide pour l’identification de victimes ni posé de questions quelconques au sujet de son enquête. Certains ont interprété son geste comme s’il était «fier» et que les images étaient comme «un trophée» pour lui.
Il a nié avoir dit de telles paroles, mentionnant même qu’il s’agissait d’un commentaire irrespectueux, désobligeant et «indigne de l’uniforme». Dans deux cas, il a même signifié que ce sont ses collègues qui avaient initié le visionnement d’une vidéo en lui demandant sur quel dossier qu’il travaillait.
Plaidories
Les avocats de la défense ont mentionné que chacune des interactions est survenue dans un poste de police. «Je pense que c’est un élément important», a soulevé Me Benoit Ducharme, souhaitant mettre en lumière que Carrier a agi dans l’exercice de ses fonctions.
La défense a ensuite déposé nombre de documents de jurisprudence concernant des accusations de voyeurisme, de partages d’images à caractère sexuel, des différences entre l’observation et l’enregistrement.
Il a aussi été question de la définition du mot «subrepticement» qui apparait dans le chef d’accusation de voyeurisme.
Il a signifié que son client niait avoir visionné les vidéos autrement que dans un but professionnel. À plusieurs reprises, M. Carrier a indiqué avoir pris ce dossier à cœur, rappelle l’avocat.
Ce dernier a ajouté qu’il était fréquent pour les policiers de se consulter entre eux pour avoir des informations et des conseils, surtout pour M. Carrier qui conduisait sa première enquête sur des crimes sexuels, malgré ses 13 ans de carrière en tant que patrouilleur.
Me Ducharme a aussi soulevé les collègues de M. Carrier qui n’ont pas dénoncé les gestes à un supérieur. Ce à quoi le juge a mentionné qu’il n’était pas déraisonnable de penser qu’ils ont réalisé leur gravité lorsque le Bureau des enquêtes indépendantes les a questionnés à ce sujet.

«Ce type de crime là, je ne suis pas certain que ça sautait aux yeux des policiers au moment des faits», a indiqué le juge Richard Côté. La défense a demandé au juge de reconnaitre la version de son client et de l’acquitter des deux chefs d’accusations qui pèsent contre lui.
Pour sa part, la Couronne a axé le début de sa plaidoirie sur les lacunes qu’a effectuées l’accusé lors de son enquête. Il a consulté de nombreuses fois le cellulaire sans prendre de notes.
«Comment peut-il prétendre qu’il ne savait pas que ça ne se faisait pas?», a questionné Me Louis Durand-Bluteau, qui a ajouté que Carrier a déjà été responsable des pièces à conviction.
Il a aussi mis de l’avant que Carrier a amorcé une enquête sans aviser son supérieur, ou la transférer à un enquêteur ou demander de l’aide à des personnes expérimentées.
«Chaque visionnement peut les revictimiser», a soutenu l’avocat, en évoquant les plaignantes. Il se demande où sont passées les préoccupations de Carrier par rapport à l’intérêt des victimes quand il montre les images illicites à ses collègues qui n’ont pas de compétence en la matière. M. Carrier a indiqué, en témoignage, vouloir arrêter la circulation des images. Or l’avocat de la Couronne se demande pourquoi l’accusé a continué de les montrer à d’autres.
«C’est quoi ça?»
L’avocat de l’équipe spécialisée en violences sexuelles au bureau de Québec évoque aussi que les témoins à qui l’accusé a montré les vidéos n’ont jamais demandé à les voir. Il rappelle même que l’un d’entre eux a indiqué avoir dit «C’est quoi ça?», quand il a vu de quoi il s’agissait.
Selon Louis Durand-Bluteau, les agissements de M. Carrier n’ont été «professionnels d’aucune manière». «Il les a montrées pour les montrer [les images]», croit-il, brisant ainsi la confiance des victimes envers lui. Il a donc demandé au juge de retenir la preuve de la Couronne et de reconnaitre l’accusé coupable.
Simon Carrier sera de retour en cour en novembre pour connaitre la décision du juge à l’issue du procès.

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