Actualités > Sophie Jean : voir sa vie basculer par le cancer du sein
Actualités

Sophie Jean : voir sa vie basculer par le cancer du sein

Mois de sensibilisation à la maladie
La Rimouskoise Sophie Jean. (Photo Le Soir.ca-Annie Levasseur)

Sophie Jean avait 40 ans le 28 août 2025 lorsqu’elle a appris qu’elle était atteinte d’un cancer du sein. Elle a vu sa vie basculer, mais la Rimouskoise est demeurée positive pendant tout le processus. En ce mois de sensibilisation à la maladie, elle veut lancer un message d’espoir aux autres femmes.

Lorsqu’elle a reçu le diagnostic dans le bureau de son médecin, les pensées de Sophie Jean se sont tout de suite dirigées vers sa fille qui était alors âgée de six ans.

« Ça a été le choc. Je me suis dit que ce n’était pas vrai que je ne pourrais pas prendre soin de ma fille et que je ne serais pas témoin de sa vie. Je ne pensais même pas à moi. Elle commençait la maternelle le lendemain, donc je lui ai annoncé un mois plus tard et je me suis préparée pour trouver les bons mots. Ça s’est bien passé parce que j’ai misé sur le fait que j’allais être bien entourée. »

La Rimouskoise a découvert une masse sur son sein gauche en mai 2025. « J’avais eu un coup sur le sein pendant mon entraînement, je pensais que c’était une contusion interne ou un kyste. Tu ne veux pas que ce soit ça, donc tu te mets à te faire à croire que c’est autre chose. Avec la vie qui va vite, j’ai attendu deux mois avant de consulter. Mon médecin a vu que c’était une évidence. S’en sont suivies une échographie, une biopsie et une mammographie. »

Une mastectomie partielle de son sein a été faite le 30 septembre 2025 et madame Jean a par la suite commencé des traitements de chimiothérapie jusqu’en février 2026 avant de commencer ceux de radiothérapie.

« En dehors des effets secondaires, le plus difficile est l’attente. Plus tu te rapproches des dates, plus le stress augmente et plus tu te questionnes. C’est pour ça que c’est important de se garder occupé et actif. C’est dans ma nature, je suis une fille joyeuse qui a beaucoup d’énergie », explique-t-elle.

Sophie Jean avant de se raser les cheveux. (Photo courtoisie)

Avant la chimiothérapie, Sophie Jean a décidé de couper ses cheveux.

« J’avais les cheveux au milieu du dos et je ne voulais pas les voir tomber. Nous avons fait ça en famille. Ma fille m’a fait une tresse qu’elle a coupé. Mon conjoint a ensuite rasé mes cheveux. C’était très émotif, mais nous avons trouvé le moyen d’en rire. C’est important de continuer d’avoir du plaisir au quotidien. »

Bien qu’elle doive suivre des traitements d’hormonothérapie pendant environ cinq ans, madame Jean a pu recommencer ses activités et reprendre son travail il y a quelques mois. Elle souligne avoir été bien accompagnée par les professionnels de la santé pendant toutes les étapes médicales.

« Je suis redevenue la Sophie que j’étais avant. J’ai appris que c’est important de te bâtir un cercle et une équipe autour de toi pour te soutenir dans la maladie. C’est important d’accepter l’aide et d’apprendre à déléguer. »

« Vieillir est un privilège »

Bien qu’elle soit restée positive pendant toutes les étapes, la femme originaire de Saint-Vianney dans La Matapédia dit avoir vécu un moment d’incompréhension lors de l’annonce de la nouvelle qui a changé sa vie.

« Il y a eu un profond sentiment d’injustice et de la colère parce que j’ai 40 ans, que je suis maman d’une petite fille de six ans, que je ne fume pas, ne bois pas, je m’entraîne et je mange bien. Je me demandais : pourquoi moi ? Il n’y a même pas de cancer du sein dans ma famille. Personne n’est à l’abri. C’est important de faire l’auto-examen des seins et il faut que les mammographies commencent à 40 ans. »

La Rimouskoise pendant les traitements de chimiothérapie. (Photo courtoisie)

La photographe et graphiste à son compte a fait face à un stress financier. Elle a dû arrêter de travailler pendant neuf mois.

« Même si j’avais des assurances, être malade n’est vraiment pas payant. J’ai dû aller piger dans mes économies et je dois me restreindre encore aujourd’hui. Depuis le moment que j’avais pris mes assurances, le coût de la vie a augmenté. Heureusement que mon conjoint était là pour me soutenir. J’encourage les travailleurs autonomes à se prendre des assurances invalidité. »

« La maladie ne nous définit pas »

Pour elle, le fait de voir son reflet dans le miroir a été un défi. « Mon corps n’était plus le même, mes cheveux tombaient comme les feuilles des arbres en automne. J’ai dû définir ma féminité autrement. »

Apprendre à vivre avec le regard des autres a aussi été difficile par moments pour la femme qui a maintenant 41 ans.

« Les regards des gens étaient à 80 % remplis d’empathie, mais il y a aussi beaucoup d’interrogation, de la surprise et du malaise. J’ai été touchée par les regards empathiques, mais à un moment donné je n’étais plus capable parce que la maladie ne nous définit pas et le cancer ne définit pas la suite des choses. Je suis la même femme avec plus de bagages et des objectifs positifs », affirme-t-elle.

Cette épreuve dans la vie de madame Jean lui a permis de voir la vie autrement et de réaliser que vieillir est un privilège.

« Le cancer m’a permis d’être plus dans le moment présent, je voyais la beauté dans tout, surtout dans le rire de ma fille. Il m’a permis de redéfinir ce que je souhaitais pour le reste de ma vie, et ce, dans toutes les sphères. Maintenant, je vais me réjouir de vieillir, c’est un grand privilège », conclut-elle.

Facebook Twitter Reddit