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Le motocross, un coffre à outils pour la vie

L'histoire de Sinatuma et Juannassie Ohaituk, deux jeunes frères inuits
Les frères Sinatuma et Juannassie Ohaituk (Photo Lydia Barnabé-Roy, Initiative de journalisme local- Info Dimanche)

À la traversée d’un petit chemin boisé aux couleurs d’automne, une maison se tient là, une grange et un enclos pour les ânes et les chevaux aussi. Puis, se profile dans le ciel un tipi. Une première marque de la présence de Sinatuma et Juannassie Ohaituk, deux jeunes frères inuits adeptes de motocross.

Lydia Barnabé-Roy, Initiative de journalisme local- Info Dimanche

Rien ne laisse croire, hormis la remorque cachée sur le côté de la maison et la petite piste de pratique au fond du terrain, leur passion pour ce sport motorisé.

Même les voisins pourraient l’ignorer puisque leurs motos sont électriques. Il n’en est rien, puisque les enfants de huit et six ans ont connu une saison de motocross exceptionnelle qui a été partagée dans le journal municipal mensuel de Saint-Juste-du-Lac.

Le plus vieux de la fratrie « Sina », s’est classé dans le podium des 11 courses auxquelles il a participé cet été. Il a ainsi remporté la première place du Championnat de supercross Québec-Maritime dans la catégorie 50 cc.

Son frère « Juanna » – prononcé Youna –, a fini septième au classement général dans sa catégorie. Un très beau résultat, sachant que le jeune garçon a des limitations, notamment une cécité à son œil gauche.

Une passion

Sina et Juanna sont tombés en amour avec le motocross lors d’une compétition à Amqui. Ils étaient émerveillés, raconte leur mère Danielle Lévesque.

Un bon ami de la famille, qui compétitionnait à l’époque, les a introduits au sport, il y a quatre ans. Il est devenu, en quelque sorte, leur entraineur. « Il leur a comme transmis sa passion », indique-t-elle.

« Qu’est-ce que tu aimes du motocross Sina?», demande la maman. «Les sauts, répond-t-il d’emblée [Une pause] Toute. » Elle confirme que pour son âge, il prend plaisir à s’élancer dans les airs aussitôt qu’il en a la chance. « Je lui dis souvent que dans les courses, il n’a pas besoin de sauter, c’est la vitesse [qui compte].»

Quand ils ne pratiquent pas dans la cour arrière ou au Circuit Course Dégelis, tout tourne autour de la moto. Les frères regardent des vidéos de moto, jouent à des jeux de motos, et s’amusent à créer des sentiers avec des motos en jouet.

Chacun a un mobile, dans sa chambre, créé à partir du premier pneu qu’ils ont usé ainsi que de leurs médailles amassées au fil des ans. Leurs prix et trophées sont aussi bien en vue.

Des outils

La maman ne cache pas qu’elle s’inquiète lorsque ses fils montent à moto. Le motocross est reconnu pour être un sport à haut risque – Juanna a même subi une fracture de la clavicule l’an dernier –, mais ce qu’ils en retiennent parvient à lui faire oublier les moins beaux côtés du sport.

À l’aide d’une moto collée sur son crayon par sa professeur, Juanna a appris à avoir la bonne posture de poignet. En ayant un bon angle de saut pour la moto, sa main est parfaitement placée pour écrire.

Sina, qui n’avait pas envie d’écrire un texte, a eu l’autorisation de sa professeure d’écrire sur la moto. Son texte a été le meilleur de sa classe et il a pu amener sa moto à l’école pour la montrer à ses amis. De beaux exemples de motivation.

Ils apprennent aussi le travail d’équipe. Bien que le motocross soit un sport individuel, Sina a réussi à décrocher la première place du podium grâce au sacrifice de son frère. En raison de son oeil, Juanna éprouve de la difficulté dans les départs et tombe souvent. À la dernière course déterminant si Sina remportait ou non le championnat, ils étaient côte à côte au départ.

Juanna a donc attendu avant de partir, pour ne pas entrainer son frère dans une éventuelle chute. Un geste qui a touché directement au cœur la maman des deux garçons. « Ça démontre leur belle fraternité. »

« Ce qui est important pour moi, c’est de leur donner une chance de vivre une passion, puis de croire en eux. Puis quand je vois la fierté qu’ils ont quand ils gagnent, c’est beau », partage-t-elle. Au-delà de ça, c’est aussi l’humilité qu’ils en retirent.

« Les petits gars, c’est vraiment une camaraderie qui est forte à chaque départ. Ils se félicitent entre eux, et s’entraident aussi. Ils apprennent à vivre les non-succès, les défaites, les échecs, témoigne Mme Lévesque. Ce n’est pas juste l’aspect de performance, ils apprennent à tomber, à se relever, à ne pas se décourager, à combattre la peur ».

« C’est un sport qui est à risque extrême. Je n’exagère pas, à presque toutes les compétitions quelqu’un repart en ambulance […] La quantité de bravoure que ça prend de ne pas te freiner sur tes peurs, je trouve que ce sont des outils pour la vie que ce sport-là permet d’aller chercher », croit-elle. Et les enseignantes de ses fils lui en font part.

Danielle Lévesque souhaite remercier tous les commanditaires qui l’aident à assumer les frais de saison de ses garçons, qui s’élève à au moins 20 000 $. Car ce qu’ils en retirent vaut bien plus que ça, ce sont des outils qu’ils utiliseront tout au long de leur vie.

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