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Lettre ouverte

La confiance ne devrait pas remplacer le devoir d’écoute

Lettre ouverte de Linda Lapierre, d'Amqui
La Ville d’Amqui (Photo courtoisie MRC de La Matapédia)

Quel est le rôle d’un conseiller municipal lorsqu’un citoyen lui fait part de préoccupations, lui explique les démarches entreprises auprès de l’administration municipale et lui demande de l’aide pour obtenir des réponses? La confiance ne devrait pas remplacer le devoir d’écoute.

Cette question me préoccupe à la suite de mes démarches auprès de la Ville d’Amqui, de la mairesse et de mon conseiller municipal du district no 4.

Après plusieurs démarches auprès de l’administration municipale, j’ai sollicité mon conseiller afin de lui exposer les difficultés rencontrées et de lui demander de m’aider à obtenir des éclaircissements.

Je lui ai demandé de m’écouter, de prendre connaissance de mes préoccupations, de m’indiquer les démarches qu’il entendait entreprendre et de me rencontrer afin que nous puissions échanger directement sur la situation.

Or, la réponse de mon conseiller municipal reprend essentiellement la position qui m’avait déjà été communiquée par la mairesse : le suivi du dossier relève de l’administration municipale et il convient de lui laisser le soin d’agir, s’il y a lieu. Le conseiller précise dans un courriel datant du 21 octobre dernier et je le cite: «je ne donnerai pas suite à votre demande de rencontre.»

Le conseiller précise avoir pleinement confiance en l’équipe de gestionnaires et laisse l’administration municipale assurer le suivi selon ses responsabilités.

Ainsi, après avoir exposé mes préoccupations à la mairesse, puis sollicité l’aide de mon conseiller municipal, je me retrouve essentiellement devant la même réponse, sans précisions supplémentaires sur les démarches qui pourraient être entreprises pour répondre à mes interrogations.

Mais est-ce suffisant?

Pas renoncer à poser des questions

Imaginez un parent qui signale à la direction d’une école que son enfant pourrait être victime d’intimidation.

Malgré ses démarches, ce parent estime ne pas avoir obtenu de réponses suffisantes. Il décide alors de solliciter une autre personne en position de l’aider, dans l’espoir que ses préoccupations soient entendues et qu’un suivi puisse être clarifié.

Cette personne lui répond qu’elle fait pleinement confiance à la direction de l’école et que, si des mesures doivent être prises, les personnes responsables s’en chargeront.

Le parent ne demande pourtant pas à cette personne de mener elle-même une enquête ni de se substituer à la direction. Il cherche simplement à savoir si ses préoccupations ont été examinées et quelles suites seront données à son signalement.

Serait-il déraisonnable de sa part de demander davantage qu’une simple déclaration de confiance?

Cette situation illustre un principe fondamental : faire confiance aux personnes responsables ne signifie pas que les questions soulevées doivent rester sans réponse.

Bien entendu, cet exemple ne signifie pas qu’une situation de ce type et une démarche auprès d’une administration municipale sont identiques. Il permet plutôt de mettre en lumière une réalité commune : lorsqu’une personne demande de l’aide pour obtenir des éclaircissements, lui rappeler que d’autres personnes sont responsables du dossier ne répond pas nécessairement à sa demande.

Faire confiance et faire preuve de vigilance ne sont pas incompatibles.

À quoi sert la représentation citoyenne?

Je comprends que les décisions administratives doivent être prises par les personnes compétentes et que les élus ne peuvent pas se substituer aux fonctionnaires dans l’exercice de leurs responsabilités.

Toutefois, je m’interroge sur la portée du rôle de représentation d’un conseiller municipal lorsqu’un citoyen lui signale des difficultés persistantes à obtenir des réponses.

Un élu doit-il simplement renvoyer le citoyen vers l’administration municipale, même lorsque celui-ci lui explique que ses démarches ne lui permettent pas d’obtenir les éclaircissements recherchés?

Ne peut-il pas, dans les limites de ses fonctions, demander si les préoccupations ont été examinées, vérifier si un suivi a été effectué et aider le citoyen à comprendre les démarches possibles?

Je ne prétends pas qu’un conseiller municipal doit systématiquement donner raison à la personne qui le sollicite. Je ne prétends pas non plus qu’il doit intervenir dans chaque dossier ni remettre en question le travail de l’administration.

Je crois cependant qu’il est légitime de s’attendre à ce qu’un représentant élu écoute les citoyens de son district, prenne leurs préoccupations au sérieux et leur explique clairement de quelle manière il peut, ou ne peut pas, les aider.

Dans ma démarche auprès du conseiller municipal du district no 4 de la Ville d’Amqui, j’ai également demandé une rencontre afin de pouvoir exposer directement la situation. Sa réponse ne précise pas s’il entend effectuer des démarches auprès de l’administration municipale et ne répond pas à cette demande de rencontre.

La mairesse m’avait déjà indiqué que le suivi relevait de l’administration municipale. Mon conseiller adopte essentiellement la même position.

C’est précisément cette absence de réponse concrète, malgré mes démarches auprès de deux représentants municipaux, qui soulève mes interrogations.

La confiance du public se mérite par la transparence

Les citoyens ne demandent pas nécessairement que leurs demandes soient acceptées ni que les décisions leur soient toujours favorables.

Ils demandent à être entendus. Ils demandent à comprendre les réponses qui leur sont données. Ils demandent à savoir si leurs préoccupations ont été examinées et quelles démarches peuvent être entreprises lorsque des questions demeurent sans réponse.

La confiance envers une administration municipale ne devrait pas être invoquée pour mettre fin aux interrogations. Elle devrait plutôt être renforcée par la transparence, la cohérence des réponses et la capacité d’expliquer les démarches entreprises.

Je tiens également à souligner que la Commission d’accès à l’information a formulé une mise en garde explicite à l’endroit de la Ville d’Amqui dans une décision rendue antérieurement.

Aux paragraphes 39 à 41 de cette décision, la Commission rappelle qu’il n’est pas conforme aux exigences de la Loi sur l’accès de répondre à une demande d’accès avant que l’exercice de repérage des documents soit terminé.

Elle souligne également qu’une telle façon de procéder est susceptible de créer de la confusion et d’entacher la crédibilité du responsable de l’accès ainsi que du processus de traitement des demandes.

Elle précise enfin que, dans cette affaire, la demanderesse était légitimée de croire que les documents recherchés existaient, compte tenu du caractère imprécis des réponses obtenues.

Je ne cite pas cette décision pour prétendre qu’elle tranche les questions soulevées dans mon dossier actuel, puisque son objet est distinct.

Je la mentionne plutôt parce qu’elle illustre l’importance que revêtent la clarté des réponses, la transparence des démarches et le respect des obligations applicables dans les relations entre une administration municipale et les citoyens.

Dans ce contexte, lorsque je sollicite l’aide de mon conseiller municipal après plusieurs démarches demeurées insatisfaisantes à mes yeux, il me semble légitime de demander davantage qu’une simple déclaration de confiance envers l’administration : je souhaite savoir si mes préoccupations ont été examinées et si un suivi concret peut être effectué.

De la même façon, la confiance envers les gestionnaires municipaux ne devrait pas empêcher un élu d’écouter un citoyen qui lui demande de l’aide.

Il ne s’agit pas d’opposer les élus aux fonctionnaires. Il s’agit de reconnaître que l’écoute des citoyens et le bon fonctionnement de l’administration municipale peuvent aller de pair.

Lorsque la mairesse et le conseiller municipal apportent essentiellement la même réponse, sans que les questions du citoyen trouvent de réponse satisfaisante, il est légitime de se demander vers qui celui-ci peut se tourner pour obtenir des éclaircissements.

Un appel à la réflexion

Par cette lettre ouverte, je souhaite interpeller les élus municipaux, les citoyens et les organismes qui s’intéressent à la défense des droits des citoyens et à la gouvernance municipale.

Quelles attentes les citoyens peuvent-ils raisonnablement avoir envers leur conseiller municipal lorsqu’ils éprouvent des difficultés à obtenir des réponses de leur administration?

Quel suivi un élu peut-il offrir sans empiéter sur les responsabilités des fonctionnaires?

Et comment préserver la confiance du public lorsque les citoyens ont le sentiment que leurs préoccupations sont simplement renvoyées d’un interlocuteur à un autre?

Ce sont des questions légitimes qui méritent une réflexion collective.

Un citoyen qui demande des explications ne cherche pas nécessairement la confrontation. Un citoyen qui sollicite son conseiller municipal ne lui demande pas automatiquement de prendre parti. Il peut simplement chercher à comprendre, à être entendu et à obtenir des réponses.

La confiance envers une administration ne devrait jamais devenir un mur entre le citoyen et les réponses qu’il cherche légitimement à obtenir.

C’est ce que j’attends de la Ville d’Amqui. C’est aussi ce que j’estime raisonnable d’attendre de la personne élue pour représenter les citoyens du district no 4.

Linda Lapierre, citoyenne d’Amqui

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