30.10.2020
Nouvelle de 19 h Quatre ans de querelles au sujet de la cathédrale

Quatre ans de querelles au sujet de la cathédrale

Des documents de cour en disent long sur le conflit marguilliers-Archevêché

Les querelles entre les administrateurs de la Fabrique Saint-Germain et l’Archevêché de Rimouski persistent depuis presque aussi longtemps que sa fermeture pour cause de délabrement présumée.

Si la cathédrale est fermée depuis plus de cinq ans (novembre 2014), les braises du conflit entre les marguilliers et l’Archevêché remontent à quatre ans, soit depuis l’élection de deux des marguilliers actuels en décembre 2016, soit Jean-Charles Lechasseur et Nathalie Lebond. Un peu avant, même, puisque l’Archevêque aurait fait connaître certaines intentions le 7 septembre.

Victor Lepage est venu remplacer un autre marguillier au même moment, avant d’être élu formellement en novembre 2017. Albert Carré a été élu en janvier 2018.

Le journal le soir a mis la main sur le document établissant la défense orale par exposé sommaire et demande reconventionnelle déposée par la procureure des marguilliers, Sophie Noël, le printemps dernier, à la suite de la poursuite engagée par l’Archevêché pour démettre les marguilliers. Ce document relate l’escalade des mauvaises relations entre les marguilliers de la Fabrique Saint-Germain et des membres de l’équipe administrative de l’archevêque Denis Grondin.

Les deux parties

L’auteur de ces lignes se fera prudent en mettant certaines affirmations au conditionnel. À l’occasion, pour faciliter la compréhension de ses lecteurs, il utilisera le terme « Archevêché » pour identifier les demandeurs/défendeurs reconventionnels : Denis Grondin, la Corporation archiépiscopale de Rimouski, l’Archevêque catholique romain de Rimouski et Michel Lavoie, alors économe diocésain, Yves-Marie Melançon, chancelier du Diocèse, Suzanne Bérubé, marguillière de la paroisse de la Bienheureuse Élisabeth Turgeon et Rodrigo Hernan Zuluaga Lopez, prêtre modérateur.

Nous utiliserons le terme « La Fabrique », pour désigner les défendeurs/demandeurs reconventionnels : la Fabrique Saint-Germain, Nathalie Leblond, Jean-Charles Lechasseur, Victor Lepage et Albert Carré, marguilliers; et Me Christine Briand, notaire, la Caisse Desjardins de Rimouski et la procureure générale du Québec.

Discrimination

Premier extrait, qui se veut une mise en contexte : « Les marguilliers (feraient) l’objet de discrimination et de harcèlement depuis les décrets qui s’aggravent constamment et maintenant, d’une poursuite abusive; la Fabrique éprouve des difficultés, car elle ne peut pas gérer ses biens et (l’Archevêché) lui impose des obligations financières et des choix déraisonnables. »

On apprend notamment qu’en août 2018, un paroissien nommé par l’Archevêque pour présider la Fabrique a été par la suite exclu, parce que l’Archevêché aurait appris qu’il faisait partie du Regroupement diocésain pour la sauvegarde de la cathédrale. « En l’absence de Denis Grondin, une autorité des personnes morales demanderesses, le chancelier Yves-Marie Melançon, informe monsieur… que le poste ne peut lui être octroyé, car (…) Denis Grondin n’avait pas l’autorité d’une rencontre seul à seul avec lui sur ce sujet et ne pouvait donc lui confier l’occupation du poste. » « Le chancelier Melançon ajoute et motive, au moment de la disqualification de monsieur … suivant la relation qu’il entretiendrait avec le mouvement citoyen de sauvegarde de la cathédrale. »

Inaction et négligence

La partie de la Fabrique estime que l’incapacité de bien gérer la cathédrale des marguilliers serait causée par « l’inaction et la négligence » de l’Archevêché et maintiendrait la Fabrique « dans un état administratif confus et brouillon », « situation dont ils (les responsables de l’Archevêché) (seraient) les auteurs et dont ils tentent injustement, de faire porter le blâme » aux marguilliers concernés.

Le président de la Fabrique Saint-Germain, Jean-Charles Lechasseur, semblait avoir oublié les tracas, en fin de semaine, alors qu’on effectuait des travaux de nettoyage autour de la cathédrale. (Photo: courtoisie)

On ajoute que les marguilliers et leur groupe « sont lucides, contrairement aux insinuations (alléguées) de Denis Grondin ». Aussi, on plaide que « Les défendeurs/demandeurs reconventionnels, dûment élus, furent ignorés, mis à l’écart; (seraient) entravés et paralysés dans l’exercice de leurs responsabilités et obligations » par l’Archevêché, « en représailles à leurs opinions et convictions politiques, dans une intention de nuire, de s’attaquer à leur réputation, en cherchant à les ridiculiser et à les humilier, en plus de les exposer au mépris du public. »

Courriels

Le document souligne que des courriels en provenance de l’Archevêché, en septembre 2018 et en novembre 2018, « (démontreraient) les intentions claires des demandeurs/défendeurs reconventionnels de ruiner la Fabrique. » On ajoute que « La recherche de la communication dans un esprit positif afin de servir le peuple de Dieu (se serait avérée) des plus pitoyables lorsque mis en relation avec les enseignements qu’ils prodiguent.»

Le 19 janvier 2017, des marguilliers alors nouvellement élus estiment que la présence du chancelier Yves-Marie Melançon, représentant de l’Archevêché, « perturbe et impose ses volontés à l’assemblée de Fabrique », pour « entraver la démocratie » et « contester le processus électoral des mois précédents. » On leur aurait demandé de poser « des gestes administratifs allant à l’encontre des règles de fonctionnement d’une personne morale. »

Procès-verbaux dénaturés?

Le chancelier aurait « dénaturé les deux procès-verbaux. » L’argumentaire de la partie Fabrique prétend que les dirigeants de l’Archevêché « ne pouvaient ignorer que les gestes qu’ils posaient étaient gravement préjudiciables à la Fabrique Saint-Germain de Rimouski. »

À la suite d’une réunion en mars 2018, l’économe diocésain aurait mis en garde les administrateurs de la Fabrique en leur disant que leurs décisions « ne passeraient jamais » et qu’ils seraient « mis en tutelle ».

Denis Grondin aurait alors émis des décrets, le 19 avril suivant, « aux contenus déraisonnables » pour faire obstacle à quatre résolutions. Il aurait ajouté que « l’assemblée de Fabrique Saint-Germain n’est pas autorisée à soutenir une action en justice pour contester les décrets de l’Évêque » et qu’elle devait « respecter intégralement la présente ordonnance. »

Détruite

C’est ainsi que la paroisse de Saint-Germain, après la formation de la paroisse de la Bienheureuse Élisabeth-Turgeon par décret réunissant toutes les autres églises de Rimouski, « sera détruite, sans paroissien ni curé et avec des édifices abandonnés, détournant manifestement l’esprit de la Loi des Fabriques en formant cette coquille vide. »

L’avocate de la Fabrique rappelle dans son document que dès le 7 septembre 2016, Denis Grondin aurait déclaré que « Dans les prochains jours, je compte nommer une personne responsable qui verra à mettre sur pied la corporation qui prendra la succession de la Fabrique Saint-Germain. Alors, la cathédrale ne sera plus sous la dépendance financière ni de la Fabrique ni du Diocèse. Je souhaite que cela se réalise avant la fin de l’année 2016. »

Détournement de fonds?

Le document contient aussi des informations et détails, laissant croire à un détournement de fonds de l’ordre de 170 000 $ destinés à l’origine à la Fabrique Saint-Germain en 2018. Cette affaire a incité les marguilliers à déposer une plainte à la Sûreté du Québec. Les présumés auteurs de ce détournement « ne pouvaient ignorer la gravité des gestes qu’ils (auraient) commis », croit-on.

L’institution bancaire concernée aurait été « induite en erreur du fait de l’autorité antérieure des signataires reconnue d’une ancienne administration » (de la Fabrique).

Par ailleurs, les marguilliers poursuivis estiment avoir été tenus dans l’ignorance de certaines informations cruciales volontairement, ne disposant « d’aucune information, registre comptable, registre de paroissiens et équipement pour gérer les biens meubles et immeubles », malgré « plusieurs demandes. »

Le dialogue aurait été définitivement rompu en 2018 alors que les demandeurs/défendeurs reconventionnels auraient été « dépossédés de toutes les archives et (du) registre de la Fabrique Saint-Germain. »

La partie défendeurs/demandeurs reconventionnels (La Fabrique) rappelle d’autre part que l’Archevêché aurait fait perdurer depuis 2014 « la croyance du délabrement de la cathédrale. »

Dommages réclamés

Elle souligne que les marguilliers dont la destitution est réclamée par l’Archevêché ont vécu un « sentiment d’humiliation, de tristesse et de frustration » découlant de la procédure entamée par l’Archevêché. « Ostracisés et humiliés » dans leur communauté et ayant subi un préjudice pour ceux qui sont en affaires, Victor Lepage, Jean-Charles Lechasseur, Nathalie Lebond et Albert Carré demandent réparation.

« À titre de dommages compensatoires, les défendeurs/demandeurs reconventionnels demandent la somme de 35 000 $ chacun pour compenser les tracas, inconvénients, perte de jouissance que lui ont occasionnés notamment les procédures et les gestes », posés par l’Archevêché.

Ils demandent aussi des dommages exemplaires de 15 000 $ chacun. Le procès n’est pas encore commencé, mais les avocats des deux parties sont en discussions sur différents points.

Rappelons que le journal a tenté à quelques reprises de joindre l’avocat de l’Archevêché ces dernières semaines, mais sans succès.

Grand nettoyage

Notons d’autre part que des bénévoles et des membres de l’assemblée de Fabrique Saint-Germain ont profité de la longue fin de semaine de la fête du Travail pour effectuer quelques travaux de nettoyage autour de la cathédrale. La clôture du côté Ouest a été retirée et le terrain a été nettoyé. Le gazon a été fait. D’autres travaux sont prévus.

Un marguillier, Albert Carré, procédant lui aussi à des travaux autour de l’église, en fin de semaine dernière. (Photo: courtoisie)
Le terrain du presbytère a aussi été bien nettoyé. (Photo: courtoisie)
Une partie du grillage a été retiré du côté Ouest. (Photo: courtoisie)

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