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Nouvelle de 18 h

Le rôle du père a toujours besoin d’être valorisé

Un intervenant déplore que les iniquités persistent après 20 ans d’implication
«Il n’y a toujours pas de refuges pour les hommes en 2021. » (Photo: Unsplash photos)

Le hasard a bien fait les choses cette semaine pour un intervenant de Rimouski qui se bat pour la cause des pères depuis 20 ans, alors que le journal le soir a eu l’occasion de sensibiliser à ce sujet le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, qui insiste pour que le rôle du père dans la famille soit davantage valorisé.

Constatant un préjugé fortement favorable pour les femmes dans les causes de séparation devant les tribunaux, Jean-Marc Bessette a fondé une organisation, Papa pour toujours, qui vient en aide à des pères en détresse dans la limite de ses besoins. Même après avoir réussi « le travail » avec son rejeton, puisqu’il est rendu à 27 ans et a trouvé sa voie scolaire et professionnelle, monsieur Bessette pourrait se désintéresser de la cause, mais il persiste.

En détresse

« Mon fils a réussi malgré les aléas d’une séparation, mais j’ai encore plein d’appels d’hommes en détresse que je tente de conseiller. Il serait facile de réagir comme si on avait une voiture, qu’on rentre au garage et dont on règle le problème pour se satisfaire temporairement. Mais on ne peut pas ni ne doit laisser tomber ces hommes-là », réagit-il.

Après quelques années de silence, monsieur Bessette a renoué avec l’auteur de ces lignes pour tenter de passer son message. L’occasion était belle d’interpeller le ministre à ce sujet, dont les commentaires seront rapportés un peu plus loin ci-dessous. Mais laissons monsieur Bessette tracer d’abord un portrait de la situation, de son point de vue.

« Est-ce que la cause des hommes et des pères a avancé depuis 20 ans? Pas d’un pouce! Pour obtenir la commission et le rapport Rondeau, qui ont eu lieu il y a 17 ans, et il avait fallu qu’on se plaigne énormément. Depuis… plus rien. On se souviendra que le journaliste sportif Gordon Sawyer avait mené publiquement une rude bataille pour la défense des droits des pères, entre autres », remarque-t-il.

Féminicides

« On a vu récemment une vague de féminicides et c’est très bien que le gouvernement intervienne, mais quand la vice-première ministre a annoncé récemment qu’elle investissait 30 M$ dès maintenant pour étendre un projet-pilote pour les femmes dans tout le Québec, ma réaction aurait été de lui répondre : « Mais, nous, les hommes, on attend depuis 17 ans! Vous n’y mettez jamais d’argent et vous ne cherchez pas à rétablir les choses. » Si des féminicides surviennent, c’est justement parce qu’il y a des hommes en détresse. Je ne dis pas qu’il ne faut pas aider les femmes en détresse, je dis qu’il faut aider les hommes aussi », soutient Jean-Marc Bessette.

Pas les bienvenus

« Valoriser la paternité, c’est une bonne chose, mais il faut davantage. Et je me demande jusqu’à quel point le ministère de la Famille, lui-même, ne compte pas plus de femmes que d’hommes qui influencent les politiques. Je sais qu’il y a des programmes pour les hommes en détresse, en théorie, mais je sais aussi, en pratique, qu’ils ne sont pas toujours les bienvenus dans les CLSC », affirme aussi monsieur Bessette.

« Combien ça fait d’années que le gouvernement du Québec tient des campagnes d’information pour dire aux femmes qu’elles peuvent être écoutées, aidées, hébergées si elles ont des problèmes, si elles sont violentées ou abusées, et c’est bien correct? Mais avez-vous vu des campagnes qui invitent les hommes en détresse à se réfugier quelque part? »

30 M$ de plus

« Je crois qu’il faut mettre de l’avant, surtout, le fait qu’au ministère de la Santé et des Services sociaux, rien n’a encore abouti quant au dossier des hommes. On nous dit qu’il y aura des choses, mais il n’y a toujours rien, ou bien des projets-pilotes qui n’aboutissent pas, alors que pour les femmes, on vient de donner 30 M$ de plus qui n’ont même pas été demandés à des projets-pilotes déjà en cours. Le problème est concentré au ministère de la Santé et des Services sociaux. Un homme qui vit avec un enfant en se débrouillant avec 500 $ par mois pourrait fréquenter une maison d’hébergement… s’il était une femme! Mais ce n’est pas le cas. Pourquoi n’y a t-il toujours aucun refuge pour les hommes, en 2021? », s’interroge monsieur Bessette.

Valoriser le rôle du père

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe croit que quelques pas ont été faits. Il refuse toutefois de tomber dans les comparaisons hommes-femmes du financement, préférant adopter une approche plus constructive.

« C’est un dossier qui ne relève pas exclusivement du ministère de la Famille, mais, comme ministre de la Famille, j’ai quand même une certaine responsabilité, notamment avec un programme pour favoriser l’exercice de la coparentalité. On y finance des projets qui permettent de faire la promotion de familles où on favorise l’équité dans les responsabilités et les tâches. Je soutiens aussi le Regroupement pour la valorisation de la paternité et je dis souvent que si on veut aider les femmes à continuer de fracasser les plafonds de verre, les aider à continuer à investir de plus en plus le marché du travail, ça prend aussi des hommes qui sont là pour les épauler », déclare le ministre.

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe. (Photo: capture d’écran Alexandre D’Astous)

Implication

« Chaque fois qu’on valorise le rôle et l’implication des pères, entre autres auprès des jeunes enfants, on favorise par la même occasion l’essor des femmes. Les deux sont liés. Je suis un homme et un jeune père de famille. Je me sens interpellé par ce dossier et je peux comprendre les réactions qui peuvent se produire. Il y a toujours un rattrapage à faire qui n’est pas terminé pour les femmes, mais il ne faudrait pas pour autant laisser les hommes de côté », ajoute monsieur Lacombe.

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