Éditorial Travailler c’est trop dur ?

Travailler c’est trop dur ?

Avec les vacances de la construction qui se terminent, nous avons pu facilement constater le manque criant de personnel dans plusieurs secteurs, dont ceux de la restauration et du divertissement. Plusieurs restaurateurs se sont vus dans l’obligation de fermer leurs portes pour le repas du midi ou du moins de réduire leurs heures d’ouverture, faute de personnel. Une situation bien préoccupante considérant la longue fermeture qu’ont connue ces entrepreneurs durant l’hiver et le printemps dernier. 

On pourrait penser aussi à tous ces travailleuses et ces travailleurs qui sont qualifiés pour occuper des postes essentiels au fonctionnement de notre société, mais qui préfèrent faire autre chose. Probablement que cette réalité de l’emploi s’explique par de faibles conditions de travail et peu de valorisation de leur profession. Ces problèmes de rétention pourraient probablement faire l’objet d’un autre texte, la situation étant très préoccupante. 



Il faut se poser les questions suivantes : quelle est l’origine de ce problème ? Est-ce que la pandémie de la COVID-19 est responsable de cette situation ? 

Comme origine première, on pourrait facilement pointer la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE), une aide qui permet aux gens qui n’ont plus de travail dû à la COVID-19 de recevoir un montant de 300 $ par semaine avant impôts jusqu’à ce que la situation soit résorbée. Avant le 2 août, ces sommes représentaient 500 $ avant les saisies d’impôts. Cette aide appréciée en début de pandémie commence à devenir controversée considérant l’actuelle pénurie de main-d’œuvre. D’ailleurs, le Gouvernement du Canada vient de prolonger ce programme de quatre semaines supplémentaires, ce qui donnera près de 54 semaines de prestations jusqu’au 23 octobre prochain. 


Ceci pourrait expliquer cela, si nous n’avions pas la donnée suivante : le taux de chômage du Québec était de 6,3 % en juin de cette année. À titre de comparaison, en juin 2019 le Québec notait un taux de chômage de 4,9 % soit 1,4 % de différence avec la situation actuelle. Nous pourrions peut-être penser que la PCRE est en partie responsable pour cet écart de 1,4 %. Il faut cependant considérer qu’actuellement le Québec est l’endroit au Canada qui s’en sort le mieux du point de vue de l’emploi. À titre de référence, la moyenne canadienne pour le chômage se situe à 7,8 % en juillet 2021.

Une personne en travail à distance (Photo : Christin Hume / Unsplash)

Il ne faut pas oublier que ce manque de main-d’œuvre existait bien avant la crise sanitaire et qu’elle continuera de s’exacerber, si nous ne changeons pas notre vision du marché de l’emploi. Il faut mettre en place des solutions qui sont en phase avec notre organisation sociale. Par exemple, nous savons qu’actuellement au Bas-Saint-Laurent, une personne sur quatre est âgée de 65 ans et plus, et que dans dix ans, ce sera près d’une sur trois. 



Les gouvernements doivent mettre en place des solutions pratiques et rapides qui permettront de diminuer la pression sur plusieurs centaines d’entreprises qui jonglent actuellement avec une crise sanitaire et un manque de personnel. 

Ces solutions pourraient, par exemple, être un congé d’impôt équivalent à 15 heures par semaine pour les travailleurs expérimentés. L’objectif est de ne pas impacter leurs pensions de retraite et de les encourager à retourner sur le marché du travail dans leur domaine d’expertise ou simplement dans un autre domaine. Cette avenue pourrait permettre à l’entreprise de chez nous d’avoir accès à de la main-d’œuvre expérimentée pour pallier certaines situations et même pour donner un coup de main avec la formation des personnes ayant moins d’expérience. Cette mesure n’aurait possiblement pas un grand impact fiscal, considérant que ces personnes ne retourneraient probablement pas travailler pour finalement redonner leur pécule en taxes et impôts. Il faut aller plus loin que le 2 000 $ que le Gouvernement du Québec donne en crédit d’impôt à ces travailleurs. 


Un travailleur de la santé. (Photo : Unsplash)

On pourrait aussi penser à une valorisation des professions qui sont essentielles au fonctionnement de notre société. Pensons seulement aux préposés aux bénéficiaires, aux éducatrices en service de garde ou encore à tous ceux qui offrent une prestation de services directs aux citoyens. Ces gens sont au front et se battent de leur mieux tous les jours pour tenir le système à bout de bras. Sans soutien et sans condition de travail acceptable, ces personnes quittent leur domaine et ne reviennent jamais. Les Gouvernements doivent consolider ces emplois, afin de préserver le filet social actuel. Durant la crise de la COVID-19 et même avant celle-ci, elles ont prouvé qu’ils étaient nos anges gardiens.

D’autres idées ou mesures restent à proposer pour résorber une situation qui est simplement plus complexe qu’on le pense. Les gens de chez nous sont des vaillants, et ce depuis plusieurs générations. Ce n’est donc pas de travailler qui est trop dur. Faisons plutôt un appel à nos gouvernements pour qu’ils réfléchissent à des solutions pour une situation prévisible. Un moment donné, il faudra arrêter de gouverner pour trois ans et demi, il faudra de la vision à long terme. Et, pas besoin d’un sondage pour savoir ça.


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