Actualités > Économie > Logement et salaire minimum : les temps sont durs
Économie

Logement et salaire minimum : les temps sont durs

Matane, Rimouski et Rivière-du-Loup sous la barre des 2% de vacance
« En décidant de hausser le salaire minimum à un maigre 14,25 $ l’heure le 1er mai prochain, le gouvernement a fait un choix consternant : celui de maintenir dans la pauvreté des centaines de milliers de travailleuses et de travailleurs qui gagnent moins de 18 $ l’heure. » (Photo: Unsplash photos)

Deux nouvelles de ce vendredi sur des sujets criants d’actualité, la pénurie de logements et l’inflation/coût de la vie, viennent nous démontrer que les temps sont durs sur le plan économique, dans la région.

Le Comité logement Bas-Saint-Laurent a interpellé aujourd’hui le premier ministre François Legault et la ministre de l’Habitation Andrée Laforest, leur faisant savoir que la rareté de logements locatifs qui sévit dans le Bas-Saint-Laurent affecte les villes centres, contribue à la hausse du coût des loyers et aggrave la situation déjà précaire de nombreux locataires.

Avec l’appui de nombreux autres groupes sociaux et communautaires, il revendique des investissements immédiats et ambitieux pour le logement social et communautaire dans le dernier budget de la CAQ avant les élections générales et le maintien du programme AccèsLogis.

Statistiques régionales

« La publication du dernier rapport annuel de la Société canadienne d’hypothèques et de logement a de quoi inquiéter les locataires. Les taux d’inoccupation (ou de vacance) sont extrêmement bas à Matane (1,7%), à Rimouski (0,2%) et à Rivière-du-Loup (0,5%). Rimouski et Rivière-du-Loup sont donc maintenant parmi les villes du Québec où il est le plus difficile de se loger pour les locataires. Rappelons qu’un marché équilibré devrait normalement ne pas baisser sous la barre des 3% et que l’on considère qu’il y a pénurie de logements sur un marché lorsque le taux est inférieur à 2% », précise un communiqué du Comité logement Bas-Saint-Laurent.

À la rue

Selon le Comité, au moins une vingtaine de locataires de Rimouski se sont trouvés sans logis après la période des déménagements l’an dernier et les histoires dramatiques de locataires victimes de la crise du logement continuent de s’accumuler.

Le Comité logement Bas-Saint-Laurent « s’inquiète de l’absence d’alternatives pour les locataires qui ne peuvent plus payer les loyers exigés sur le marché privé et pour les ménages victimes d’évictions et surtout, de l’indifférence du gouvernement Legault envers toutes les mesures structurantes proposées. »

Pas mieux

« On est seulement en février et déjà plusieurs locataires craignent de ne pas trouver un logement adéquat d’ici la fin de leur bail. Tout semble indiquer que la situation sera encore pire cette année, qu’elle ne l’a été l’an passé », constate Alexandre Cadieux, intervenant au Comité logement Bas-Saint-Laurent.

« Pour éviter que les ménages les plus vulnérables ne se retrouvent dans des conditions de logement précaires, voire à la rue, le logement social s’avère incontournable », rappelle-t-il.

400 logements requis dans la MRC

« Or, ça se développe au compte-goutte dans la région. Dans les trois derniers budgets de la CAQ, le financement de seulement 500 nouveaux logements sociaux pour toute la province était nettement insuffisant. Cela a eu pour conséquence d’empêcher le développement de projets qui pourraient pourtant répondre aux besoins les plus urgents. Juste pour la MRC de Rimouski-Neigette, on aurait besoin d’au moins 400 nouvelles unités pour répondre aux besoins actuels », dénonce Alexandre Cadieux.

Il se demande pourquoi des projets, nécessaires et répondant à une diversité de besoins, sont ainsi négligés, alors que le gouvernement pourrait lancer un vrai grand chantier, réglant du coup la crise du logement des locataires à faible et modeste revenus.

Ménages à faible revenu

Le Comité logement Bas-Saint-Laurent, comme le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), dont il fait partie, et de nombreuses autres organisations croient que « le nouveau Programme d’habitation abordable Québec (PHAQ) récemment annoncé par la ministre de l’Habitation, Andrée Laforest, pour « faire de la place au privé », ne produira pas de logements véritablement accessibles aux ménages à faible revenu et qu’ils ne le resteront pas non plus à long terme pour les ménages à revenu modeste. »

Autre discours

La ministre ne tient évidemment pas le même discours.

« C’est une journée importante en habitation aujourd’hui. Ce programme novateur dispose d’une première enveloppe de 200 M$. L’objectif est d’accélérer le rythme de construction pour répondre aux besoins des municipalités et faire lever de terre, jusqu’à quatre fois plus rapidement, de nouveaux logements abordables dans les régions où les besoins se font sentir. Pour notre gouvernement, c’est une priorité, et les municipalités seront des partenaires clés dans cette démarche. Ça prend encore plus de logements qui répondent aux besoins des Québécois et Québécoises, non seulement en termes de taille et de qualité, mais aussi en termes de coûts. C’est pourquoi j’invite les organismes et les entreprises qui peuvent contribuer à cet effort à déposer d’ici le 5 mai 2022 leur projet », indiquait-elle lors du lancement du programme, mardi.

Flou

« En fait, le groupe de défense du droit au logement s’inquiète de tout le flou entourant ce programme, notamment concernant la définition de l’abordabilité des loyers et des revenus plafonds déterminant les ménages qui auront accès aux logements ainsi subventionnés par l’État », signale le Comité.

« Bien qu’il soit axé sur le privé, le programme pourra financer le développement de coopératives et autres formes de logements sans but lucratif et prévoit des modalités de financement améliorées par rapport à AccèsLogis, ce qui aurait très bien pu être fait directement dans ce dernier programme » soutiennent les organismes communautaires en habitation. « Il ne prévoit cependant aucun objectif chiffré pour la réalisation de logements sociaux et communautaires. »

Grand chantier

« Prétendre que c’est du pareil au même, c’est oublier la mission des coopératives, des organismes sans but lucratif et des offices d’habitation, qui est de loger les gens, avec des loyers les moins chers possibles, tout en préservant un patrimoine qui demeurera collectif dans le temps; alors que celui des promoteurs, c’est de vendre et d’encaisser ses profits, le plus vite possible », soutient Alexandre Cadieux.

 « L’urgence, ce n’est pas de mettre sur pied un programme à la va-vite, mais d’indexer et d’améliorer AccèsLogis comme on nous le promet depuis cinq ans », insiste-t-il.

Le Comité logement Bas-Saint-Laurent demande le lancement d’un vrai grand chantier de logements sociaux dès le prochain budget, avec 10 000 unités pour 2022, ce qui permettrait d’en développer immédiatement 70 nouveaux dans le Bas-Saint-Laurent.

Salaire minimum

Par ailleurs, dans le cadre des consultations portant sur le projet de règlement modifiant le salaire minimum, la Coalition Minimum18$, dont fait partie l’organisme Action populaire Rimouski-Neigette, a déposé aujourd’hui un avis portant sur le salaire minimum au Québec.

« Les avantages d’une hausse du salaire minimum à 18 $ l’heure sont trop nombreux pour que le ministre du Travail, Jean Boulet, refuse d’en tenir compte », signale la Coalition.

Les membres de la Coalition Minimum18$, qui regroupe plusieurs acteurs syndicaux, communautaires et de défense des droits des travailleuses et des travailleurs, rappellent que, selon les principaux indicateurs, il faut au moins 18 $ l’heure au Québec pour qu’une personne travaillant à temps plein puisse espérer sortir de la pauvreté.

Maintenus dans la pauvreté

Selon la porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté, Virginie Larivière, « En décidant de hausser le salaire minimum à un maigre 14,25 $ l’heure le 1er mai prochain, le gouvernement a fait un choix consternant : celui de maintenir dans la pauvreté des centaines de milliers de travailleuses et de travailleurs qui gagnent moins de 18 $ l’heure, dont une majorité sont des femmes. Pour une semaine de 35 heures, cela fait à peine 500 $… avant les déductions. Comment les membres du gouvernement croient-ils que tous ces travailleurs et travailleuses peuvent arriver à la fin du mois à payer leur loyer et leur nourriture et à prendre soin de leurs enfants avec un tel revenu? »

Au final, l’avis de la Coalition Minimum18$ tend à démontrer que le contexte de relance économique post-COVID, doublé d’un contexte de rareté et de pénurie de main-d’œuvre, offre une occasion inespérée pour s’attaquer à la pauvreté en augmentant substantiellement le salaire minimum tout en stimulant l’économie.

Déjà, rappelle la Coalition, de nombreux employeurs du secteur du commerce au détail, de la restauration et du tourisme, qui regroupe une forte part des travailleuses et des travailleurs au salaire minimum, n’ont eu d’autre choix que de hausser leur salaire pour obtenir la main-d’œuvre recherchée.

Facebook Twitter Reddit