Actualités > Politique > Trop de fonctionnaires à Rimouski?
Politique

Trop de fonctionnaires à Rimouski?

Un citoyen propose une analyse approfondie des dépenses
Le conseil municipal de Rimouski et, à l’avant-plan, deux hauts fonctionnaires, dont le directeur général, Marco Desbiens.(Photo: journallesoir.ca, Pierre Michaud-archives)

Un citoyen ayant fait l’exercice d’analyser attentivement les données budgétaires de Rimouski et d’autres villes conclut qu’il y a trop de fonctionnaires à Rimouski, alors que les médias et les contribuables sont conviés à la présentation des prévisions budgétaires 2023, lundi.  

Jean-Claude Roy a intitulé son analyse « Une fonction publique onéreuse ». Nous vous la présentons dans son intégralité, afin de bien rendre justice à la pensée de son auteur. Son objectif est notamment de convaincre les contribuables à s’intéresser de près au prochain budget.

« La Ville de Rimouski est en période préparatoire de son budget 2023. Historiquement, la voix citoyenne ne s’exerce qu’après son adoption et dans de rares commentaires séance tenante. Ces constats s’inscrivent en amont, évoquent des considérations et des résultats passés, peu connus, ni diffusés lors de la présentation du budget aux citoyens.

La moitié des taxes

Dans notre Ville, la rémunération et les avantages sociaux des effectifs représentent le poste le plus onéreux du budget, nécessitant l’engagement de la moitié des revenus provenant des taxes foncières et des compensations tenant lieu de taxes, sources principales d’entrées de fonds.

Nous avons entendu le maire Caron, récemment, déplorer le manque de diversification des sources de revenus des corporations municipales, limitées à une assiette fiscale qui se résume pratiquement à la taxe foncière, dans un ordre avoisinant 80% pour la Ville de Rimouski.

Pour tout citoyen, cette rareté de ressources exige de nos décideurs une parcimonie bien avant l’évocation d’une capacité de payer citoyenne, terme emprunté au milieu bancaire davantage outillé pour le conclure.

La citation de quelques statistiques choisies en provenance de villes comparables assure et sécurise l’acceptation citoyenne du budget sans trop de polémique et d’un intérêt mitigé.

La conjoncture actuelle, d’une inflation historique, impose des remises en question, une profonde réflexion sur la manière de dépenser, soit celles avec lesquelles les citoyens et les dirigeants d’organismes sont tous conviés désormais et à divers degrés.

Pour parodier, dans le contexte : ‘’ En avons-nous vraiment besoin? ’’

Ton de sa gouvernance

Le budget 2023 sera le premier de l’équipe municipale rimouskoise formée lors de la dernière élection et suivant une première année d’apprentissage de l’appareil municipal pour plusieurs élus. Il doit donner le ton de sa gouvernance maintenant qu’ils sont mieux éclairés.               

L’Union des municipalités du Québec (UMQ) a déjà prévu un taux d’inflation de l’ordre de 6%,  lequel taux servira (ou a servi) de guide aux élus et gestionnaires dans la préparation budgétaire. Son président, la semaine dernière, préparait au dépassement de cette cible en l’absence de l’aide requise du gouvernement provincial aux municipalités.

Hausse à la MRC

Et la semaine dernière, la MRC Rimouski Neigette annonçait une hausse de son budget de 6,6 % soutenue péremptoirement par la capacité financière citoyenne.

Enfin, la table est mise et, assis sur le bout de leur chaise, plusieurs attendent le menu épicé de l’inflation, conjugué à la sauce du nouveau rôle d’évaluation, car bien peu de gens provenant de la gouvernance municipale ne semblent avoir quelconque disposition, à priori, envers un ralentissement des dépenses.

Croissance

Qu’il suffise de rappeler notamment les généreuses conditions de travail consenties au personnel municipal dépassant celles des organisations privées et entités gouvernementales supérieures ayant forcé la législation en 2014 (Loi favorisant la santé financière et la pérennité des régimes de retraite à prestations déterminées du secteur municipal).

La croissance annuelle moyenne des composantes de la rémunération par ETC de la Ville de Rimouski fut de l’ordre de 4,4% entre 2014 et 2019, soit le double de son groupe de référence et s’inscrivant au « top 5 » provincial.

Le rare levier disponible appelle donc au juste nombre d’employés requis aux diverses prestations de services municipaux. La consultation des rapports financiers indique qu’entre les années 2014 et 2021, la Ville de Rimouski déclarait la rémunération des effectifs suivants:

Tableau 1 ETC ( équivalent  temps complet)

Année20142015201620172018201920202021TOTAL
Cadres63,5365,8972,1870,672,8370,647269,83557,5
Cols Blancs141,72146,48150,51162,28160,03168,21165175,551269,78
Cols Bleus132,44131,16140,66150,98150,96143,26141149,721140,18
Pompiers24,3327,2326,7231,0631,1826,383031,77228,67
TOTAL362,02370,76390,07414,92415408,49408426,873196,13

Donc, durant cette période de 2014-2021 l’effectif s’est accru de 58 ETC fonctionnaires et de sept ETC pompiers pour un total de 65, représentant une récurrence budgétaire annuelle de 5,5 millions$ en 2021. Pourtant, durant ces années, la population de la Ville de Rimouski ne s’est guère accrue, d’aussi peu que de 1 578 personnes (48 155 h en 2014 et de 49 733 h en 2021).

Afin d’apprécier l’ordre de grandeur d’une telle inflation d’effectif, excluant les postes de pompiers, et retenant donc que les 58 ETC fonctionnaires, une telle cohorte représente en 2021, l’effectif entier requis aux villes ci-bas énumérées et aux populations suivantes :

Tableau 2

Population 2021VilleCadresCols BleusProfessionnelsCols BlancsTotal
7 350Chandler826,3020,755
14 683Saint-Charles-Borromée13,9117,86024,5656,33
4 935Témiscouata-sur-le-Lac7,236,22,611,957,9
11 366Notre-Dame-de-l ‘Île-Perrot132801758
8 173Sainte-Brigitte-de-Laval142002660
11 390Cantley202002060
10 259Saint-Félicien112902060

Le tableau suivant (3) représente le total des ETC rémunérés depuis 8 ans entre 2014 et 2021, comparativement aux villes citées par l’administration rimouskoise régulièrement. Le coût moyen par ETC en 2021 de la ville de Rimouski s’élevait à plus de 84 000 $ en incluant les avantages sociaux.

Toutes ces Villes ont assumé leurs obligations avec des écarts de coûts significativement plus modiques, dont Victoriaville nettement enviable, démontrant au cours de la période une différence de l’ordre de près de 67 millions$ (au coût 2021) pour sa fonction publique, requérant jusqu’à 100 ETC de moins annuellement que Rimouski.

Le directeur des Finances de la Ville, Sylvain Saint-Pierre, le maire, Guy Caron, et le directeur général, Marco Desbiens, lors du dépôt du dernier budget devant la presse. (Photo: journallesoir.ca, Pierre Michaud)

Il est important de noter ici le rapprochement de cinq villes (5) et leurs ETC cols bleus…dont on peut certainement induire l’adéquation et une similitude de la charge de travail.

Quant aux ETC cadres, la Ville de Rimouski dépasse de plus de 100 la moyenne sur la période. La Ville de Victoriaville attirant l’attention particulièrement avec 150 ETC cadres et 500 ETC cols blancs en moins et les fortes économies associées malgré des rémunérations plus avantageuses dans cette Ville.

Tableau 3

VilleCadresCols BleusCols Blancs + professionnels.Total ETC 2014-2021Écart ETC avec RimouskiÉcart de Coût en $ 2021 (milliers $)
Chateauguay440,27827,601 170,522 438,39-529,07– 44 441
Mascouche3937021 1222 217-750,46– 63 038
Mirabel434,35738,2819,461 992,01-975,45– 81 937
Rimouski557,51 140,181 269,782 967,4600
Rouyn-Noranda450,981 075,041 299,032 825,05-142,41– 11 962
Saint-Hyacinthe473,91 011,04845,582 330,52-636,94– 53 502
Shawinigan467.091 027,821 108,132 603,04-364,42– 30 611
Victoriaville398,191 001,12771,612 170,92-796,54– 66 909

La budgétisation de cet élément majeur, représentant près de 40% du budget rimouskois, faut-il le rappeler, apparait pour le moins perfectible et de façon récurrente.

Prévu vs réalisé

Entre ce qui est prévu au budget présenté en décembre et finalement réalisé et connu qu’en mai 18 mois plus tard dans le rapport financier soumis et déposé au ministère… il faut constater un dépassement de coût totalisant 15,5 millions$ étalé sur sept ans;

Ces dépassements de coûts ne sont jamais contestés ni motivés, étant occultés par d’importants surplus de chaque année, endormant tout esprit critique et inférant une gestion sans reproche.

Réseau pitoyable

De fait, un suivi adéquat à ce chapitre aurait certes ajouté aux surplus annuels et engagé quelques ressources envers des services sans affection, peut-être notamment envers un réseau routier toujours plus généreusement pitoyable à chaque année.

Déjà en surplus d’effectif dans son groupe de référence, la Ville de Rimouski dépasse chaque année la budgétisation de la rémunération et des charges sociales de son effectif.

Alors, quelle interprétation faut-il donner aux résultats de 2019 et 2020, années de pleine pandémie, et les abondants surplus de 33 millions$ découlant des économies de cette conjoncture, selon les déclarations du maire à l’époque, et du même souffle le dépassement de coût de l’effectif de l’ordre de 5 millions$ pour ces deux années ?

Le réseau routier a besoin d’amour.(Photo: journallesoir.ca, Pierre Michaud)

Conclusion

En quoi la Ville de Rimouski se distingue-t-elle aussi largement de son groupe de comparaison pour justifier de tels écarts de coût de fonctionnement de sa fonction publique, alors que rien de particulièrement apparent d’uneimportantevitalité économique n’a attiré l’attention durant la période?

La bonne santé financière de la Ville de Rimouski peut-elle justifier un tel débordement? Ce qui n’a pas échappé à une bureaucratie insatiable, vraisemblablement. Utiliser la conjoncture inflationniste actuelle afin d’indexer des postes budgétaires aux débordements historiques, en somme suivre l’ornière, viendrait cautionner et ajouter à l’excès.

L’administration actuelle, sans être responsable de la situation décrite, découlant d’une apparente culture organisationnelle dont elle doit s’extirper, devra impérativement s’engager au redressement. »

Jean-Claude Roy

Rimouski

Facebook Twitter Reddit