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Lettre ouverte

Préserver des espaces naturels : autoriser une tour plus haute ?

Lettre ouverte de citoyens de Rimouski
Près de 1 000 résidences pourraient être construites dans Pointe-au-Père. (Photo courtoisie Ville de Rimouski)

Lors de la dernière séance du conseil municipal de la Ville de Rimouski, la demande de changement de zonage pour permettre la construction du projet Le Phare, une tour de 17 étages, a été entérinée par le conseil municipal.

En faveur du projet, le conseiller Jocelyn Pelletier a souligné qu’il considérait qu’il était mieux d’autoriser la construction d’une tour plus haute, dans l’objectif de « préserver nos espaces naturels ».

Ce n’est pas la première fois que le projet Le Phare est associé par un.e membre du conseil à une alternative à la destruction de milieux naturels.

Et puis, le maire Guy Caron n’avait-il pas affirmé en octobre 2025, dans une entrevue avec le journal Le Devoir, que le projet de développement prévu à Pointe-au-Père était « beaucoup moins urgent » en raison des nombreux chantiers en cours ?

Ainsi, le centre-ville est en cours de densification, et la forêt est sauvée, pourrait-on penser.

Projet toujours en cours

Pourtant, le projet de destruction de la forêt de Pointe-au-Père est encore en cours.

Une visite sur le registre provincial des demandes d’autorisations environnementales nous apprend qu’une demande de « destruction de milieux humides pour un projet domiciliaire » a été déposée par la ville de Rimouski en novembre 2024, directement pour les terrains visés par le projet de « nouveau milieu de vie à Pointe-au-Père ».

Un courriel obtenu par une demande d’accès à l’information indique par ailleurs qu’à l’été 2025, une employée du ministère de l’Environnement a confirmé que le dossier concernant la demande d’autorisation environnementale était toujours en traitement à la direction régionale.

D’ailleurs, la ville confirme toujours travailler sur le projet, dans un courriel reçu le 8 avril en réponse à une question citoyenne, indiquant demeurer à l’étape de rédaction et d’analyse du PPU (programme particulier d’urbanisme).

Il s’agit d’une information aussi confirmée lors de la dernière séance du conseil municipal.

Forêt sans mesure de protection

La seule mesure de protection dont bénéficie présentement la forêt Pointe-au-Père a été la création, début 2025, d’une zone de conservation qui vise la partie du boisé sur laquelle, dans les faits, aucune construction n’était prévue dès l’origine.

Comme noté par Radio-Canada, dans un article publié en mars 2025, cette zone de conservation est par ailleurs plus petite que celle prévue dans le plan-concept préliminaire du projet.

Pour le reste de la forêt, elle semble destinée à ne faire l’objet d’aucune mesure de la part de la Ville, que ce soit en matière de conservation ou de restauration.

Pourtant, il y aurait de nombreuses possibilités : ce territoire, le reste d’un ensemble de tourbières et milieux humides autrefois beaucoup plus étendu, pourrait être valorisé, réellement protégé et restauré, suivant ainsi l’exemple de plusieurs municipalités au Québec.

Sentiers d’interprétation, activités de sensibilisation, d’éducation, initiatives pour éliminer les espèces envahissantes s’y trouvant, refuge de biodiversité… la Ville est en présence d’un territoire qui pourrait devenir un grand parc nature pour l’est de Rimouski, à l’image du parc Beauséjour et des sentiers du Littoral pour l’ouest.

Et puis, il ne faut pas oublier un aspect important : la forêt de Pointe-au-Père appartient à la population rimouskoise. La Ville, étant propriétaire des terrains la composant, se trouve par ailleurs privilégiée face à d’autres municipalités désirant conserver leurs espaces naturels.

Terrebonne a récemment dû débourser plus de 10 M$ pour acquérir les terrains de l’ancien golf Le Boisé dans l’objectif d’en faire un grand parc nature. Saint-Bruno-de-Montarville est de son côté impliqué dans des procédures judiciaires depuis près d’une décennie, dans l’objectif de préserver un territoire appelé le Boisé des Hirondelles, qui abrite une plante menacée, le ginseng à cinq folioles.

À l’inverse de ces deux villes, Rimouski dispose déjà de terrains tout indiqués pour des projets de conservation et de restauration. Qui plus est, comme ils sont situés à l’intérieur du périmètre urbain, ils facilitent une amélioration de l’accès universel à un environnement de qualité.

Que devons-nous en comprendre ?

Alors, que doit comprendre la population rimouskoise ?

Est-ce que la construction d’une tour de logements de luxe de 17 étages, comprenant moins de logements qu’une première version moins haute, va vraiment venir sauver les milieux naturels de Rimouski ?

Est-ce que la Ville va retirer de son plan quinquennal de développement et de redéveloppement toutes les parcelles sur lesquelles se trouvent présentement des milieux naturels, dont ceux situés à Sacré-Cœur, à Pointe-au-Père et au Bic ?

Si des projets de ce genre, qui viennent eux aussi avec leurs lots de controverses, sont présentés comme alternatives à la destruction de milieux naturels, la Ville doit prendre des actions concrètes en ce sens, en commençant par l’arrêt des procédures concernant le projet de développement dans la forêt de Pointe-au-Père.

À terme, la Ville de Rimouski pourrait aussi prendre les moyens nécessaires pour assurer que ce territoire soit protégé du développement urbain de manière durable.

  • Rachel Nadeau, résidente de Rimouski, avocate, doctorante en droit à l’Université Laval
  • Félix Lauzon, de Rimouski, biologiste M. Sc.
  • Marie-Ève Dugas, de Rimouski, étudiante à la maîtrise en éducation
  • Quentin Duboc, de Rimouski, Ph.D., chargé de cours à l’UQAR
  • Dr Alexandre Cossette DMD, de Saint-Anaclet, Clinique dentaire du Bic
  • Éliane Duchesne, de Rimouski, biologiste M.Sc.
  • Thierry Longpré, de Rimouski, citoyen Étienne Gariépy-Girouard, de Rimouski, géographe M.Sc.
  • Lysane Picker-Paquin, résidente de Rimouski
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