Les bureaux de poste ruraux menacés au Bas-Saint-Laurent
Fragiliser encore plus les petites communautés
Face à un déficit record d’un milliard et demi de dollars, l’avenir de la centaine de bureaux de poste du Bas-Saint-Laurent est de plus en plus incertain. Tout est sur la table, de la livraison du courrier à domicile à la présence de bureaux de poste en milieu rural, ce qui inquiète les élus municipaux de la région.
Postes Canada veut revoir l’ensemble de ses activités au pays. Sa direction affirme que la baisse de fréquentation des comptoirs postaux a fait chuter ses ventes de 30 % depuis cinq ans. Par communiqué, la société dit vouloir « « moderniser son réseau en fonction de l’utilisation des bureaux de poste ».
Les premiers changements seraient faits dans les milieux urbains, qui sont actuellement trop desservis. Le préfet de La Mitis, Bruno Paradis, en doute.
Pour lui, la fermeture d’un bureau de poste vient fragiliser encore plus les petites communautés.
« C’est souvent l’un des très rares services qui reste. Encore une fois, ça vient enlever des services pour une population vieillissante », affirme celui qui préside aussi la Table régionale des élus du Bas-Saint-Laurent. S’il se dit conscient de la réalité financière de Postes Canada, il dénonce le manque de vision de ses dirigeants. « Il y avait eu, à l’époque, des propositions qui avaient été faites. On aurait aimé qu’ils s’inspirent de ce qui se fait ailleurs, en France par exemple, où les bureaux de poste offrent des services bancaires. J’ai l’impression qu’ils ont trop attendu et qu’on va se retrouver avec seulement des coupures de services pour nos populations », croit monsieur Paradis.
Dans La Matapédia, la préfète Chantale Lavoie déplore le manque de transparence de Postes Canada.
« On entend parler de réductions de services, mais on ne sait pas lesquelles. On n’a pas vraiment d’information. Normalement, il devait y avoir un examen du mandat de la Société canadienne des postes. Mais ça ne se fait pas », estime-t-elle. Le conseil des maires de la MRC demande un débat public sur le projet. « On a adopté une résolution pour demander d’arrêter les compressions et de consulter la population par des audiences publiques. Parce que là, on parle de tout le pays. Il faut prendre en compte les réalités des régions. Le statu quo soit tenable. »
Les élus réclament une vraie réflexion
Les élus estiment surtout que les citoyens doivent participer à la réflexion. Pour Chantale Lavoie, si les services doivent être réduits, c’est aux citoyens de dire où ils les veulent.
« On le sait que nos communautés rurales sont à risque. On se bat constamment pour maintenir nos services et nos acquis. Mais on pense qu’on peut faire partie de la solution et non pas toujours être écartés puis mis devant le fait accompli », indique-t-elle.

Une rencontre avec les élus fédéraux est prévue dans les prochaines semaines. Bruno Paradis compte bien mettre le sujet à l’ordre du jour.
« Je ne crois pas que le statu quo soit tenable. Mais peut-on avoir une réflexion pour voir comment assurer un minimum de services ou même les bonifier? C’est ce que l’on souhaite. Parce qu’on ne va pas accepter de perdre des services pour perdre des services. On va demander une réflexion en profondeur et qu’il y ait des solutions pour continuer à desservir nos populations. »
Mourir à petit feu
Pour plusieurs observateurs, la disparition lente des services de proximité, des soins de santé, des écoles et bientôt du service postal envoie un message clair : les petites communautés rurales se meurent.
Sans que le discours officiel suggère aux gens de migrer vers les villes pour obtenir les services auxquels ils ont droit, le président de la Table régionale des élus croit que les politiques mises de l’avant donnent trop souvent cette impression.
« On paie tous les mêmes impôts, les mêmes taxes, mais on n’a pas les mêmes services. »

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