Aînés : Québec fonce vers la crise sans plan
3 500 personnes âgées supplémentaires au Bas-Saint-Laurent auront besoin de services
L’Alliance québécoise des milieux de vie pour aînés (AQMVA) dénonce l’absence de planification du ministère de la Santé et des Services sociaux pour faire face au vieillissement de la population. D’ici 10 ans, les besoins vont exploser, prévient-elle. En tout, 3 500 personnes âgées supplémentaires au Bas-Saint-Laurent auront besoin de services à domicile ou d’un milieu de vie adapté.
Le vieillissement de la population transforme le Québec. Au Bas-Saint-Laurent, d’ici 25 ans, le tiers de la population aura 65 ans ou plus. La région affichera d’ailleurs la plus forte proportion de personnes âgées au Québec.
Surtout, le nombre de personnes de 85 ans et plus aura plus que doublé, passant de 6 000 actuellement à 15 000. L’AQMVA représente 85 % de l’hébergement pour aînés au Québec, que ce soit pour les soins à domicile, en CHSLD, en résidences privées ou en ressources intermédiaires.
Son président, Carl Veilleux, est catégorique. Le Québec fonce dans un mur les yeux fermés, sans véritable plan.
« Pour nous, il est évident qu’on est dans une situation de crise par rapport aux services aux aînés. Mais ce qui est encore plus préoccupant, c’est qu’en ce moment, il n’y a aucun plan pour y faire face », indique-t-il.
Les besoins vont doubler
Une étude commandée par l’Alliance montre que, d’ici 10 ans seulement, le nombre de personnes qui auront besoin d’aide à l’autonomie augmentera de 40 % au Bas-Saint-Laurent. Les besoins en hébergement dans les foyers ou en ressources intermédiaires vont doubler.
Cette hausse imposera une forte pression sur l’ensemble des milieux de vie pour aînés. Actuellement, les listes d’attente s’allongent. Cette pression a aussi un impact sur les familles qui doivent compenser l’incapacité de l’État à répondre aux besoins.
« Si vous avez un proche en RPA en attente pour un hébergement intermédiaire, il va attendre encore plus longtemps. Les aidants naturels devront en faire davantage », soutient monsieur Veilleux.
25 000 aînés privés des soins requis
Selon l’Alliance, 25 000 personnes âgées au Québec n’ont pas les soins et les services dont elles ont besoin.
Au Bas-Saint-Laurent, 73 personnes attendent une place en centre d’hébergement et de soins de longue durée. Depuis 2018, de nombreuses résidences privées ont fermé.
« Par exemple, une petite RPA, qui a ouvert il y a 30 ou 40 ans, accueille demande des soins qui excèdent ce qu’elle offrait auparavant. Ses gestionnaires ne sont pas capables transférer la facture auxrésidents parce qu’ils n’ont pas la capacité de payer. Quand la résidence ferme à bout de ressources, ce sont des places en moins et des gens qui vont congestionner le réseau ailleurs », exprime Carl Veilleux.
Des impacts humains
L’Alliance tire la sonnette d’alarme : la crise ne fait que commencer. Le manque de places crée un goulot d’étranglement qui se répercute à tous les niveaux de services.
« Il y a des gens hébergés en ressources intermédiaires qui devraient être dans un CHSLD, faute de place. On les maintient en ressource intermédiaire. Mais le milieu de vie est pas fait pour ça. Le personnel s’épuise et la situation a un impact sur les autres résidents. Des personnes vulnérables demeurent dans des milieux inadaptés, au détriment de leur dignité et de leur sécurité », s’indigne le président.

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