Si le communautaire tombe, tout le reste suit
Lettre ouverte de Jean-Michel Coderre Proulx
Depuis lundi dernier, le milieu communautaire québécois est à boutte. Le mouvement de l’action communautaire autonome, c’est plus de 4 500 organismes et 54 000 travailleuses et travailleurs.
Ce sont des intervenantes, des éducatrices spécialisées, des travailleuses sociales, des psychoéducatrices, des travailleurs de rue, des juristes, des pairs-aidants et bien d’autres personnes qualifiées, engagées, essentielles.
Mais surtout, ce sont des réponses concrètes à des problèmes sociaux bien réels.
Ce sont des organismes qui accompagnent des hommes violents. Ce sont des femmes qui viennent en aide à d’autres femmes et à des enfants victimes de violence conjugale. Ce sont des ressources pour les jeunes en situation de décrochage. Ce sont des organismes qui soutiennent les personnes immigrantes — dans leurs droits, leur intégration, leur francisation.
Ce sont des services pour les personnes aux prises avec des dépendances ou des enjeux de santé mentale. Ce sont des lignes de prévention du suicide. Ce sont des banques alimentaires. Ce sont des ressources en logement et des maisons d’hébergement pour les personnes en situation d’itinérance. Ce sont des groupes d’alphabétisation et d’éducation populaire.
Ce sont des organismes qui accompagnent les nouvelles mères en post-partum. Ce sont des ressources juridiques accessibles. Ce sont des maisons de jeunes, des auberges du cœur. Ce sont des organismes qui soutiennent les personnes issues de la diversité sexuelle et de genre. Ce sont des gens qui brisent l’isolement des aînés.
Bref, ce sont des personnes, majoritairement des femmes, qui soutiennent d’autres personnes à des moments où la vie devient trop lourde.
Elles et ils sont là pour rattraper celles et ceux que notre filet social a échappés — preuve, s’il en fallait une, que ce filet est déjà troué de toutes parts.
Et je les crois lorsqu’elles disent que, si rien n’est fait, les travailleuses et travailleurs du communautaire vont partir, les uns après les autres, laissant derrière eux un réseau qui s’éteindra lentement, faute de reconnaissance. Un réseau qui, pourtant, fait l’envie de nombreux pays à travers le monde.
Le Québec n’a pas les moyens de s’en passer
Aujourd’hui, ces travailleuses et travailleurs demandent 2,6 milliards de dollars. C’est beaucoup d’argent. Mais le Québec n’a pas les moyens de s’en passer. Même financièrement.
Parce que si le milieu communautaire flanche, ce n’est pas un simple manque de services. C’est un choc systémique pour l’ensemble de nos services publics.
C’est une pression immédiate et sans précédent sur un réseau de la santé déjà à bout de souffle. C’est une hausse des hospitalisations, des passages à l’urgence, des crises non prises en charge. C’est une augmentation des violences, notamment envers les femmes, faute de ressources sécuritaires.
C’est une hausse de la criminalité et des interventions policières, avec un sentiment d’insécurité qui s’installe. C’est une pression supplémentaire sur un système judiciaire déjà saturé. C’est aussi un poids encore plus lourd sur nos écoles, sur notre personnel enseignant et sur les professionnels qui tiennent ce réseau à bout de bras.
Et tout ça se chiffre en milliards. Beaucoup de milliards. Probablement bien plus que 2,6.
La philanthropie ne suffira pas. La gestion « LEAN » non plus. La créativité financière des organismes a ses limites. Nos organismes ont besoin de financement public et ils en ont besoin pour hier.
Un financement stable, prévisible, à la mission, pour leur permettre de faire ce qu’ils font de mieux : accompagner, intervenir, transformer.
Parce que l’action communautaire autonome, ce n’est pas un luxe. C’est une infrastructure sociale essentielle.
Et c’est surtout un projet collectif, multisectoriel. Un projet qui devrait nous rassembler, peu importe nos allégeances politiques.
Jean-Michel Coderre Proulx
Rimouski
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