Taxe sur les nouveaux logements : Le Phare serait compromis
« On va vraiment voir ce qu’on va faire et si on continue d’investir ici »
Seulement 48 heures après avoir obtenu l’aval du conseil municipal pour le concrétiser, le président du Groupe DTM, Miguel Perreault, affirme que son projet immobilier Le Phare pourrait être compromis par le règlement de la Ville de Rimouski visant à imposer une contribution financière aux nouveaux développements résidentiels pour financer les infrastructures d’aqueduc et d’égout.
En entrevue au FM 93 Rimouski, le promoteur a indiqué qu’il devra absorber une facture additionnelle de 750 000$ avant même le premier coup de pelle, ce qui l’oblige à revoir entièrement l’équilibre financier de l’immeuble de 17 étages et de 140 logements, prévu sur le stationnement situé entre la Caisse Desjardins de la rue Julien-Réhel et le Pôle Santé Rimouski de la rue Saint-Germain Est.
« On a travaillé très fort pendant près de deux ans en soumettant toutes les études requises et même plus pour s’assurer que le projet soit viable et qu’il respecte tous les critères pour les 100 ou 150 prochaines années. C’est une véritable bombe. Ce n’était pas du tout dans notre radar », a-t-il mentionné au micro de Michel Turcotte.
Selon monsieur Perreault, Rimouski ne peut pas crier haut et fort « que le logement est sa priorité 1, 2 et 3 dans une ville fiscalement avantageuse et prête à accompagner les entrepreneurs », pour ensuite se rendre compte, « soudainement », que les capacités de ses infrastructures sont inadéquates pour soutenir les projets proposés par les promoteurs, « qui ne se préparent pas en quelques semaines ».
Facture de 8 à 9 M$ supplémentaires
« Nous travaillons actuellement sur 1 700 unités planifiées, annoncées ou à réaliser. De ce nombre, il y a des conversions d’immeubles commerciaux en logements. Avec cette taxe-là, ce sont de 8 à 9 M$ de plus à débourser pour nous, en plus des coûts de construction et des taxes foncières que ces immeubles vont générer dans le temps. C’est énorme. On va vraiment voir ce qu’on va faire et si on continue d’investir ici. À 9 M$, on pourrait faire quelque chose d’encore plus utile à long terme que de payer des infrastructures qui sont de toute façon désuètes depuis des dizaines d’années », affirme-t-il.
Miguel Perreault soutient aussi que les promoteurs ne contestent pas la nécessité d’investir dans les infrastructures municipales, mais jugent inéquitable d’assumer seuls la facture liée à des réseaux déjà vieillissants.

« Les promoteurs sont prêts à négocier la répartition des coûts avec la Ville. Sauf qu’elle doit se regarder dans le miroir. Cela a déjà été dit par le maire Caron. On est en retard sur les investissements en infrastructures. Simplement en pertes d’eau, c’est comme si on était une ville de 120 000 habitants. Le problème est déjà dans ce qui a été construit. On a juste à gérer comme du monde avec les taxes actuelles. La Ville va devoir statuer sur ses priorités. Si on dit que la priorité 1-2-3 est le logement, il faut être cohérent avec le message qu’on porte, sinon on va investir ailleurs. On a demandé où en étaient les capacités actuelles, aucune étude ne peut y répondre. On prend une décision à l’aveugle. Il y a actuellement un effet de gel sur les projets immobiliers », certifie le président du Groupe DTM.
Partage de coûts nécessaire
Lors de la séance du conseil municipal du 20 avril à l’hôtel de ville, un échange soutenu a opposé Miguel Perreault au maire Guy Caron durant la période de questions citoyennes.
Le promoteur a reproché à l’administration municipale de modifier ses orientations après avoir encouragé le développement immobilier ces dernières années.
Guy Caron a répliqué que la Ville demeure favorable à la construction de logements, mais qu’un partage des coûts est nécessaire entre les contribuables et les promoteurs.
Il a rappelé que les citoyens assument déjà la totalité des investissements de 200 à 210 M$, prévus au cours des 20 prochaines années, pour la remise à niveau des infrastructures existantes.

« Dans cinq ans, il y aura un moratoire (sur le développement de nouveaux logements en raison de l’insuffisance des infrastructures d’eau et d’égout). Ce que vous me dites actuellement, c’est qu’on ne demande rien aux promoteurs et qu’on met tout sur les épaules des contribuables. On a des choix à faire comme ville », a répondu monsieur Caron.
Ce dernier a déjà indiqué que le règlement visant à imposer une contribution financière aux nouveaux développements résidentiels pourrait être ajusté. Une nouvelle version doit être présentée lors de la séance du conseil municipal du 4 mai.

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