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Éditorial

Les nouveaux curés

Une sombre époque pour le débat publique.(Photo: Luis Morerat/ Unslapsh)

Certains ont probablement connu l’époque où le curé du village était omnipotent et dictait les manières de vivre à tout un chacun. 

Il imposait une moralité très conservatrice et surtout se mêlait du quotidien des gens de la communauté, même de ce qui se passait dans la chambre à coucher de ces gens. Le problème, ici, c’est que ces personnages qui exigeaient tant de leurs commettants avaient parfois la moralité flexible pour eux même.

Une situation qui fait écho au phénomène actuel de la rectitude politique à l’extrême. Les curés ont été remplacés par des personnes qui par les réseaux sociaux ou autres médias crient à l’outrage pour tout et pour rien. Ces individus qui veulent laver plus propre que propre, oublient qu’à force de vouloir aseptiser l’espace public ils finiront par totalement tuer les possibilités de débattre avec civisme. 

Ces nouveaux moralisateurs (ou moralisatrices) se disent éveillés et croient avoir compris les secrets de notre univers. C’est un peu prétentieux de se penser plus éveillé de la moyenne des gens et de penser détenir l’ultime vérité, d’autant plus qu’il est généralement impossible d’argumenter avec ce profil de personne.

L’exemple de plus récent de cette culture de « l’éveil » est celui de la cheffe d’antenne de Radio-Canada, Pascale Nadeau, une femme pionnière qui a donné rigueur et professionnalisme au traitement de l’information pendant plusieurs décennies chez notre diffuseur public. 

Pascale Nadeau (Photo: Radio-Canada)

 On apprenait mercredi matin que Radio-Canada aurait menti au public en affirmant que madame Nadeau avait pris sa retraite. Elle a en fait démissionné par écœurement des pratiques radio-canadiennes. 

Tout comme les curés de l’époque, la Société d’État ne s’est pas excusée, malgré un processus non fondé basé sur une plainte anonyme. Ce genre d’attitude n’a pas fonctionné à l’époque. Il est donc évident que de reproduire ces comportements n’est probablement pas une meilleure idée aujourd’hui. Il est bon de se rappeler que les moralisateurs du temps ont été mis à la porte au moment de la Révolution tranquille. Les Québécoises et les Québécois sont généralement patients, mais ils ont leurs limites. Une donnée qui est encore applicable de nos jours. 

Il est probablement temps pour les nouveaux curés de ranger leur fausse bienséance et de s’ouvrir à la discussion. Probablement qu’ils verront d’autres perspectives qui les mèneront vers une réalité plus proche de celle du commun des mortels. Peut-être pourrions-nous recommencer à débattre d’idées sans devoir nous injurier et sans mépriser son interlocuteur?

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