05.12.2020
Gouvernement du Québec
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La légitimité de la décision du conseil est contestée

Expulsion de Virginie Proulx des comités pléniers à Rimouski

La légitimité de la décision du conseil municipal de Rimouski d’expulser la représentante du Bic, Virginie Proulx, des réunions en comité plénier est remise en question.

On apprenait vendredi que les 11 membres du conseil municipal excluant madame Proulx ont voté majoritairement (donc pas unanimement) pour son exclusion des travaux en comité plénier.

Selon les déclarations du maire suppléant, Rodrigue Joncas, à Maude Parent de Rouge FM, plusieurs membres du conseil estimeraient que le lien de confiance avec madame Proulx est rompu en raison de différents incidents. Il a affirmé que madame Proulx semblait avoir de la difficulté à respecter le code d’éthique.

Madame Proulx a récemment critiqué le maire, Marc Parent, d’avoir affiché une position de la Ville concernant la crise sanitaire sans avoir consulté ses collègues.

Le journal le soir a sondé plusieurs citoyens à ce sujet qui croient que la décision du conseil municipal n’est pas légitime. Certains demandent même que les assemblées du conseil en comité plénier soient télédiffusées. Les commentaires sont sans équivoque.

Omertà

Une des personnes questionnées, qui a déposé des demandes au conseil et souhaite demeurer anonyme par crainte de représailles, parle de « culture anti-démocratique et de l’omertà ».

« Mon premier réflexe, ça a été de trouver ça bizarre. Mon second, ça a été de me demander pourquoi cette décision? C’est bien certain que dès qu’on retire un droit comme celui de parole à un élu, j’ai bien de la misère avec ça », note un autre citoyen dont la présence au conseil était assidue, avant la crise, Yvan Chouinard.

Inacceptable

« À mon humble avis, cette façon de faire est un indicateur que la démocratie au sein de notre Ville ne se porte pas bien. Et je constate que les réactions des gens démontrent que ce geste est inacceptable », constate un autre mordu de politique, Martin Poirier.

Absence de dialogue

« Je pense qu’il y a une absence de « conversation démocratique » à Rimouski et qu’il est temps que le monde municipal se démocratise enfin. J’ai souvent l’impression qu’une fois élues, certaines personnes se pensent des «élues» au sens biblique du terme et ne voient plus les citoyennes et citoyens comme celles et ceux qui les ont élus, mais comme des «enfants» que l’on doit gouverner », tranche Patricia Posadas, une militante écologiste souvent présente aux assemblées du conseil municipal.

« L’absence de confiance envers les commettants se traduit par ailleurs par une absence de confiance envers les représentants. Le contrat de collaboration qui doit exister entre les deux est alors brisé. L’éviction de Madame Proulx sonne plutôt comme une libération de la parole de cette dernière », affirme madame Posadas.

Valeurs

« La plupart des gens font du compromis leur pain quotidien au point d’en oublier quelles étaient leurs valeurs de départ. Je pense que ce n’est pas le cas pour Madame Proulx », poursuit-elle.

Climat malsain

« Il y a un climat malsain au conseil municipal. Le maire ne respecte pas tous les conseillers. Chacun devrait avoir droit à son avis et a le devoir de faire passer ses concitoyens qui l’ont élu en premier. C’est un petit groupe qui mène, au conseil. Un groupe d’élus qui disent toujours oui à monsieur Parent. Le directeur général et le maire arrivent avec leur salade et il faut que tu dises oui à tout ou sinon, tu es pratiquement exclu ou mis au banc des accusés », estime l’ancien conseiller municipal du district Sacré-Cœur, Serge Dionne.

Serge Dionne, à gauche, dit avoir goûté à la médecine de ses collègues lorsqu’il était conseiller de Sacré-Coeur. « Éric Forest était plus rassembleur que Marc Parent », ajoute-t-il. (Photo: Pierre Michaud-archives)

Pas légitime du tout!

« Ce n’est pas une décision légitime, mais pas du tout. À mon avis, on est là pour servir les citoyens, pas pour dire oui à tout ce qu’on nous demande. Il y a toujours un petit groupe de conseillers qui mène à travers les 11 conseillers. Le conseiller est pourtant là pour servir ses électeurs au meilleur de ses connaissances », ajoute monsieur Dionne.

Il rappelle aussi un événement qui remonte à la décision du conseil municipal de permettre à Marc Parent de se présenter après un an d’intérim à la mairie. « Monsieur Parent avait promis de ne pas se présenter. Un autre conseiller et moi, on n’était pas d’accord. Le groupe pro-Parent nous a tassés. »

Du bon et du mauvais

Un ancien maire (1994-2005), Michel Tremblay, avoue qu’il n’a jamais vu pareille situation.

« Je n’ai jamais vécu ça, alors je ne peux pas me prononcer sur la légitimité de la décision. Toutefois, j’ai déjà connu de la dissidence et je laissais les dissidents s’exprimer. Je pense entre autres à Côme Roy, l’ancien conseiller de Sacré-Cœur. Pour madame Proulx, cela peut avoir du bon, car en étant exclue des comités pléniers, elle garde son droit de parole et pourra s’exprimer plus librement. »

Caractère archaïque

« Une telle décision reflète le caractère archaïque du système rimouskois. Les élus sont au conseil afin de représenter la population. Il m’apparaît important au nom de la démocratie qu’il y est opposition sur ce conseil qui, disons-le, est ennuyant à mourir. Un grand ménage s’impose. Le maire n’a pas à s’imposer tel un roi où ses sujets ne peuvent qu’être en accord avec lui », soutient un autre observateur attentif de la scène municipale, Benoît Saint-Hilaire

Des dinosaures

« Certains élus se plaisent à dénigrer madame Proulx, confirmant ainsi que l’éthique est à taux variable au conseil de Ville de Rimouski. Il y a des dinosaures qui doivent quitter. La décision prise reflète un grand manque de respect envers la population rimouskoise et envoie un message honteux à l’ensemble du Québec. Je remets en question de leadership de Marc Parent », insiste-t-il.

Code d’éthique

Selon le règlement 645 2011 de la Ville de Rimouski, le code d’éthique prévoit que « Tout membre du conseil recherche l’intérêt de la municipalité ». On pourrait donc penser qu’on reproche à madame Proulx de ne pas avoir fait passer les intérêts de la Ville devant les siens.

Paradoxe

Cependant, on y mentionne aussi que « Tout membre du conseil valorise l’honnêteté, la rigueur et la justice » et que « Tout membre du conseil se soucie de faire montre de transparence dans la prise de décision. »

Les intéressés pourront consulter le règlement ci-joint.

Ce code d’éthique a été adopté dans la foulée de la présidence de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) assumée par le maire précédent, Éric Forest. Lorsque celui-ci était président, une vague d’allégations de corruption frappait le monde municipal. Chaque ville et municipalité avait dû adopter un tel code. On remarquera que lorsque ce code a été adopté, Facebook n’était pas aussi répandu ni utilisé.

L’Union demeure en retrait

À propos justement de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), elle ne s’en mêlera pas.

« N’ayant pas toutes les informations par rapport à la situation que vous évoquez, nous préférons ne pas commenter pour le moment. Notez toutefois que les comités pléniers ne sont pas soumis aux mêmes règles que les séances publiques en termes de convocation et de participation. Tout dépend des dispositions du règlement de régie interne du conseil », indique Patrick Lemieux, Conseiller aux communications et aux relations médias de l’UMQ, dans une communication par courriel.

Prochaines élections

Le sentiment de mécontentement envers l’administration Parent se poursuivant, la question du retour de ce dernier en 2021 se pose.

Le journal le soir a appris que deux des principales personnalités ayant appuyé sa candidature en 2017 lui ont retiré leur appui et s’efforcent de trouver et de promouvoir un autre candidat.

Le nom de l’ex-député fédéral Guy Caron continue de circuler.

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