20.10.2020
Nouvelle de 18 h «La musique est en train d’être exclue du paysage culturel de Rimouski»

«La musique est en train d’être exclue du paysage culturel de Rimouski»

Cri d’alarme sur la situation de la formation musicale

L’offre de formation musicale est en baisse à Rimouski et suscite les pires inquiétudes chez des musiciens et enseignants comme Martin Roussel, 35 ans d’expérience.

Monsieur Roussel est un pianiste émérite et arrangeur de calibre international qui aime partager son savoir, mais il est affecté par la suspension des cours de première année de l’École Jazz Pop du Cégep de Rimouski pour des raisons de financement. Il déplore les torts causés par la crise du coronavirus sur le milieu musical, non seulement pour les spectacles, mais aussi pour la formation musicale, car on réalise que l’offre de formation est aussi en perte de vitesse au niveau secondaire.

En diminution

Le Centre de services scolaire des Phares confirmait hier, dans un article publié par le journal le soir,  que des cours de musique sont toujours offerts au secondaire. On réalisait cependant aujourd’hui, par différentes sources, que s’il y a toujours des cours de musique, ils sont en diminution. Le maintien de groupes-classes uniformes par mesure sanitaire limite les choix de cours proposés aux élèves.

« Les élèves ont fait des choix de cours. Il se peut que quelques élèves n’aient pas obtenu leur premier choix et doivent donc en retenir un autre, parce qu’il faut respecter le nombre d’élèves par groupe-classe. Par exemple, un élève qui avait fait une option musique pourrait se retrouver au final avec arts plastiques, parce qu’il fallait respecter le maintien du groupe classe », mentionne la conseillère en communication du Centre de services scolaire des Phares, Zoé Ross-Lévesque.

« Les cours de musique sont maintenus dans les établissements scolaires, mais l’horaire des cours a dû être changé afin de s’adapter aux différentes mesures demandées par le ministère et la direction de la Santé publique. À l’école Paul-Hubert, les élèves qui avaient des cours à option musique ont pu conserver leurs cours qui auront lieu dans l’amphithéâtre, afin de respecter toutes les consignes sanitaires », indiquait-elle, hier.

Les musiciens en arrachent

Ce sont des parents inquiets qui ont alerté le journal à ce sujet. Si on ajoute cet élément à la suspension de la cohorte de première année du Programme Jazz Pop du Cégep, cela signifie que par effet domino, tous les établissements scolaires de Rimouski pourraient être affectés, selon monsieur Roussel. Ajoutons que privés de public en raison de la crise sanitaire, les musiciens professionnels et semi-professionnels en arrachent.

« Ça ne regarde pas bien pour le programme Jazz Pop. La cohorte de première année du diplôme d’études collégiales est suspendue en 2020. Nous enseignons cette année à des élèves de seconde année. En 2021-2022, ça va être assez terrible parce qu’on va se retrouver juste avec des élèves de première année. On recommencerait à zéro, pratiquement. Des premières années, ça veut dire juste de nouvelles inscriptions. Il y en aura moins, évidemment, car ça avait pris 10 ans à consolider le programme. L’année académique 2021-2022 sera extrêmement dangereuse pour le programme. S’il n’y a pas beaucoup d’inscriptions, le programme pourrait être fermé », craint monsieur Roussel.

« On avait invoqué un problème de financement, mais on ne manque pas d’étudiants. Il y en aurait eu 40 cette année. Il y a des étudiants qu’on ne reverra jamais. Ils sont allés dans d’autres cégeps ou ont carrément arrêté la musique. »

Cri d’alarme

Tout ceci se déroule au moment où on aurait dû normalement attendre avec fébrilité le début du Festi Jazz de Rimouski en fin de semaine prochaine, un fleuron du produit culturel local avec bien d’autres événements musicaux, comme les Concerts aux Îles du Bic. Le Festi Jazz sera présenté, mais sous forme virtuelle.

Monsieur Roussel en profite pour lancer un cri d’alarme. « S’il y a de moins en moins d’élèves en musique au secondaire, ça compromet, beaucoup, le développement des musiciens à Rimouski. Si en 2021-2022, on décidait de ne plus offrir le programme Jazz Pop, si on en a aussi moins en secondaire 3, 4 et 5, on s’en va vers… quelque chose qui ressemblera à la bonne façon de faire si on ne veut plus former de musiciens à Rimouski, dans nos écoles. Ça coûte moins chez aux établissements scolaires de donner des cours d’arts plastiques que des cours de musique. »

Grands perdants

« Malheureusement, notre société, notre culture locale, en seraient les grands perdants. On perd un savoir et une formation immense. C’est très dangereux, ce qui se passe présentement. Nous pourrions nous retrouver comme étant une capitale culturelle de laquelle on a enlevé la musique. Regardons par exemple les impacts du programme Jazz Pop. Il a permis de former des groupes qui présentaient des prestations un peu partout, mais il a aussi permis de mettre sur pied, il  y a quatre ans, un programme universitaire en enseignement de la musique. Où prendra-t-on ses étudiants à l’avenir? Il y aura un impact immense sur toutes les maisons d’enseignement », croit Martin Roussel.

Concerts annulés

« Nous avions pourtant enfin réussi à avoir de la musique au secondaire, de l’enseignement au collégial et de la formation d’enseignants à l’Université, en plus du conservatoire, et tout ça risque maintenant de s’effondrer. En plus, que la pandémie empêche d’enseigner de la musique, c’est un non-sens. Sans compter qu’il est maintenant à peu près impossible pour un musicien de présenter une prestation devant un certain public. J’avais produit un album en janvier et en mars, tous les concerts pour en faire la promotion qui devaient venir par la suite ont été annulés, autant au Québec qu’en France », témoigne le pianiste.

Pour le plaisir

Le 6 septembre, Martin Roussel présentera une prestation à l’extérieur du Théâtre du Bic, histoire de sortir de son studio. « Pour le plaisir, pour sortir, juste pour faire résonner un peu de jazz en direct à Rimouski. J’invite les gens à venir nous écouter. »

Ci-jointe la lettre composée par un groupe d’enseignants du programme Jazz Pop et adressée au ministère de la Culture et des Communications et au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, l’automne dernier.

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