COVID-19 Le gouvernement et la crise sanitaire : des gens d’affaires s’impatientent

Le gouvernement et la crise sanitaire : des gens d’affaires s’impatientent

Le préfet Saint-Pierre croit que la population sera mise à l'épreuve

Deux hommes d’affaires de Rimouski témoignent de leur mécontentement concernant les décisions prises par le gouvernement du Québec dans le cadre de la crise du coronavirus.

Depuis la fin de semaine dernière, ces deux entrepreneurs, Junior Pouliot et Jean-Martin Beaulieu, se sont employés à mobiliser leur entourage pour faire pression sur le gouvernement du Québec afin qu’il allège les contraintes imposées en raison de la crise sanitaire, mais aussi qu’il fasse davantage pour les entreprises, la plupart des programmes de soutien étant en provenance du gouvernement fédéral. Leur appel se veut aussi une invitation à la solidarité régionale.



Ces interventions ont été suivies par d’autres. Depuis lundi, la Société de promotion économique de Rimouski, les députés Harold LeBel et Pascal Bérubé, le maire de Rimouski et d’autres élus régionaux ont notamment demandé au premier ministre François Legault de réduire les contraintes comme le couvre-feu et la fermeture des commerces. Hier, celui-ci a laissé entendre que ce ne serait pas le cas.

« Je pense qu’un moment donné, les gens vont se révolter et ce sera pire. Quand on dit à quelqu’un : « il faut que tu te forces un peu et je vais te donner quelque chose » et que je ne te le donne jamais, tu vas t’« écoeurer » et t’en aller. Je possède quatre entreprises et elles sont toutes affectées par les mesures sanitaires. Parmi ces quatre, il y en a une qui doit décoller au printemps. On ne sait pas où on s’en va », déplore Junior Pouliot.


Pertes de revenus pour 25 personnes

« Mon garage est fermé. Les concessions du Colisée, dont je m’occupe, sont interrompues parce que le public ne peut pas se rendre aux parties de hockey et pour ma piste de courses, ça va dépendre des mesures le printemps prochain. Au Colisée, on parle d’une perte de revenus pour 25 ou 30 personnes. Je crois que le plus urgent est de relancer les commerces, car le couvre-feu, on pourrait vivre avec encore un peu. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus difficile pour les des affaires. Par contre, on peut se demander comment on pourrait fonctionner pour la restauration. On pourrait repousser le couvre-feu d’une heure », renchérit monsieur Pouliot.



Ce dernier fait remarquer que les éclosions et les nouveaux cas sont rares, dans les statistiques de la direction régionale de la Santé publique des derniers jours.

Besoin d’aide


Jean-Martin Beaulieu, le propriétaire de Beaulieu Collections, a fait jaser le tout Rimouski en affichant dans la vitrine de son commerce « entreprise à bout de souffle », en fin de semaine dernière et lundi.

« Quand je regarde la cascade de réactions, je réalise que mon message s’est transformé au fil des interventions d’autres personnes. On a dit qu’on ne voulait plus de couvre-feu et que les commerces puissent rouvrir, mais je voulais surtout parler des besoins de soutien des entrepreneurs. J’ai donc sollicité la Chambre de commerce et de l’industrie de Rimouski-Neigette pour que nous organisions une action concertée. Un logo et un slogan ont été conçus pour tenir une campagne de solidarité entre les gens d’affaires de Rimouski. »

La devanture du commerce Beaulieu Collections. (Photo: courtoisie, Djanick Michaud-Facebook)

« On ne parle pas de barrages, de couleurs de paliers d’alertes ou de déconfinement, ce qu’on dit, c’est que les entrepreneurs ne sont pas écoutés et que les programmes disponibles ne répondent pas aux besoins. La campagne sera lancée au cours de la prochaine semaine par une rencontre de presse et pour ma part, je réserve une belle surprise à monsieur Legault. Je souhaite que la tribune soit ouverte aux entreprises et je pense qu’on peut même étendre le mouvement au reste de la province, que Rimouski peut donner un exemple qui inspirera tout le monde », annonce monsieur Beaulieu.

Un autre homme d’affaires de Rimouski, Luc Pichette, déplore que depuis mars 2020, son entreprise, le bar Le Campus, a fonctionné à peine trois mois d’ouverture sur dix et ce avec une capacité limitée et des heures d’ouverture coupées de 40 %. Il affiche sur sa page Facebook le message ci-dessous, au nom de son entreprise et de ses employés.

L’entreprise Sports JMD a agi en ce sens en affichant dans sa vitrine un slogan de solidarité « Rimouski « strong », j’achète et je m’implique ici, j’ai un impact positif ici ». Pour les défenseurs de la langue, un des propriétaires, Guylain Dupuis, explique: « C’est un message d’ouverture a la solidarité et l’implication locale, peu importe les mots. Cette expression est utilisée partout dans le sport et on l’a simplement rattrapé au vol. »

La vitrine de Sports JMD. (Photo: courtoisie)

Prenons notre mal en patience

Le préfet de la MRC Rimouski-Neigette, Francis Saint-Pierre, fait partie de ceux qui ont demandé un allègement des mesures de contrôle sanitaires. La réaction du premier ministre Legault lui fait dire que son intention est de mettre les citoyens de l’Est du Québec à l’épreuve pendant un certain temps avant de les récompenser.

« Ce que je décode de ce que monsieur Legault a dit, c’est qu’il est clair qu’aujourd’hui, le couvre-feu va demeurer et les barrages routiers, il n’y croit pas. Quand il parle, il parle pour tout le Québec et j’imagine qu’on aura des allègements à partir du 8 février, mais je suis convaincu que ce ne sera pas ce qu’on aurait voulu. Je pense que ce qu’on a faire, c’est de prendre notre mal en patience. Il faut faire en sorte que les règles soient respectées à travers un peu d’ouverture. »

Francis St-Pierre (Photo: courtoisie)

« Québec va nous tester, puis va nous donner d’autres allègements, trois semaines ou un mois après, si les cas n’augmentent pas. Je pense qu’on va nous mettre à l’épreuve, analyser ce qui se passe et prendre des décisions. On sait ce qu’il faut faire; on est capable de réagir. On ne sait pas ce que monsieur Legault va nous annoncer au début de la semaine prochaine, mais acceptons ce qu’il nous donne et continuons à respecter les règles et ce sera un premier pas », constate sagement monsieur Saint-Pierre.


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