Chroniques Rêver d'entrepreneuriat Si le chapeau te fait !

Si le chapeau te fait !

En ce 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, consacrer ma chronique à l’entrepreneuriat féminin allait de soi. Depuis quelques années, beaucoup de questionnements se cristallisent autour de l’entrepreneuriat féminin. Bien que moult programmes soient mis en place et que l’aide se multiplie, il reste encore du boulot à faire pour prendre notre place dans le milieu des affaires. Le ratio homme/femme est loin d’être paritaire !

Le microcrédit : une toute autre réalité

Lors de l’analyse des données du Réseau Accès Crédit (RAC), un élément fort intéressant en est ressorti. Au cours des quatre dernières années, la clientèle féminine est majoritaire tant du côté de l’accompagnement qu’au niveau du soutien financier. Cette donnée est supérieure à ce qui est observé au Québec. Bien qu’il soit démontré, dans l’indice entrepreneurial québécois 2018[1], que l’entrepreneuriat féminin est en croissance, celle du côté du RAC surpasse la tendance provinciale. Pour l’organisme, la proportion des prêts octroyés aux femmes était supérieure à 65%.

Qu’en est-il à l’échelle provinciale ?

Pour l’ensemble de la province, pratiquement une femme propriétaire sur deux se retrouve parmi les Individualistes[2], ce qui explique le fait que les femmes font des investissements initiaux plus petits (77 % d’entre elles se limitent à un investissement initial de 20 000 $ ou moins, contre 63 % pour les hommes). Le microcrédit joue ainsi un rôle essentiel dans l’accélération observée.

Un autre élément clé de l’étude est que les femmes ont besoin davantage de soutien technique dans le démarrage de leur entreprise que les hommes. Encore une fois, par leur accompagnement de proximité les organismes de microcrédit jouent un rôle important dans cet essor de l’entrepreneuriat au féminin et les statistiques du RAC se démarquent à l’échelle provinciale.

Chapeau bas

Quant à moi, je célèbre cette Journée du 8 mars en remerciant les femmes pionnières qui ont su nous frayer un chemin pour nous permettre d’exercer nos passions dans plusieurs sphères de nos vies. Célébrer le droit de porter plusieurs chapeaux : celui de femme, de maman, de conjointe, d’entrepreneure. Gérer ses différents chapeaux sans s’éparpiller est un défi. Entreprendre c’est aussi porter trois chapeaux; celui de la technicienne, celui de la gestionnaire et finalement celui de l’entrepreneure. Et vous, portez-vous suffisamment votre chapeau d’entrepreneure ?

De la même manière qu’il n’y a pas qu’une seule façon d’être une femme, il n’y a pas qu’une seule façon d’être entrepreneure. Si certains faits et obstacles peuvent être vécus largement par les femmes qui entreprennent, il subsiste de nombreuses différences en fonction des femmes, de leurs réalités, leurs âges, le type d’entreprise, le secteur d’activité, la région, l’origine socio-culturelle, l’ancrage familial dans l’entrepreneuriat et l’appartenance à des réseaux d’entrepreneur.e.s.

Mes prochains constats sont bien sûr une généralité basée sur des blocages et des résistances issus d’observation de beaucoup de femmes autour de moi, mais aussi de mon passé en affaires. Au fil de mes discussions avec les femmes entrepreneures, j’ai remarqué que la peur de l’échec et celle d’être moins compétente que les hommes sont souvent les freins pour les femmes qui veulent se lancer.

Et pourtant… pourtant, une femme fait montre de compétences indéniables en ce qui concerne la pensée stratégique, la prédiction des tendances, l’ouverture à l’innovation, la faculté à rebondir en apprenant de ses erreurs, l’attachement à son équipe et la capacité à orienter les bonnes personnes vers les responsabilités qui potentialiseront leurs forces et motivation. 

Elles réfléchissent beaucoup et font longuement mûrir leur projet. Elles veulent s’assurer d’être prêtes. Souvent, le danger est qu’un fossé se creuse entre l’intention et la création. Le profil des femmes qui rêvent d’un projet entrepreneurial et qui le réalisent avec succès se démarque tant dans la manière de l’imaginer et de le concrétiser que dans la façon dont elles le dirigent à long terme.

Valoriser l’entrepreneuriat féminin requiert des ajustements simples, mais puissants !

Prendre votre place en tant qu’entrepreneure, c’est prendre conscience que c’est possible aussi pour vous. Le monde a besoin de vous. Vous l’écrire : gagner de l’argent et avoir une vie sereine, épanouie où vous contribuez…c’est possible ! Notre vie est à l’image de nos croyances limitantes concernant l’entrepreneuriat. Il n’y a pas de choix à faire entre être une maman présente et une femme épanouie professionnellement. Listez vos blocages et en prendre conscience permet de les transmuter.

Enfilez votre chapeau d’entrepreneure en ayant un marketing qui vous ressemble pour faire en sortes que les personnes qui ont besoin de vous, de votre service ou de votre produit sachent où vous trouver. Portez avec assurance votre chapeau de gestionnaire. Suivre nos chiffres a souvent une connotation péjorative et ça nous pénalise énormément. Je nous entends souvent dire : « Je ne fais pas ça pour l’argent ». Eh bien, j’ai des p’tites nouvelles pour nous… la vie nous exhausse ! On n’a pas revêtu le costume d’entrepreneure à part entière. L’Endosser c’est se donner le droit d’avoir de l’ambition en tant que femme.

Être sur la pointe des pieds à s’occuper des autres, à être aux petits soins pour tout le monde, à essayer de ne pas trop faire de bruit et de ne pas trop faire de vague, fait en sortes que l’entreprise passe inaperçue. Imprimez en vous que vous avez le droit de prendre votre place. Ce faisant, vous n’êtes pas en train de prendre celle des autres. Vous êtes la seule personne pour vous autoriser à le faire. Et vous n’avez pas à demander la permission à personne pour briller. Dites-le à voix haute puis écrivez-le : « Je m’autorise maintenant à briller et prendre ma place ». Cessez de chercher l’approbation des gens autour.

En prenant ma place, je deviens une source d’inspiration; un modèle à faire évoluer en tant que femme. Je ne suis pas en guerre féministe, je rêve d’un monde où la question homme/femme ce ne sera même plus le sujet. Un modèle à faire évoluer le monde de l’entreprise où il y a encore des inégalités très marquées. Inégalités que l’on subit, mais aussi que l’on se crée par nos blocages. Multiplier et médiatiser les modèles de réussite de femmes en affaires pour qu’on puisse envoyer un message fort. Cassons le moule : il est possible de s’accomplir et bien gagner sa vie.

Un trait particulièrement féminin… ne pas déplaire et se sentir coupable ! Un schème tellement ancré chez les femmes. Vous êtes entièrement libres. Libres dans votre entreprise signifie qu’elle n’est pas une démocratie. Vous n’avez pas à demander l’avis à tout le monde, vous n’avez pas à demander l’autorisation à vos employés, à vos pigistes et aux entrepreneurs avec qui vous travaillez. On offre et demande des pistes et des idées, ça oui. Utilisez cette liberté à bon escient. Souvenez-vous d’être une patronne bienveillante avec vous-même. Comme entrepreneure, vous avez aussi besoin de votre équilibre. On ne peut pas mettre entre parenthèse notre vie pendant 5 ans le temps de se lancer et s’établir. Notre conjoint ne va pas forcément nous attendre et nos enfants vont continuer de grandir pendant ce temps-là. Nous n’avons pas le luxe de se négliger. Vous n’êtes pas là pour faire un sprint, vous êtes là pour faire un marathon. Se ramener au pourquoi je me suis lancée… pour être libre? Assurez-vous de le rester.

Alignez votre devise d’entrepreneure : persévérance, courage, foi (en vous et en la vie).

Et PRENEZ VOTRE PLACE ! PORTEZ LE CHAPEAU QU’IL VOUS FAUT !

Défi à nous donner

Au-delà des célébrations entourant le 8 mars, comment pourrions-nous rendre hommage à nos pionnières en faisant encore plus en termes d’entrepreneuriat féminin? Je me suis inspirée d’un défi qu’avait lancée Pascale Pageau, présidente-fondatrice de Delegatus services juridiques, maman de 4 enfants, avocate et entrepreneure.

Pourquoi ne ferions-nous pas du Québec, un exemple mondial du succès de l’entrepreneuriat au féminin en posant quotidiennement des gestes porteurs de changements.

Comme investisseur dans les compagnies de démarrage, investissons dans les start-ups féminines et apportons-leur tant notre soutien financier que nos conseils.

Comme investisseur dans les entreprises en croissance, investissons davantage dans ces entreprises québécoises à propriété féminine afin de leur permettre de passer du stade de la microentreprise au stade de fleuron québécois et investissons afin que nos fleurons féminins québécois demeurent la propriété d’intérêts québécois.

Comme citoyen, cultivons en bas âge le désir de l’entrepreneuriat au féminin et du succès économique chez nos enfants, petits-enfants, nièces, élèves, etc. Éliminons, que ce soit envers nous-mêmes ou les autres, le tabou de l’argent. Remplaçons la gêne ou l’envie par la fierté, tant individuelle que pour notre société.

Comme femme qui caressons le désir de devenir entrepreneure, croyons en nous, osons, fonçons. L’entrepreneuriat est certes rempli de défis, mais également d’un sentiment d’accomplissement tellement fort qu’il surpasse ces défis qui sont souvent beaucoup plus atteignables qu’ils ne le paraissent.

Comme bénévoles, philanthropes, professionnels, investissons notre temps, nos connaissances et nos dons auprès d’organismes et réseaux voués au succès des femmes entrepreneures.

Comme femmes entrepreneures : Ne baissons jamais les bras. N’arrêtons jamais de voir plus haut, plus loin, de foncer pour nous-mêmes et notre entreprise. Misons sur la croissance et le succès. Obligeons-nous à remplacer tout découragement, tout « sentiment d’imposteur », tout doute par la confiance, l’espoir et la fierté.

Comme femme, comme homme, apportons quotidiennement valorisation, support, entraide aux femmes qui ont relevé le défi de devenir entrepreneure et qui continuent de le relever tous les jours.

Bonne Journée internationale des femmes !!!

Quand nous aurons accompli ce défi et quand nous aurons atteint des résultats au-delà de la parité, la prochaine question sera: et vous messieurs, à quand votre journée internationale ?

Entrepreneures soutenues par le RAC… je vous lève mon chapeau !

Nancy FortinCoralie Coutu Fanny YockellClaudia Côté-FortinMylène Thibault & Justine LarocqueAnne PichetteIsabelle Ruest Lucie Côté & Martine Pelletier Sophie JeanNicole ParentAnick BlouinPaule LemieuxJessie OuelletSophie-Hélène Michaud Gabrielle Dion Karine Lapointe & Annie Franck HudonMarie-Josée RiouxHasna BenbouazzaKarine LebeauClara BoulianneCaroline Deschênes Sophie PoirierÉmilie-Anne Bégin

[1] Indice entrepreneurial québécois 2018. Récupéré à https://indiceentrepreneurialqc.com/rapports/indice-2018/

[2]L’Individualiste est un propriétaire d’entreprise sans autre employé que lui-même et ayant des activités majoritairement locales ou régionales. Récupéré à https://indiceentrepreneurialqc.com/rapports/indice-2018/

Diplômée de l’Université Laval en communication (mineure en psychologie et politique), j’ai dans ma besace un parcours entrepreneurial de 20 années d’expérience en organisation d’événements, communications et relations de presse. Nouvellement arrivée dans la région et maintenant de l’autre côté du spectre, j’accompagne les entrepreneurs à travers les différentes étapes de la vie de leur entreprise. J’ai le grand bonheur de vivre et toucher à l’entrepreneuriat… sans les risques! Reconnue pour ma créativité, je sillonne les chemins moins empruntés. Apporter une contribution et faire une différence font partie de mes principaux objectifs professionnels. En ce sens, partager du contenu à travers cette chronique vient aisément s’aligner à mes valeurs.


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