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Québec offre des soins de denturologie différents selon les clientèles; des personnes en souffrent

Des personnes en situation de pauvreté de la région et des organismes qui les défendent se plaignent d’avoir de moins en moins accès aux services de denturologie, symptôme d’un malaise plus profond.

Un malaise dont la responsabilité est principalement imputable au gouvernement du Québec, selon l’Association des denturologistes, dont la spécialité est la fabrication, la pose et l’ajustement de prothèses dentaires. Être privé de services, dépourvu d’une dentition adéquate, peut causer des problèmes de santé aux personnes concernées ou aggraver ceux qu’ils connaissent déjà.



Le journal le soir a fait enquête à ce sujet aujourd’hui, recueillant les réactions du coordonnateur de l’organisme Action Populaire Rimouski-Neigette, Michel Dubé, du député de Rimouski à l’Assemblée nationale, Harold LeBel, de deux personnes affectées par ce problème et du vice-président de l’Association des denturologistes du Québec, Daniel Léveillé.

Tournée


« J’ai fait la tournée de mes contacts du milieu communautaire dans l’Est du Québec et il apparaît qu’il n’y a plus un denturologiste qui accepte de servir les personnes assistées sociales, entre autres, tant dans la Baie-des-Chaleurs en Gaspésie, qu’à Rimouski et Mont-Joli. Ça concerne les personnes dont les soins de denturologie sont couverts par la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ). Normalement, tous les denturologistes sont obligés par la Commission des droits de la personne d’accepter leur clientèle, car ce serait une discrimination », soutient Michel Dubé.

Ne pas lancer la pierre aux denturologistes



« Je pense qu’on ne doit pas lancer la pierre aux denturologistes. Le problème c’est que le gouvernement rembourse les deux tiers de la facture aux denturologistes. Ils sont aux prises en plus avec beaucoup de bureaucratie et beaucoup de paperasse. C’est hyper compliqué et les dentistes ne prennent pas cette clientèle-là. Il y a une pression mise par les denturologistes, mais ça n’a pas de sens que les gens qui sont bénéficiaires de l’aide sociale n’aient pas de services! »

« Le gouvernement du Québec doit écouter les denturologistes et corriger la situation pour faire en sorte que tout le monde soit à l’aise. Ça n’a pas de sens qu’une catégorie de citoyens n’ait pas accès à des services. Il faut leur donner un encadrement qui a de l’allure. En plus, on manque de denturologistes en Gaspésie et il y a un débordement à Rimouski », affirme le député LeBel, qui se propose de poursuivre la démarche qu’il vient d’entamer auprès des ministres concernés, dès lundi.


Pas de suivi

On ne peut pas affirmer que les refus de services sont fermes et directement prononcés, mais disons simplement qu’on peut parler d’une grève du zèle dans les suivis de dossiers ou de demandes d’inscription.

« Moi, ce qu’on m’avait dit en 2020, c’est que j’étais acceptée comme cliente, mais je n’ai jamais eu finalement de services jusqu’à maintenant : le bureau ferme, les mesures sanitaires se compliquent, il n’y a pas de personnel pour répondre, bref, ça n’a jamais fonctionné pour la prise de rendez-vous. De ce que j’en sais, ça fait depuis les fêtes qu’on n’aide pas les personnes sur l’aide sociale. En tout cas, on ne donne pas de suivi à mon dossier », note une femme de Rimouski privée de services, Sandra.

Pas besoin d’être plus malade

« Je n’arrive pas à obtenir de rendez-vous, dans aucune des cliniques de denturologie contactées ni à Rimouski, ni à Mont-Joli, ni à Trois-Pistoles. Je suis en beau maudit. Je pense que c’est très injuste, comme si on était une bande de profiteurs. Ce n’est pas le cas. J’ai travaillé, dans ma vie, jusqu’à deux ou trois emplois en même temps, et je n’ai pas choisie d’être malade. Je dis au gouvernement du Québec : est-ce qu’on pourrait arrêter de donner à droite et à gauche et donner à ceux qui en ont besoin? Encore, cette semaine, avec Bombardier (Alstom à La Pocatière), des (56) millions! C’est une question de santé : j’ai deux maladies chroniques, dont une qui touche ma digestion et mes intestins. Vous vous doutez bien que j’ai besoin de mes dents! Je n’ai pas besoin d’être encore plus malade », lance Josée.

Vraiment pas la même affaire!

La patience des denturologistes a été mise à mal par Québec en raison du programme avec la RAMQ et en plus, Daniel Léveillé, de l’Association provinciale, constate qu’il y a des disparités entre deux systèmes qui relèvent du même gouvernement.

« L’entente que nous avons avec la RAMQ date de 2013 et les tarifs n’ont pas été indexés, de sorte que cela représente maintenant environ les deux tiers de la facture. Les montants de base de la RAMQ ne sont plus réalistes. D’un autre côté, dites-vous qu’avec le Programme de santé bucco-dentaire adopté en 2019 pour les personnes qui vivent dans des CHSLD (centres d’hébergement et de soins de longue durée), les denturologistes peuvent aller traiter des résidents, dispenser des soins de qualité et recevoir des tarifs appropriés. Il y a une distorsion, et pas à peu près. »

« Dans le programme des CHSLD (dit de santé bucco-dentaire), on a proposé et obtenu d’utiliser des partiels métalliques qui sont plus durables, plus résistants et plus ajustables, alors que dans le programme de la RAMQ pour les personnes à faible revenu, on peut seulement fabriquer des partiels en acrylique, des partiels qui peuvent briser beaucoup plus facilement et qui s’usent beaucoup plus rapidement. Ce n’est pas la même affaire, vraiment pas la même affaire », ajoute monsieur Léveillé.

Daniel Léveillé (Photo: Association des denturologistes du Québec)

Discrimination et technologie

On remarque en fin de compte que s’il y a une discrimination, ce ne sont pas les denturologistes qui la pratiquent.

 « C’est juste que la technologie a beaucoup avancé depuis quelques années. Il y a des options qui existent pour mieux assurer les fonctions de la bouche d’une personne, qu’on ne peut pas utiliser à cause de (l’entente avec) la RAMQ. Je fais des partiels en acrylique à l’occasion, mais de manière exceptionnelle et pour une raison bien spécifique : ce n’est pas l’option que je vais privilégier, parce que je sais que ce n’est pas la meilleure option pour le patient. Je n’ai donc pas le droit de proposer l’autre option au patient, la meilleure option, parce que le gouvernement nous dit qu’il ne peut avoir que celle-là », lance encore Daniel Léveillé.

« Si on est intervenu auprès du  gouvernement? On ne calcule plus le nombre de fois! On essaie d’expliquer que ça n’a pas d’allure, mais on se fait chaque fois répondre : « On va faire une évaluation » et ça revient toujours à la même chose : on n’a pas de nouvelles. Et on a l’impression qu’« ils » (les ministères et/ou fonctionnaires) ne se parlent pas », fait remarquer finalement le vice-président de l’ADQ.


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