Nouvelle de 18 h L’après-crise risque de faire mal sur le plan psychologique

L’après-crise risque de faire mal sur le plan psychologique

La crise sociale provoquée par la crise sanitaire du coronavirus pourrait continuer d’avoir des impacts importants sur la société québécoise dans l’ère post-pandémie.

Ce n’est pas parce qu’un jour, le gouvernement décrétera que l’état de crise sanitaire est terminé, que les querelles vont cesser instantanément. Comment les cercles sociaux, les amis et les familles divisées par la crise pourront-ils se reconstituer normalement dans un nouveau monde à peu près normal?



C’est l’une des questions que nous avons posées à la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier, qui aura accompagné les lecteurs du journal le soir à travers cette crise avec de précieux conseils, publiés dans une demi-douzaine d’articles, depuis mars 2020. On retrouvera facilement ces articles en tapant son nom dans le moteur de recherche (petite loupe, en haut, à droite) du site Internet du journal, dont celui-ci.

Se raccommoder


Pour en revenir au sujet d’aujourd’hui, lorsque la crise sera derrière nous, on peut se demander si les théoriciens du complot pourront se raccommoder avec une majorité convaincue que les mesures sanitaires et l’obligation d’être doublement vacciné recommandés par les autorités sont les bonnes choses à faire pour se rétablir collectivement. Rappelons qu’environ 15% de la population est opposée aux mesures sanitaires. Du nombre, certains observateurs estiment qu’on retrouverait des personnes qui ont toujours eu un problème de rapport avec l’autorité, d’autres étant des personnes qui ont des problèmes de santé mentale que la crise a aggravés en raison du manque d’accès à des soins adaptés, le réseau de la santé étant mobilisé pour combattre la COVID-19.

Chose certaine, Geneviève Beaulieu-Pelletier, dont la compétence nous a été recommandée par l’Ordre des psychologues, confirme que la crise a apporté plus de travail aux psychologues, en général. Elle est praticienne, mais aussi conférencière et professeure associée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).



La psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier. (Photo: courtoisie)

Malaises

« La crise a fait ressortir beaucoup de besoins en soins psychologiques. La demande est clairement là, parce qu’il y a plus de besoins. Il y a des listes d’attente et certains psychologues ont même dû fermer leur liste d’attente. J’ai ressenti chez certains de mes patients que la crise sanitaire avait eu des effets. En même temps, à force d’en parler comme nous l’avons fait pendant la crise et les interventions des médias en général, on dirait qu’il y a moins de tabous autour du fait de consulter un psychologue qu’il y en avait avant la crise. Il y a plus de gens qui se sentent « normaux » de consulter. Puisqu’on a des raisons de ne pas se sentir bien en raison de la pandémie, c’est plus « correct » de consulter. La crise a fait en sorte qu’on s’est plus questionné sur ce qu’on vit. On accorde une place plus importante à la psychologie. C’est normal en ce moment de se sentir plus anxieux », remarque madame Beaulieu-Pelletier.


Le confinement peut avoir fait en sorte qu’on ait fait plus d’introspection. « Des gens qui se sentaient un peu mal, qui avaient de légers symptômes, mais ne consultaient pas, on ressenti plus de stress. Cela a augmenté les malaises qui étaient déjà présents. »

Prendre du temps

« La question de la vie en société après la crise est très large. Je ne peux pas répondre par un oui ou par un non. Il y a beaucoup de conflits qui se seront créé qui prendront beaucoup de temps à se résorber. Il y a eu beaucoup de polarisation dans les croyances et quand on très polarisé, on se met à dos une partie de son entourage. On crée des conflits même au sein de sa famille. On met certaines personnes de côté. On pose des gestes qu’on ne poserait pas à d’autres moments. Ça prend plus de temps avant de revenir à la normale et dans certains cas, ce ne sera pas possible de recoller les morceaux parce que les liens seront brisés définitivement », émet-elle comme hypothèse.

Les leaders

Si bon nombre de « négationnistes » vont finir par « décrocher », les leaders des différents mouvements d’opposition pourraient continuer de dénoncer ce qu’ils considèrent être des abus de pouvoir des autorités.

« Ceux qui n’étaient pas trop polarisés, ceux qui suivaient un peu les leaders, pour eux, tranquillement, ils vont pouvoir retrouver leurs proches, réintégrer leur quotidien d’avant. Mais pour ceux dont les raisons sont identitaires, qui ont un besoin de s’affirmer, si ce n’est pas contre la crise de la COVID, la frustration pourrait se transporter dans autre chose. Les fondements qui mènent quelqu’un à adhérer à des croyances, à être dans des mouvements « anti », pour des manifestations importantes, sont souvent des raisons émotionnelles. Si on ne fait qu’enlever la crise ou les mesures, on peut s’attendre à ce que ces raisons émotionnelles continuent d’être présentes. Est-ce qu’ils trouveront une autre cause? Pour certains, oui; pour d’autres, cela pourrait se traduire par des conflits familiaux, avec les proches ou au travail. »

« Il restera des choses à combler. La meilleure façon d’agir serait d’essayer de comprendre dès maintenant pourquoi ces gens-là ont besoin de tenir à leurs croyances. C’est ce qui va nous permettre de dialoguer encore après la crise, de rester en liens, qu’on ait été « pro », » anti », etc. On doit comprendre ce qu’il y a derrière ça. Sinon, si on se dit juste « la pandémie est finie », pourquoi les gens qui ont été pointés du doigt reviendraient comme si de rien n’était? Il faut vraiment s’intéresser les uns aux autres, c’est la seule façon si on veut continuer de bien vivre ensemble et se comprendre mutuellement. Il faut essayer de savoir ce que les autres sont en train de nous dire. Il faut essayer de comprendre son voisin si on veut reprendre une vie normale. Et puisque la pandémie n’est pas terminée, la polarisation des opinions va se poursuivre », constate finalement la psychologue.


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