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« Il n’y a pas d’avenir à Rimouski »

Crise du logement : de choquantes réalités
centre-ville rimouski
Pas d’avenir à Rimouski? Entre autres parce qu’il n’y a plus de logements ni de maisons à des prix accessibles (Photo: courtoisie Armand Dubé )

Le témoignage d’un chercheur de logement publié hier, dans nos pages, a eu l’effet d’une onde de choc qui entraîne le dévoilement de réalités pour le moins choquantes et inquiétantes pour quiconque souhaite le développement harmonieux de Rimouski.

Un homme d’une quarantaine d’années, contraint de rechercher un logement répondant à sa condition, rapportait ses observations sur le marché locatif et le marché immobilier. Comme le fait qu’il existe des logements de trois pièces et demi à 1 500 $ par mois ou que le prix d’un loyer puisse augmenter de 500 $ en l’espace de trois mois.

Une série de reportages comme celle que nous amorcée lundi tente notamment de faire le tour d’une question importante en suscitant des réactions et des commentaires en provenance du milieu. Dans ce cas-ci, la situation semble de plus en plus non seulement critique, mais presque catastrophique selon les faits, commentaires et événements qui nous sont rapportés.

On comprendra qu’il est délicat d’identifier certaines personnes, mais leur crédibilité ne fait pas de doute aux yeux du Journal Le Soir.

Pas d’issue

Nous retenons deux choses en particulier à la suite de ces différents échanges.

Primo, alors que plusieurs instances régionales travaillent d’arrache-pied pour attirer des étudiants, des citoyens et des travailleurs dans la région, dans des secteurs aussi névralgiques que la santé, ces travailleurs ne voient pas beaucoup de possibilités d’améliorer leur qualité de vie une fois installés.

Prenons par exemple une travailleuse de la santé profitant d’un salaire avantageux, mais qui habiterait dans un logement de trois pièces et demi, le seul qu’on lui ait trouvé, après de nombreuses démarches pour la convaincre de venir travailler à Rimouski. « Il n’y a pas d’avenir à Rimouski », aurait-elle déclaré après quelques mois de vécu dans la capitale régionale. Pardon? Elle estimait que son logement est trop petit pour être en couple et que les maisons sont financièrement inaccessibles. Sans parler du manque de places en garderie.

« Difficile de fonder une famille dans ces conditions », constate un contact du Journal Le Soir. Difficile, aussi, dirions-nous, de retenir du personnel qu’on a peiné à recruter dans les mois précédents.

150 familles

Dans des représentations auprès de la Fédération québécoise des municipalités, le programme Place aux jeunes en région (PAJR) déplore que 150 familles n’aient pu migrer dans des régions qui les attendaient, au cours de la dernière année, faute de logement adéquat. De plus, le tiers du recrutement de personnel parmi les migrants est constitué de personnel de la santé.

«Trop d’entreprises indiquent devoir ralentir leurs activités, refuser des contrats ou reporter leurs projets d’expansion par manque de main-d’œuvre. Énormément d’efforts et d’énergie, à coup de campagnes de séduction, sont déployés afin de recruter et d’attirer des travailleurs d’ici ou de l’étranger », écrit Luc D’Astous, président de PAJR.

« Le pire »

Secundo, tout en respectant la grande majorité des gens d’affaires et propriétaires d’immeubles, dont certains travaillent de l’aube au crépuscule, de choquantes réalités nous sont rapportées.

Des investisseurs rimouskois, au lieu de faire leur part pour aider leur communauté à se sortir d’une crise, tirent plutôt profit de la situation. « Ça, c’est le pire. Ils font de la spéculation au lieu de contribuer au développement de leur ville, en ne facilitant pas l’accès à l’habitation », nous dit-on.

Une petite remarque bien placée peut parfois faire une différence. On nous rapporte une situation où un propriétaire a changé son fusil d’épaule et a fait savoir qu’il mettrait dorénavant un ou des logements à la disposition des organisations qui recrutent et accueillent des travailleurs et des réfugiés.

Par semaine

On parle ici notamment des logements privés offerts sur la plateforme/réseau numérique AirBNB, qui peuvent rapporter 750$/1 000 $ par semaine à l’occasion, mais n’être occupé qu’à 75% du temps. Ou encore d’investisseurs qui achètent des condominiums pour les relouer à profit et à fort prix, ce qui provoque de la rareté sur le marché immobilier tout en contribuant à hausser la moyenne des loyers. Ou encore de gens qui achètent une propriété qui demeure inoccupée, le temps de seulement générer des profits à la revente, un an ou deux plus tard. Le capitalisme a beau être ce qu’il est, tout ça commence à être mal perçu.

475 000 $, pas de sous-sol, pas de garage

Voici par ailleurs le témoignage d’une personne en quête d’une maison.

« Bonjour, comme plusieurs nouveaux Rimouskois, je cherche une maison, mais les prix augment sans bon sens et je pointe du doigt ceux qui en profitent abusivement. Regardez cet exemple qui n’est pas unique et qu’il serait peut-être temps de dénoncer. Une maison de la rue Anne-Hébert était, il y a quelques mois, à 389 000 $ sur Du Proprio. Elle est maintenant à 475 000 $ sur Proprio Direct. Pas de sous-sol, pas de garage et un plancher partiellement chauffé. C’est un abus injustifié », dit Sylvain.

Crainte d’une mauvaise image

Des événements comme ceux rapportés ci-dessus font craindre la diffusion d’une mauvaise image pour Rimouski. Nous avons recueilli les réactions du député Harold LeBel, du maire, Guy Caron et du président de La Chambre de commerce et de l’industrie Rimouski-Neigette, Guillaume Sirois.

« C’est sûr qu’on vit quelque chose de particulier, mais de là à en arriver à la conclusion qu’il n’y a pas d’avenir à Rimouski, que c’est la catastrophe, il faut quand même faire attention. Il ne faut pas tirer dans notre propre filet. On fait de grosses démarches pour attirer du monde à Rimouski et nous allons continuer de faire des démarches en ce sens. On a réussi sur le plan des centres de la petite enfance à se concerter et à obtenir un nombre de places en garderie suffisant et ça va continuer, même si c’est un peu long. Il faut faire la même chose, il faut travailler ensemble sur le logement. Il ne faut pas laisser entrevoir aux gens qui songent à venir à Rimouski que c’est infaisable », réagit Harold LeBel.

Le député Harold LeBel. (Photo: courtoisie)

Familles dans le besoin

« Il y a du travail en cours. Par ailleurs, j’en appelle à tout le monde à faire sa part pour qu’on passe à travers de cette crise là le mieux possible, tant les promoteurs que les propriétaires de logements. Entre autres, les logements AirBNB, ce n’est pas vraiment une bonne idée. Je peux comprendre que ce soit rentable dans la saison touristique, mais là, il y a des familles dans le besoin. Parlant de besoin, on a besoin de solidarité et de concertation », renchérit monsieur LeBel.

D’ailleurs, Accueil et Intégration Bas-Saint-Laurent a lancé un appel au public pour loger de nouveaux arrivants et une information qui nous est parvenue parle d’une dizaine de familles logeant dans des motels, présentement. Au Québec, il y aurait 100 000 logements manquants selon l’Association professionnelle des constructeurs (APCHQ). Il y aurait plus de 100 logements AirBNB à Rimouski.

Maire inquiet

« Je suis aussi préoccupé et inquiet que tout le monde », lâche le maire de Rimouski, Guy Caron. « Nous sommes dans une crise, une pénurie de logements. Ça affecte des milliers de personnes et ça affecte notre économie. Je note que l’hébergement de type AirBNB est encadré à Rimouski. Si on reste dans les normes, c’est une activité commerciale. Sinon c’est illégal et donc, si on en a connaissance, on peut agir par rapport à ça. On peut faire des plaintes et engager des poursuites si ça sort de notre réglementation. On a des recours, mais encore faut-il le savoir. Il y a des limites à ce qu’on peut faire et ces limites, c’est de savoir ce qui se passe en réalité », ajoute monsieur Caron.

Guy Caron (Photo: Ville de Rimouski)

Vue d’ensemble

Le président de la Chambre, Guillaume Sirois, parle d’une situation d’ensemble qui comprend plusieurs éléments, dont la pénurie de logements.

« La Chambre a identifié le problème du manque de logements depuis longtemps. Ce problème s’est accéléré par le fait que notre région est attractive depuis le début de la crise sanitaire. Des familles entières viennent s’installer. Ça a mis de la pression sur l’offre. On sait qu’il y a des personnes qui veulent venir à Rimouski, qui ont leur emploi, et ce n’est même plus une question de bons salaires. Nos entreprises offrent de l’emploi dans tous les secteurs. Et même, avant, on avait de la difficulté à trouver un emploi pour le conjoint.e et ce n’est plus le cas », signale le président de la Chambre de commerce.

Guillaume Sirois (Photo: courtoisie)

« Il y a le logement, mais aussi le nombre de places en garderies. Ce sont des problématiques majeures. Si on regarde ça de plus haut, le locatif touristique est un phénomène mondial difficile à contourner. Par ailleurs, on manque aussi de chambres d’hôtel. Tous les problèmes sont inter-reliés. On a besoin de plus de volonté politique des gouvernements provincial et fédéral, parce que pour le reste, on est très bien capables de convaincre des gens de s’installer ici », constate monsieur Sirois.

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