Nouvelle de 19 h > Luc Pichette prend le chemin de la retraite
Nouvelle de 19 h

Luc Pichette prend le chemin de la retraite

Le bar Le Campus va fermer dans un mois
Luc Pichette sur la terrasse du Campus. (Photo: journallesoir.ca, Pierre Michaud)

Le propriétaire du bar Le Campus, Luc Pichette, annonce qu’il a décidé de mettre fin aux opérations de l’entreprise située au 149, rue de l’Évêché Ouest, à Rimouski, à compter de la fin du mois de mai.

En comptant ses tout débuts, Luc Pichette aura travaillé dans le milieu des établissements licenciés pendant 50 ans, dont plus ou moins 40 au Campus.

10 $ par jour en location

Et voici comment l’histoire de Luc a commencé :

« À 17 ans, en 1975, je louais le local du Campus à 10 $ par jour pour exploiter une arcade, le temps qu’on obtienne le permis d’alcool de la Taverne. C’était un long processus à cette époque. Ça prenait de sept à 10 mois pour avoir un permis de vente d’alcool. Le 7 février 1976, mon père, Louis-Jean, ouvrait la taverne Chez Luc. J’ai débuté mon travail à cette adresse à ce moment et je suis là, depuis. »

« Le 15 mai 1978 mon père vendait la bâtisse et la taverne à monsieur Léopold Boucher, de Sayabec. En mai 1984, je louais la taverne de monsieur Boucher pour une période de trois ans. Le 12 mai 1987, j’achetais la taverne et la bâtisse de monsieur Boucher. Le 17 juillet suivant, je changeais la raison sociale pour Le Campus », se souvient clairement le tenancier.

1er janvier 1995. (Photo: courtoisie)

La moitié d’une équipe

« J’ai commencé très jeune. Ça ne se verrait plus de nos jours! La principale raison pour laquelle on met la clé sous la porte, c’est le manque de personnel. À nos bonnes années, on comptait une équipe de plus de 20-25 personnes. Aujourd’hui, on a réussi de peine et de misère à en réunir 10, mais avec beaucoup de temps partiel. À presque 65 ans, je suis toujours obligé de travailler beaucoup et je suis chanceux d’avoir le soutien de ma conjointe, Fabienne Dubé, depuis plus de 20 ans. Je vais avoir 65 ans le 26 mai et je pense que ce sera ça, la dernière soirée », confie monsieur Pichette.

Fabienne et Luc, le couple inséparable et très accueillant du bar Le Campus. (Photo: Facebook, Luc Pichette)

Possibilité de relance

Ce dernier ferme l’entreprise et n’entend plus en être propriétaire, mais il aimerait quand même que l’établissement demeure ouvert.  Toute personne intéressée à relancer l’entreprise, sous son identité actuelle ou selon un nouveau concept, peut s’adresser à lui.

« Différentes tentatives de transfert d’entreprise ont été effectuées, mais dans le contexte actuel, c’est difficile de trouver des entrepreneurs et du financement. Toutefois je ne ferme aucune porte d’ici la fin de mai. Aussi, le terrain est très bien situé avec du stationnement et le bâtiment pourrait être agrandi par des investisseurs qui voudraient construire des logements ou des condominiums », précise monsieur Pichette.

Le Campus en 1987 (Photo: courtoisie)

« Les difficultés de recrutement de personnel ont commencé il y a environ trois ans. Les deux années de la crise sanitaire ont été difficiles. Nous avons fermé et rouvert trois fois et été fermés quelque 360 jours au total. On s’en est quand même bien sorti dans l’ensemble, grâce aux revendications que nous avons formulées au nom de l’industrie et au soutien des gouvernements. Le gros problème est toujours le même, c’est le manque de personnel. On a même été obligés de réduire les heures d’ouverture de 136 heures à 100 heures. Le temps est venu de tourner la page. On avait pris la décision de fermer Le Campus il y a quelques mois, mais finalement ça allait tellement bien à la reprise qu’on a décidé de continuer un peu. On a presque réussi à recruter une nouvelle gérante ces derniers temps, mais ça n’a pas fonctionné. L’incertitude a fini par avoir raison de l’entreprise. C’est assez maintenant », explique aussi monsieur Pichette.

Le côté humain

C’est un « vrai » tenancier qui va manquer à ses clients, car ce que Luc Pichette aime dans ce travail, c’est bel et bien le contact humain. « Il y a beaucoup de gens qui ont commencé à venir au Campus alors qu’ils fréquentaient le Cégep, qui est tout près, et qui sont toujours des clients. Je veux dire merci à tous ces fidèles pendant toutes ces années et plus récemment ceux qui nous ont beaucoup soutenus pendant la crise sanitaire, lorsqu’on a pu rouvrir. Le monde, c’est ça qui va me manquer. Même quand je ne travaille pas, je vais faire un tour en fin d’après-midi voir les habitués, régulièrement. »

Luc Pichette en 1984. (Photo: courtoisie)

Une pensée pour Denis

« J’ai aussi une pensée pour Denis Gallant qui a été notre gérant. Il est comme à la préretraite. Il fait encore un soir par semaine, de 17 h à la fermeture, et ça lui fait du bien. Ça me fait de la peine pour lui, car il aurait aimé continuer. Je suis aussi déçu pour l’ensemble du personnel, mais je n’ai pas de crainte que tout le monde va se replacer. Mon deuil est en train de se faire. La clientèle nous suit depuis le début. Je vais essayer de garder le contact avec la plupart d’entre eux, mais ça va être difficile de retrouver la même ambiance. Ça va me manquer, surtout les gens qui nous suivent depuis tout ce temps. Ça remonte à la Taverne Chez Luc et maintenant, je pense que Le Campus, c’est une institution parmi les établissements de Rimouski qui ferme ses portes », commente Luc Pichette.

Denis Gallant avec le personnel, lors d’un spectacle du groupe Les Gaboteux en 1992, au Campus. (Photo: courtoisie)

Une perte aussi pour les musiciens

On peut aussi déplorer que l’éventuelle fermeture du Campus prive les groupes de musique locaux d’un endroit pour se produire. Le dernier spectacle aura été celui de la formation Groove pour la Saint-Valentin de 2020, à peine un mois avant le décret d’urgence sanitaire au Québec.

Un des derniers spectacles présentés au Campus, celui de Groove, il y a un peu plus de deux ans. (Photos: courtoisie)

Un président peiné

Le président de la Chambre de commerce et de l’industrie Rimouski-Neigette, Guillaume Sirois, se dit peiné d’apprendre la fermeture prochaine du Campus. Le Journal Le Soir avait réuni monsieur Sirois et monsieur Pichette pour un reportage sur la relance des bars, l’été dernier.

« Ça m’attriste profondément pour Luc et pour son équipe d’apprendre que Le Campus va fermer. Ils sont là depuis de nombreuses années et je pense que Le Campus est une institution à Rimouski. Avec son bar, Luc était impliqué dans plein d’affaires. La fermeture d’une entreprise locale, ça m’attriste toujours et c’est plus dommageable qu’on ne le pense. Il y a toujours des activités associées à l’entreprise qui est impliquée dans sa communauté. Elle contribue à maintenir nos médias en vie en acquérant de la publicité. On donne du temps, de l’argent, des commandites. On fait vivre des gens », mentionne monsieur Sirois.

Guillaume Sirois et Luc Pichette lors d’une brève rencontre, l’été dernier. (Photo: journallesoir.ca, Pierre Michaud)

Le rôle d’entrepreneur mis à mal

« La pénurie de main-d’oeuvre nous fait mal. J’en entends tellement parler, chaque jour, chaque semaine. On se retrouve avec des entrepreneurs qui doivent accomplir des tâches en surplus, des tâches de terrain qui brûlent nos entrepreneurs. Ça fait qu’en fin de compte, l’entrepreneuriat devient moins attractif. Ce n’est plus un rêve, mais comme une gestion qui se résume à éteindre des feux à tout bout de champ. On ne peut pas se développer dans de telles conditions. Tout ça porte ombrage au rôle d’entrepreneur, ça le dévalorise. Ça a plusieurs impacts. On doit travailler sur plein de trucs en même temps ces temps-ci qui sont tous interreliées: la pénurie de main-d’oeuvre, la pénurie de logements, le manque de place en garderies, etc. Nos gouvernements, entre autres, s’entêtent à avoir des seuils d’immigration trop bas, qui nous empêchent d’avoir accès à de la nouvelle main-d’oeuvre qui apprécierait certainement une amélioration de sa qualité de vie », fait remarquer Guillaume Sirois.

Facebook Twitter Reddit