Le mythe du « dans le temps »
L'opinion de Robin Lebel
Martin Leclerc a glissé solide cette semaine sur le site de Radio-Canada. Pas sur une vraie pelure de banane, mais sur un sujet tout aussi glissant : la violence au hockey.
Sans l’approuver, le chroniqueur a tenté de démontrer que les coups sournois d’aujourd’hui seraient plus lâches et maladroits que « dans le temps ». Ah, cette expression… « dans le temps ».
Chaque fois que je l’entends, j’ai l’impression qu’on me sert un sandwich au baloney réchauffé. Parce qu’une simple virée sur YouTube suffit à renverser sa chronique cul par-dessus tête.
Bernard Geoffrion qui assomme un gars avec son bâton comme s’il jouait au croquet. Maurice Richard qui saigne comme un boxeur après un hors-jeu, notons ici que l’arbitre le retenait pendant que le joueur de Boston s’en donnait à cœur joie. Larry Robinson qui étend un joueur des Nordiques comme on fait sécher du linge sur une corde à linge dehors. Notons qu’il l’a fait avec bien d’autres joueurs de la LNH aussi.
Et j’en passe. Si ça, c’était « moins violent », alors moi je suis ballerine au Bolchoï de Russie.
Moins violent qu’avant
La vérité, c’est que le hockey d’aujourd’hui est moins violent qu’avant. Les assauts gratuits ont diminué, les mises en échec par-derrière sont punies, les coups à la tête aussi. Oui, il reste de la robustesse et heureusement, sinon on regarderait du patinage artistique avec des bâtons.
Et les fameuses prises de tête ou les coups de poing avec les gants? C’est simple : il y a présentement une punition de deux minutes pour l’instigateur d’un combat. Résultat : les gars se tapochent avec les gants, comme si on leur avait interdit les poings, mais permis les mitaines.
On nage en pleine logique sportive du hockey. Imaginez un instant : cinq minutes pour un coup de poing, gant ou pas. Ou deux minutes pour avoir frotté ses gants au visage d’un adversaire après un hors-jeu. Ouf. Ça réglerait une bonne partie de l’hypocrisie ambiante. Mais bon… trop simple, pas assez vendeur.
Parce qu’au fond, on aime ça, la violence au hockey. Tout le monde se lève quand ça brasse. Tout le monde en parle sur toutes les plateformes. Moi le premier. On joue les indignés officiels, mais on regarde quand même.
Alors je dirais ceci : continuez, les gars. On fait semblant d’être outrés, mais on aime ça, hypocritement. C’est notre contradiction nationale sur patins. Tant qu’on n’assumera pas ce paradoxe, le débat tournera en rond comme une rondelle en prolongation.

