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Détresse psychologique en hausse chez les producteurs agricoles

Au cœur des fermes et des difficultés humaines

La détresse psychologique semble gagner du terrain dans le milieu agricole. Depuis le printemps, l’organisme Au cœur des familles agricoles (ACFA) constate une augmentation importante des demandes d’accompagnement provenant de producteurs agricoles.

Inspiré du modèle des travailleurs de rue, le rôle des travailleuses de rang consiste à offrir du soutien directement dans les communautés agricoles.

Au Bas-Saint-Laurent, Pierrette Dion et Solveille Anctil-Duquette sillonnent les campagnes afin de rencontrer les producteurs sur leur lieu de travail. Elles observent sur le terrain une détérioration de la santé mentale des agriculteurs.

« Habituellement, à ce temps-ci de l’année, les producteurs retournent aux champs, ils sont plus occupés et les demandes diminuent. Mais là, on observe une hausse significative », souligne la directrice de ACFA, Marie-Louise Lemire.

L’agriculture figure parmi les professions les plus à risque de développer des troubles anxieux ou dépressifs.

Au Canada, le taux de suicide chez les hommes agriculteurs est trois fois plus élevé que dans l’ensemble de la population.

Au Québec, bien que la profession ne soit pas systématiquement indiquée dans les rapports des coroners, plusieurs études démontrent également un risque suicidaire accru chez les producteurs agricoles.

Plusieurs facteurs contribuent à cette réalité, dont la pression financière, les conflits familiaux, l’isolement, la dépendance aux conditions météorologiques ainsi que les change-ments réglementaires.

Au coeur des familles agricoles ne dispose pas de données précises permettant d’expliquer la hausse récente des demandes d’aide.

« On a eu des coups plus durs. Est-ce que c’est ça qui a créé de la détresse? Puis il y a aussi un contexte avec le TGV, les lignes électriques et les éoliennes. C’est plus difficile en ce moment », mentionne madame Lemire. La directrice croit également que le printemps froid et pluvieux pourrait avoir contribué à accentuer les inquiétudes chez plusieurs producteurs.

Fatigue mentale

Sur le terrain, les intervenantes remarquent surtout une hausse de l’épuisement psychologique.

« Ce n’est pas seulement le travail qui est épuisant. Il y a énormément de pression sur le monde agricole pour s’adapter aux nombreux changements de normes, au contexte socio-économique difficile et même au contexte mondial », explique Pierrette Dion.

Selon elle, plusieurs producteurs ressentent le besoin de parler et de recevoir du soutien.

Les travailleuses de rang Pierrette Dion et Solveille Anctil-Duquette (Photo Le Soir.ca- Bruno St-Pierre)

« Cette semaine, j’ai reçu énormément d’appels. Les gens ont besoin de parler et d’avoir quelqu’un pour les soutenir », affirme-t-elle.

Au coeur des familles agricoles a été légalement constitué en décembre 2003 et possède un statut d’organisme à but non lucratif de bienfaisance. ACFA a été un pionnier dans l’aide aux agriculteurs traversant des périodes difficiles sur le plan psychosocial.

« Ils ont besoin de parler »

Dans leurs rencontres quotidiennes, Pierrette Dion et Solveille Anctil-Duquette misent principalement sur la prévention.

Elles effectuent régulièrement des tournées dans les fermes, distribuent de l’information et collaborent avec différents professionnels du milieu agricole, notamment les vétérinaires et les agronomes, afin d’identifier rapidement les producteurs en difficulté.

« Notre rôle est de soutenir les producteurs dans leur bien-être et d’améliorer leur qualité de vie. Nous sommes là pour les accompagner, les aider à trouver les bonnes ressources et les stratégies qui leur conviennent », indique madame Dion.

Les demandes d’accompagnement des producteurs agricoles sont en hausse. (Photo courtoisie)

Malgré la diminution du nombre de fermes, les besoins continuent d’augmenter. « Il y a toujours plus de demandes. C’est fou », constate madame Anctil-Duquette.

Les travailleuses de rang soulignent que plusieurs agriculteurs hésitent encore à demander de l’aide.

« Être un homme avec des valeurs très traditionnelles peut augmenter le risque de passer à l’acte. Même lorsqu’ils sont entourés de leur famille, plusieurs gardent leurs difficultés pour eux afin de ne pas inquiéter leurs proches », affirme Pierrette Dion. « Ce ne sont pas les premiers à lever la main, même si leur réalité est parmi les plus difficiles », ajoute Solveille Anctil-Duquette.

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