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Cercles de fermières : 110 ans de tradition et de solidarité

Plus ancienne organisation féminine au Québec
Georgine Thériault montre sa longue catalogne bleue. (Photo Bruno St-Pierre)

Les Cercles de fermières fêtent cette année leurs 110 ans d’existence. Il s’agit de la plus grande et de la plus ancienne organisation féminine au Québec, comptant près de 30 000 membres. Les Fermières œuvrent principalement à la préservation et à la transmission du patrimoine culturel et artisanal, tout en s’impliquant dans diverses causes sociales.

Il est tôt le matin. Déjà, une demi-douzaine de femmes s’activent dans les locaux du Cercle des fermières de Rimouski. Un impressionnant total de 26 métiers à tisser sont alignés dans deux classes de l’ancienne école devenue le centre communautaire de Sainte-Agnès-Sud.

Des napperons, des lingettes, des nappes, des couvertures et même d’imposantes catalognes rivalisent de motifs et de couleurs. Le plus grand métier comporte 2 000 fils et doit être manipulé par deux femmes.

Georgine Thériault est une passionnée de tissage. Toute petite, elle observait pendant des heures sa grand-mère faire glisser la navette entre les fils.

« Je m’assoyais sur le bord du métier pour la regarder. Ma mère aussi a toujours tissé. On a ça là », dit-elle en pointant son cœur.

Madame Thériault tisse maintenant « pour ses enfants, ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants. Là, je confectionne une catalogne pour mon petit dernier ! Et j’en ai déjà quelques-unes de données », ajoute-t-elle en riant.

Les premiers Cercles ont été créés en 1915. En quelques années, des dizaines d’autres ont vu le jour aux quatre coins du Québec pour briser l’isolement des femmes qui vivaient souvent loin les unes des autres à la campagne. Grâce à ces associations, elles pouvaient socialiser en partageant des connaissances et des savoir-faire ancestraux.

En plus de promouvoir les métiers traditionnels féminins, les Cercles permettaient aux femmes de s’exprimer sur leur condition. L’organisation a offert à des milliers d’entre elles l’occasion de s’affirmer et de prendre leur place dans la société.

Mouvement toujours vivant

Elles sont actuellement plus de 1 800 femmes réparties dans les 37 Cercles des fermières du Bas-Saint-Laurent, entre Capucins et Rivière-du-Loup. L’un des plus anciens, celui de Rimouski, a été fondé le 13 août 1922. La mission première, offrir aux femmes un lieu d’échange, demeure bien vivante.

« Nos membres, quand elles viennent au local, c’est une rencontre sociale aussi. On discute de questions qui concernent les femmes, on fait des ateliers, on a des conférences. Donc, on travaille à l’amélioration des conditions de vie des femmes et des familles, ainsi qu’à la préservation du patrimoine culturel et artisanal », indique la présidente régionale, Sylviane Carrier. 

La présidente des Cercles des fermières du Bas-Saint-Laurent, Sylviane Carrier. (Photo Bruno St-Pierre)

De plus en plus de jeunes femmes s’inscrivent dans les Cercles. La relève artisanale se porte bien.

« Des jeunes mères, des jeunes retraitées, des étudiantes aussi. Les jeunes veulent revenir aux sources. Ce n’est plus acheter, acheter et jeter. Elles veulent passer au suivant. Elles sont soucieuses de l’environnement et du travail bien fait », soutient madame Carrier.  

Système de mentorat

L’organisation a mis sur pied un système de mentorat pour faciliter l’intégration des nouvelles recrues. Les plus anciennes enseignent le tissage et le tricot le soir ou les fins de semaine pour rendre le savoir accessible.

« Moi, j’ai une élève, une jeune maman qui travaille. C’est moi qui me rends disponible pour lui montrer à tisser. Chaque année, on a une quinzaine de recrues qui arrivent. »

Les Fermières transmettent aussi leurs connaissances au-delà du Cercle traditionnel.

« Moi, j’ai été demandée pour donner des cours de tricot au Centre de formation Rimouski-Neigette pour les nouveaux arrivants. » Des activités autour de la couture, du tricot ou du tissage sont également offertes au Musée régional de Rimouski pour toute la famille.

Les Cercles des fermières sont aussi bien connus pour la série de livres de recettes Qu’est-ce qu’on mange?, vendue à 1,2 million d’exemplaires. Pour les 110 ans du mouvement, une nouvelle publication regroupant les 110 recettes les plus populaires a été lancée cet automne.

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