27.09.2020
Nouvelle de 18 h Mémoires d’une ex-employée de la santé

Mémoires d’une ex-employée de la santé

«J’ai mis fin au cycle de la violence administrative»

Le journal le soir a mis la main sur un témoignage touchant de la part d’une ex-employée du réseau régional de la santé, alors que des instances syndicales sont en revendication pour de meilleures conditions de travail actuellement.

Il s’agit bien sûr d’une démarche délicate pour une personne qui craint les représailles, au cas où elle désirerait réintégrer le réseau. Elle souhaite donc demeurer anonyme. Et puis, la prudence s’impose dans le contexte actuel. Quoi qu’il en soit, après avoir vérifié le bien-fondé de l’histoire, les antécédents et la sincérité de la personne concernée, la rédaction a décidé de publier le message envoyé spontanément par ce témoin de première ligne.

« J’ai 45 ans; j’ai travaillé pendant 18 ans à l’hôpital de Rimouski. Le travail en santé et en services sociaux, c’est dans la famille. Je ne dis pas que je ne retournerai pas travailler à l’hôpital, si les conditions s’améliorent », nous a-t-elle confié lors d’un entretien téléphonique préalable, quelques minutes avant la publication de sa lettre.

Voici donc l’histoire de « Suzanne », tel que présentée.

Premier échelon

« Pour résumer mon histoire dans le réseau de la santé, je suis arrivée officiellement au Centre intégré de santé et de services sociaux en 2001, pour un travail à l’entretien ménager, à la buanderie et comme aide de service.

 Je suis devenue préposée au bénéficiaire (pab) en 2005, après avoir terminé mon cours de formation. Dans ces années-là, le travail était difficile aussi, mais pas impossible, comme aujourd’hui. Le salaire était ordinaire, mais j’avais quand même les moyens de payer toutes les factures et quelques extras.

Dans les dernières années, avec des horaires semblables et pour le même employeur, il est devenu plus difficile de tout payer malgré que je ne sois ni une grande dépensière, ni une grande consommatrice. Le salaire a très peu augmenté par rapport au coût de la vie.

« Violence administrative »

 « Ajoutons à cela l’augmentation constante de la charge de travail, la diminution de la reconnaissance et le très grand mépris de l’employeur. Il était devenu évident pour moi que la seule façon de m’en sortir était de quitter ce milieu malsain. J’ai donc mis fin au cycle de la « violence administrative. » Impossible d’avoir un minimum de qualité de vie, des congés, au moment où nous en avons besoin.

Mépris

« Ils » ont même mis un frein à la possibilité de faire des échanges de quarts entre employés, pour s’accommoder. Les nouveaux postes offerts son tout simplement inhumains : des postes où, de semaine en semaine, et même d’un jour à l’autre, tu ne sais pas à quel quart de travail tu seras affecté, ni sur quel département. En entretenant l’incertitude, cela rend impossible une vie de famille, une vie de couple ou même sociale. Et si par malheur il faut passer par le service santé, il faut être prêt à être traité avec le plus grand des mépris ! 

Danger

La majorité des personnes avec qui je travaillais étaient médicamentées ou en très mauvais état de santé, tant physique que psychologique. Il m’est arrivée de rentrer au travail et de voir des collègues pleurer dans leur voiture, avant et surtout après leur quart de travail. Les conditions de travail sont inacceptables et dangereuses pour tous, y compris les patients. Les pauses, inexistantes, et les heures de repas pas toujours possibles.

Douter

Il m’est arrivée de douter pouvoir tenir le coup jusqu’à la fin de la soirée. À ce moment, je me disais que je continuerais jusqu’à ce que je m’écroule sur le plancher et ainsi mon calvaire serait terminé pour une bonne fois. Par chance, ce n’est jamais arrivé. 

L'Hôpital régional de Rimouski.
L’hôpital de Rimouski (CHRR). (Photo journallesoir.ca, Pierre Michaud)

Je me suis aussi souvent surprise à penser que s’il m’arrivait de… je pourrais enfin me reposer. Bien que je sois tout à fait équilibrée et que j’aime la vie au plus haut point! »

Triste

Ce qui me rend le plus triste, c’est que par-dessus tout, j’aime mon métier, j’aime le contact avec les patients. Je ne suis pas gênée de le dire : je suis une excellente préposée, efficace, qui n’a pas peur du travail. Mais cette fois, je me suis choisie, puisqu’il est impossible de pratiquer mon métier et de le respecter dans ces conditions. »

PS : « Depuis mon départ, en novembre, ma santé s’est considérablement améliorée. Je vivais depuis deux ans avec des douleurs insupportables que je n’ai plus jamais ressenties. Sans oublier le bonheur de vivre sans la fatigue constante. »

Centre de santé

Nous avons soumis la lettre non signée à la direction des communications du Centre intégrée de santé et de services sociaux et nous avons obtenu une réponse de Sylvie Lamontagne, malgré l’heure tardive en cette fin d’après-midi, vendredi.

 « Compte tenu du peu d’informations que vous êtes en mesure de nous fournir, et du peu de détails contenus dans la lettre, il serait difficile pour nous de commenter ce cas », indique madame Lamontagne.

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