28.10.2020
Nouvelle de 17 h Le consensus sur la cathédrale s'annonce difficile

Le consensus sur la cathédrale s’annonce difficile

Les réactions sont mitigées à la suite de l’annonce effectuée hier par le député de Rimouski, Harold LeBel, qui aura fort à faire pour réunir les parties autour du projet de restauration de la cathédrale de Rimouski.

C’est ce qu’on peut retenir des réactions recueillies par le journal le soir,aujourd’hui.

Monsieur LeBel a confirmé, hier, qu’il déposait une demande de reconnaissance d’édifice patrimonial de la cathédrale à Québec, afin d’obtenir des subventions qui pourraient aller jusqu’à la moitié des 2,3 M$ nécessaires à la restauration de l’église mère de Rimouski. Il a mentionné avoir reçu, dans le cadre de sa démarche, des lettres d’appui de la Ville, de l’Archevêché, de la Société rimouskoise du patrimoine et de la Fabrique Saint-Germain.

Procès

Pourtant, il s’annonce difficile de voir assis à la même table deux des quatre organisations concernées, la Fabrique et l’Archevêché, alors que les deux parties sont présentement devant les tribunaux dans le cadre de la poursuite intentée contre la première, par la seconde.

Harold LeBel (Photo: courtoisie)

Le député a mentionné qu’il ne voulait pas « convoquer » les parties autour d’une même table, mais plutôt qu’une des parties concernées lance une initiative. La réponse envoyée à monsieur LeBel par la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, annonce une ouverture de la part de Québec, mais conditionnelle à ce qu’il y ait un consensus autour d’un projet de restauration de la cathédrale, fermée depuis bientôt six ans pour cause de décrépitude.

Le Regroupement diocésain

Le Regroupement diocésain pour la sauvegarde de la cathédrale de Rimouski ne fait pas partie des quatre organismes qui ont appuyé la démarche de monsieur LeBel, mais pèse lourd dans le dossier. Selon son président, Jacques Landry, l’intervention du député arrive en retard.

« J’aurais aimé que sa conférence de presse ait lieu en 2016 ou en 2017, car nous avions rencontré monsieur LeBel et nous lui avions déjà demandé de déposer une demande de classement. Nous lui avions dit qu’une part de 50% des travaux pourrait être éligible à des subventions et même 70 % si c’était pour réparer la toiture. Quand j’ai entendu ça hier, je me suis dit, « est-ce qu’il s’est enfin réveillé? » Quand on parle de patrimoine, on parle d’un édifice emblématique qui représente quelque chose d’important pour la population », estime monsieur Landry.

« Je ne crois pas que ce soit le temps de débattre si on veut ou non maintenir le culte à l’intérieur. Ce n’est pas la question; la question, c’est le patrimoine. Je ne crois pas que les responsables des 64 églises qui ont reçu des subventions, à date, au Québec, ont eu à rendre des comptes détaillés sur ce qu’ils voulaient faire de leur église. Ça n’a pas rapport avec la discussion », ajoute-t-il.

La Ville

« Je me réjouis de l’initiative de monsieur LeBel, car comme je l’ai déjà dit, je crois que c’est au niveau provincial qu’il faut intervenir, pour la cathédrale. Selon moi, c’est lui qui est le mieux positionné pour faire cette démarche. La désignation patrimoniale, le ministère de la Culture, c’est provincial. Je suis très heureux de la démarche qu’il a entrepris », soutient le maire, Marc Parent.

Le maire Marc Parent. (Photo: archives)

Quant à savoir si la Ville participerait à un éventuel regroupement pour mener à bien un projet, monsieur Parent précise que c’est le conseil municipal qui en décidera le temps venu. Par contre, il maintient que dans les conditions actuelles, la législation fait en sorte que la Ville n’investira pas.

Désignation

Par ailleurs, monsieur LeBel mentionnait que sa principale attente envers le conseil municipal était qu’il désigne la cathédrale comme bâtiment patrimonial par une résolution, ce à quoi le maire Parent répond :

« Pour le moment, il n’y a aucun projet et selon l’évolution des choses, le conseil municipal prendra position. La cathédrale est déjà dans une zone désignée patrimoniale. De toute façon, la désignation provinciale a plus de poids qu’une désignation municipale. C’est par le gouvernement du Québec que ça passe, d’abord, parce que toutes les sources de financement possible sont assignées par cette désignation provinciale. »

La Fabrique

Nous n’avons pu obtenir de commentaire officiel de la Fabrique, toutefois, une personne proche du dossier mentionne :

« L’Archevêché refuse de travailler avec l’Assemblée de Fabrique de Saint-Germain. À cet effet Denis Grondin (l’archevêque) a entrepris des procédures judiciaires afin d’obtenir la déchéance des marguilliers en poste, lesquels représentent les intérêts des paroissiens dans la sauvegarde de la cathédrale. »

« Il faut rappeler que dans une ordonnance de sauvegarde récente de la Cour supérieure du Québec, suivant un coup de force de Denis Grondin en pleine pandémie, le juge Deblois a maintenu les marguilliers en exercice jusqu’au jugement sur le fond. L’initiative de tout projet à l’égard de la cathédrale ne proviendra que du milieu, alors que la pensée anachronique de l’Archevêché fait toujours sa loi dans l’impasse actuelle par un évêque déconnecté de son milieu, détournant le système judiciaire dans des procédures mesquines. »

Résolution

Cette même source nous dévoile cependant que la Fabrique a déjà, le 25 août dernier, fait connaître son intention de participer à la démarche de monsieur LeBel par la résolution officielle suivante :

« Il est proposé par monsieur Victor Lepage, appuyé par madame Nathalie Leblond et résolu à l’unanimité de signifier la volonté de la Fabrique Saint-Germain de Rimouski de travailler avec monsieur Harold Lebel, député de la circonscription de Rimouski siégeant à l’Assemblée nationale du Québec, pour faire reconnaitre la haute valeur patrimoniale religieuse de la cathédrale Saint-Germain dans sa totalité, tant dans sa facture intérieure qu’extérieure. »

« Cette reconnaissance s’appuie sur la volonté de la Fabrique de ne pas souscrire à la désacralisation en tout ou en partie de ce bâtiment emblématique de la ville de Rimouski et du diocèse de Rimouski, mais en cherchant une harmonisation et une synergie des diverses fonctions que la cathédrale abritera, à savoir : le cultuel, le culturel, le communautaire et le touristique. Ce travail se fera auprès du ministère de la Culture et du Patrimoine religieux du Québec et tous les différents intervenants de notre milieu qui souscrivent à une réelle sauvegarde de la cathédrale Saint-Germain et de son presbytère. »

Lettre ouverte

Par ailleurs, voici une lettre ouverte adressée au journal le soir par une citoyenne, qui souhaite une implication significative de la Ville de Rimouski.

« À la suite d’un article paru dans le journal le soir, dans lequel le maire affirme que la Ville ne peut contribuer financièrement à la réparation d’un lieu de culte, je me questionne à l’effet que dans sa campagne pour l’élection à la mairie, le dossier cathédrale était pour lui un élément important à résoudre dans la première année de son mandat. »

« Depuis ce temps aucune implication de sa part.  Mutisme total. Quand même étonnant! Lorsqu’il est question de revitalisation du centre-ville, il n’ose même pas prononcer le mot cathédrale. »

Le cœur

« Elle est pourtant le coeur de notre centre-ville. Que veut le maire? La  désacralisation de ce monument? Pourquoi?  Afin de pouvoir prélever des taxes aux citoyens sur le bâtiment et les terrains adjacents? »

« Actuellement aucune taxe n’est prélevée sur ce bâtiment puisque celui-ci est un édifice religieux. Comment se fait-il qu’un conseil municipal accepte que son centre-ville soit défiguré de la sorte pendant autant d’années sans exiger que des décisions se prennent pour remédier à la situation? »

« La cathédrale de Rimouski ne sera plus jamais la même. Fini le temps où elle ouvrait ses portes à 10 heures pour les refermer après la messe du dimanche. Tout en gardant l’entièreté de la nef pour le culte, rien n’empêche de la rendre accessible à la population qui voudra y voir des concerts d’orgue d’une qualité exceptionnelle, des concerts de chorales, un musée, des spectacles sons et lumières ou visite des catacombes etc. etc. »

Les touristes

« Il ne faut surtout pas oublier les touristes qui s’intéressent de plus en plus à ce type d’attraits. La cathédrale va devenir un pôle attractif très intéressant pour notre ville. C’est un sacrilège que de vouloir ériger des murs dans cette enceinte.  Il y a suffisamment d’endroits à Rimouski pour y installer des bureaux ou des organismes. Pourquoi choisir de le faire dans une cathédrale? »

« Nous avons ici un bâtiment d’une très grande valeur et il n’y en a pas tant que ça à Rimouski.  Pensons à la maison Gauvreau qui a failli être détruite. Quelle perte ce serait. On a eu la chance d’avoir à cette époque des gens qui y ont cru. »

« Lors d’un sondage effectué il y a quelques années, 75% des répondants se sont prononcés en faveur de la préservation de ce monument en un lieu de culte. Ce fut une surprise totale pour l’Archevêché qui a décidé d’ignorer ledit sondage et évidemment la Ville n’a pas non plus démontré le moindre intérêt. »

« Il est grand temps de réagir.  Nous ne voulons pas que notre cathédrale soit charcutée, défigurée. Nous voulons sauver notre patrimoine, notre histoire, alors, s’il-vous-plaît, manifestez-vous! Si vous aimez, partagez. Voilà une excellente façon de se faire entendre. »

Par E. Gagnon

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