30.10.2020
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Exclusif : ce que monseigneur Grondin a dit sur le dossier de la cathédrale

Extraits des témoignages dans le cadre du procès

Le journal le soir a mis la main en exclusivité sur les témoignages des principaux personnages de l’Archevêché impliqués dans le dossier de la cathédrale de Rimouski, livrés à la fin du mois d’août.

Ces témoignages, ceux de Michel Lavoie, économe diocésain, Denis Grondin, archevêque et Suzanne Bérubé, marguillière de la Fabrique de la Bienheureuse Élisabeth-Turgeon, ont été livrés dans le cadre d’une poursuite de l’Archevêché contre les marguilliers de la Fabrique Saint-Germain, qu’il souhaite destituer de leurs fonctions, alléguant qu’ils ne s’occupent pas correctement de la cathédrale de Rimouski, fermée depuis novembre 2014 pour cause de délabrement. L’élection de marguilliers a été contestée par l’Archevêché.

Rappelons que le Diocèse a séparé les paroisses de Rimouski en 2018, la Fabrique Saint-Germain pour la cathédrale et le presbytère et la Bienheureuse Élisabteh-Turgeon pour toutes les autres paroisses.

Dans le cadre de son témoignage, l’archevêque Denis Grondin, premier volet de notre reportage, explique notamment comment les choses ont déraillé dans les relations entre l’Archevêché et la Fabrique.

Tensions

« Bon, les tensions, elles sont advenues surtout à partir du moment où est apparu le comité de deux mille seize (2016) (NDLR : associé au Regroupement diocésain pour la sauvegarde de la cathédrale), parce que la Fabrique espérait que le projet de 1862 (Comité cathédrale 1862) puisse aboutir, parce que la Fabrique elle-même disait : « On n’est plus capable de tenir la cathédrale. On la tient à bout de bras, mais comme on a d’autres églises… » »

Décision à prendre

« Il y avait toute une décision à prendre quant à l’avenir des églises : quelle église on garde, quelle église on ne garde pas. La Fabrique, à partir du moment où certains membres défendaient davantage une vision de la cathédrale comme seule église de Rimouski, parce qu’on considérait dans l’ensemble de la Fabrique qu’il y avait trop d’églises, alors il y avait une tension entre les membres de la Fabrique Saint-Germain qui prônaient juste la cathédrale comme église et les autres qui disaient : « Non, il faut sauvegarder les autres églises, parce qu’elles sont apparues depuis soixante (60), soixante-dix (70) ans, et elles forment… elles ont toutes une vie paroissiale. » Bon. Alors, cette tension-là, elle se reflétait à l’intérieur de la Fabrique. »

« On peut dire qu’au niveau diocésain, avec les collaborateurs, on voulait une vision de partage des coûts pour la survie de la cathédrale et non pas une vision de démolition, mais de partage des coûts, et donc d’accès de la cathédrale pour différentes fonctions ou oeuvres qui permettraient que nous n’ayons pas à supporter tout ce que ça implique comme travaux, mais aussi comme suivi, parce que c’était une question de suivre la cathédrale dans le temps et non pas seulement de la réparer », a dit monseigneur Grondin.

Cristallisation

-Question de la procureure des marguilliers, Sophie Noël : « Cependant, dois-je comprendre que vous avez donné votre aval pour la contestation des élections par les demandeurs, là, l’Archevêché et la Corporation archiépiscopale? »

-Réponse : « Non, je n’ai pas… je ne me suis pas impliqué dans cette contestation, disons que c’est monsieur Lavoie avec le chancelier (Yves-Marie Melançon). La présence de membres de la Fabrique qui sont associés à la posture du comité deux mille seize (2016) a amené quand même… — Michel Lavoie, si je ne me trompe pas, était encore sur les réunions de fabrique — a amené une sorte de cristallisation de la posture suivante, c’est que la Fabrique, bien sûr qu’après le déménagement… moi, je n’ai pas suivi non plus le déménagement puis… des lieux du presbytère et puis tout le réaménagement, mais à travers tout cela, les frustrations de la Fabrique — de membres de la Fabrique, il y avait toujours le fait qu’on disait : « Monseigneur, vous devez fermer les églises, vous devez fermer les églises surnuméraires, mais pas la cathédrale, parce que c’est l’église première. Donc, la vente des églises va permettre de faire les travaux et de faire survivre la cathédrale. » »

Le combat

« Ça, c’était la problématique, parce qu’il fallait… on savait bien qu’il fallait, selon le carnet de santé, éventuellement faire des travaux et que faire des travaux ne voulait pas dire, pour moi, que la vision de transformation ou d’intégrer d’autres partenaires, ça excluait cela, mais c’était toujours au détriment de la vie des autres milieux qui se sentent menacés par la Fabrique Saint-Germain ou des membres de la Fabrique Saint-Germain. C’était là que se jouait le combat à quelque part. »

« De sorte qu’après avoir parlé au conseil presbytéral, au bureau de l’archevêque, j’ai pris la décision d’affirmer ma vision en faisant un décret qui fondait une nouvelle paroisse Élisabeth-Turgeon et qui faisait que la paroisse Saint-Germain était réduite à la cathédrale. »

Décret

« Bien, le décret qu’on a choisi de faire, on a expliqué la raison après. Je n’ai pas fait une consultation avant : « Seriez-vous d’accord que… », sauf pour le conseil presbytéral. Je n’ai pas fait de consultation populaire là-dessus. Ça ne veut pas dire que j’étais inconscient de l’attachement des gens à l’église cathédrale, mais l’évolution paroissiale du territoire de Rimouski, qui inclut les autres églises, et aussi la recommandation du conseil de fabrique de ne plus avoir le fardeau de la cathédrale tout seul, fait en sorte que je me suis dit : « Ça va être une entité, puis ceux qui vont être motivés vont y travailler. » »

Le Regroupement diocésain

-Q : « Pour quelle raison il y avait une problématique que les marguilliers soient… certains marguilliers soient partisans du Regroupement diocésain? »

 -R :« Bien, la raison, c’est que le Regroupement diocésain prône une chose, le culte et puis la réparation de la cathédrale, mais pas de transformation avec d’autres groupes, organismes. Et j’ai senti, à toutes les fois que j’ai eu des liens avec ce regroupement ou j’ai entendu leurs interventions, que c’était une voie que… que ça devait aller par là, et il n’y avait pas de volonté de travailler avec les autres pour une voie de transformation de la cathédrale. »

Sur ce, le Regroupement a pourtant maintenu ces derniers mois qu’il est favorable à un usage multiple de la cathédrale.

« J’ai répété quelques fois à Jacques Landry (NDLR : président du Regroupement diocésain): « Tu viens travailler avec les autres ou ce n’est pas possible. » Et puis, il me disait : « Non. Moi, j’ai ma mission, vous savez c’est quoi. » »

Téléguidé?

-Q : « Vous êtes en train de dire que le conseil de fabrique était téléguidé par une association de paroissiens, c’est ce que vous me dites, c’est ça? »

-R : « Bien, c’est un constat, parce que les décisions, les rapports de la fabrique, ils étaient tous… tout le temps au courant, le Regroupement, de la façon dont ils réagissaient, on dit : « Ils savent les choses. » Et cette proximité faisait que, pour moi, la Fabrique n’était plus objective pour rentrer en dialogue avec l’archevêque, parce que la vision des choses dans un diocèse, elle doit venir non pas d’un comité particulier, mais d’un dialogue avec l’archevêque. C’est moi qui donne la vision générale des choses, en tenant compte quand même des mouvements populaires ou des avis, mais à la fin, ce n’est pas un regroupement qui doit téléguider les options sur une cathédrale, en plus c’est la cathédrale. »

Fonds

Dans la procédure, les marguilliers concernés reprochent à l’Archevêché d’avoir orchestré un détournement de fonds, pour une somme de 170 000 $. Voici ce qu’en dit monseigneur Grondin.

-Q : « O.K. Et finalement, de quelle façon arrive le fait que vous… que monsieur Lavoie, votre économe, décide de faire des démarches pour récupérer les fonds dédiés à la rénovation de la cathédrale pour le virer vers un autre compte bancaire et faire les opérations lui-même? »

-R : « Au moment où la Fabrique nous renvoyait les comptes de dépenses ou chauffage ou différentes choses, il a fallu envisager, oui, mais nous, on n’est pas la corporation de l’archevêque, ce n’est pas notre administration. Dans leur mandat que je leur ai donné, les administrateurs marguilliers, c’est de gérer, je dirais, d’une façon normale, les comptes réguliers, avec leur argent. »

Argent dédié

« Ils m’ont toujours objecté que c’était de l’argent dédié à la restauration, aux travaux de la cathédrale, parce que c’est vrai que c’était un fonds pour la restauration de la cathédrale, mais je peux bien avoir ramassé un montant pour restaurer ma maison, s’il y a des factures courantes, bien, je vais être obligé de les payer, puis il va falloir peut-être que je retarde les montants pour plus tard, mais ces montants-là, ce n’est pas un vol, c’était pour prévenir une dégradation plus importante de la cathédrale. »

« Et dans la mesure où ça a été avec la Caisse populaire, monsieur Lavoie, et ça a été accepté, moi je me suis dit : « Il n’y a pas de problème de prendre cet argent-là. » »

-Q : « Je comprends. Donc, vous maintenez encore aujourd’hui que Saint-Germain, la paroisse, comme elle est depuis votre décret, est une paroisse qui peut générer des revenus et s’assurer de son entretien compte tenu qu’elle a un actif important? »

-R : « En tout cas, amorcer des démarches pour aussi trouver des façons de financer la paroisse, différentes des méthodes habituelles, qui sont la capitation ou… il y a différentes façons de faire pour une cathédrale. »

« J’ai appris ça puis j’ai dit : « Ah oui? Ils permettent ça? » Mais comme je me fiais à… au « blackshed » de la Caisse et puis monsieur Lavoie a expliqué ça, j’ai dit : « Ah, c’est étonnant, l’institution financière a la permission, alors j’imagine que ça doit être permis. » Je n’ai pas été plus loin, je ne suis pas un administrateur bien ferré », a aussi déclaré monseigneur Grondin à ce sujet.

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