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Éditorial

Le syndrome de la salle de spectacle

La salle Desjardins-TELUS et la Cathédrale de Rimouski. (Photo : Jean-François Lepage)

Ceux qui ont plus d’expérience dans la vie se souviendront de la saga de la salle de spectacle Desjardins-TELUS à Rimouski, qui a débuté en 1967 et qui s’est terminée le 23 février 2003.

Cette saga s’est conclue par un référendum qui a obtenu 80% d’appui pour le projet d’une salle de spectacle au centre-ville, avec sa façade sur la rue Saint-Germain Ouest. Ce bâtiment est aujourd’hui un emblème culturel et architectural au cœur de Rimouski. Il fait partie de la signature visuelle de la ville. 

Maison Marie-Élisabeth_233 000

Malgré tout, cette histoire a duré près de 36 ans. Les premiers protagonistes ont eu le temps de prendre leur retraite avant que ce dossier ne soit réglé. Le syndrome de la salle de spectacle, c’est justement cette habitude de systématiquement rencontrer de l’opposition sur des projets qui auront un impact positif sur la collectivité en général. 

Il semble pratiquement impossible de réaliser un projet majeur public en moins de cinq ans, dans la cité rimouskoise. Il faut absolument que tout traîne en long et en large, comme quoi la minorité qui s’oppose finit par contrôler l’espace de débat. Il est important de respecter les opinions divergeant, de débattre, et ce dans l’objectif de trouver un compromis. 

Le problème, ici, c’est que dans la majorité des projets d’envergure des dernières années, on a assisté à la doctrine du crois ou meurt. Aucune autre option n’est possible. Les opposants restent confortés dans leur position sans possibilité de négociation. Ces symptômes sont présents dans plusieurs dossiers d’actualités notamment dans celui de la cathédrale de Rimouski, qui traîne depuis plus de sept ans, dans le dossier FARI, un projet de résidence pour personnes âgées qui permettrait de diminuer la pression sur les disponibilités de logement et sur le taux d’inoccupation de 0,9% de la Ville de Rimouski.

La rue Saint-Germain Ouest au centre-ville de Rimouski (Photo: journallesoir.ca, Pierre Michaud)

À plus petite échelle, on pourrait aussi penser au conseil de la Fabrique Saint-Germain qui demande un prix faramineux pour un terrain. Dans ce cas précis, au lieu de donner un coup de pouce pour célébrer le 325e de notre ville, ce groupe de personnes préfère mettre en péril un projet de projection multimédia en plein air, en demandant 21 000 $ pour la location de son terrain, pour quelques semaines. Ce genre d’attitude nous fait reculer comme collectivité. Dans des moments de célébration, il faut se serrer les coudes et non profiter de l’occasion pour faire un coup d’argent. 

Majoritairement, les gens de chez nous sont pour le progrès, pour l’avancement de Rimouski. Malheureusement, une certaine minorité, qui souvent est très entendue, prend beaucoup de place dans le débat public. 

Il faut se souvenir que le projet du complexe glace-piscine avait lui aussi connu ses tractations, mais la majorité populaire favorable au projet s’était manifestée pour signifier son appui et les élus avaient confirmé le projet face à une forte acceptabilité sociale. Il faut aussi dire que beaucoup de leadership avait été la clef de voute pour réaliser ce grand projet, un point commun avec l’époque du référendum de la salle de spectacle.

Le Complexe sportif Desjardins (Photo : journallesoir.ca, Pierre Michaud)

Il faut avoir un certain courage pour s’affirmer et défendre le projet qui permettra d’améliorer la qualité de vie du plus grand nombre; il faut avoir de l’audace pour garder le cap malgré la houle. 

Le problème avec cette manie de constamment mettre en doute des projets porteurs, c’est qu’un jour cela découragera les investisseurs de s’intéresser à Rimouski et sans investisseurs, il y a peu d’options pour améliorer l’attractivité de notre ville. Ces grands projets font la différence dans notre qualité de vie, dans notre capacité à attirer de nouveaux citoyens et surtout dans notre capacité à garder ceux qui sont nés ici.  

Généralement, lorsque ces projets vont de l’avant, les bénéfices se font sentir et ces opportunités deviennent des vecteurs de développement pour la Ville en général. Il suffit de penser comment la salle de spectacle nous a permis d’améliorer l’offre culturelle, le complexe glace-piscine qui nous a permis d’améliorer la disponibilité des infrastructures sportives pour finalement obtenir les Jeux du Québec d’été en 2023. Toutes ces avenues rendent Rimouski plus visible et ultimement plus attractive. Plus l’on parle en bien de nous, plus d’autres voudront s’ajouter à notre tissu social. 

Il y a un adage qui dit que tout ce qui traîne se salit et finit par se détériorer. Il est donc peut-être venu temps de changer de paradigme afin de travailler dans un esprit de collaboration. Avec de nouvelles approches et en demandant aux anciens protagonistes de prendre un pas de recul, nous pourrons certainement amorcer une véritable discussion qui aboutira à de véritables consensus. 

Comme collectivité, il faudra trouver un remède au syndrome de la salle de spectacle si nous voulons faire encore plus fleurir notre ville; si nous voulons améliorer nos milieux de vie. Il faudra s’ouvrir aux différentes options pour en arriver au meilleur pour tous les citoyens de notre cité. 

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