Le vrai coût de la vie dans le Bas-Saint-Laurent
Conseils financiers du Groupe Benoit Arsenault
On entend souvent dire que le coût de la vie est moins élevé dans le Bas-Saint-Laurent qu’à Québec ou à Montréal. Avec la hausse généralisée des prix au cours des dernières années, plusieurs se demandent toutefois si c’est encore vrai. La réponse est moins simple qu’il n’y paraît.
Pour comparer le coût de la vie entre différentes régions, il ne suffit pas de regarder le prix des maisons ou le niveau des salaires. Il faut considérer l’ensemble de l’équation : les revenus, le logement, le transport, les impôts, et, plus largement, le pouvoir d’achat réel des ménages.
Selon les données les plus récentes de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), le revenu disponible par habitant dans le Bas-Saint-Laurent s’établissait à 32 917 $ en 2023 (36 531 $ pour l’ensemble du Québec), soit la dernière année pour laquelle cet indicateur est disponible.
Le revenu disponible correspond à l’argent qu’il reste après les impôts et les transferts gouvernementaux et permet donc de mieux mesurer le pouvoir d’achat réel des ménages.
Le revenu disponible par habitant dans la région est demeuré inférieur à la moyenne québécoise de 2019 à 2023, affichant un écart d’environ 10 % en 2023. Cette statistique ne révèle toutefois qu’une partie de l’histoire, puisqu’un revenu plus faible ne signifie pas nécessairement un niveau de vie inférieur.
Le principal avantage économique de la région demeure le logement. Pour la majorité des ménages, il s’agit de la dépense la plus importante du budget familial. Or, malgré les hausses observées depuis quelques années, l’accès à la propriété demeure généralement plus abordable ici que dans plusieurs grands centres urbains.
Selon l’ISQ, la valeur moyenne des résidences unifamiliales atteignait 240 377 $ dans le Bas-Saint-Laurent en 2025, comparativement à 474 001 $ pour l’ensemble du Québec. Cet écart a des conséquences concrètes pour le budget de nombreux ménages.
Lorsque le logement accapare une plus faible proportion du revenu, il reste davantage d’argent pour épargner, investir, rembourser des dettes ou simplement faire face aux imprévus du quotidien.
Il faut également tenir compte du marché du travail dans la région. Contrairement à certaines perceptions du passé, le Bas-Saint-Laurent affiche aujourd’hui une situation enviable.
Les données récentes montrent que le taux d’activité, le taux d’emploi et le taux de chômage se comparent avantageusement à ceux observés ailleurs au Québec. Cette réalité contribue à soutenir le revenu des ménages et à maintenir le dynamisme économique de la région.
Bien sûr, certains emplois offrent des salaires plus élevés dans les grands centres. Cependant, ces revenus supérieurs s’accompagnent souvent de dépenses plus importantes, particulièrement pour l’habitation. C’est pourquoi plusieurs experts considèrent qu’il faut s’intéresser davantage au pouvoir d’achat qu’au salaire brut.
Le transport constitue un autre élément important de la comparaison. Pour plusieurs familles du Bas-Saint-Laurent, l’automobile demeure essentielle. Les coûts liés à l’essence, à l’entretien, aux assurances et au remplacement du véhicule représentent une part importante du budget.
Cette réalité explique pourquoi Statistique Canada recommande désormais d’analyser conjointement les coûts du logement et du transport lorsqu’on cherche à mesurer l’abordabilité d’un territoire. Une habitation moins coûteuse peut parfois être accompagnée de frais de déplacement plus élevés.
D’ailleurs, la distance n’est pas nécessairement synonyme de perte de temps. Bien qu’il soit parfois nécessaire de parcourir davantage de kilomètres pour accéder à certains services spécialisés, la circulation demeure généralement fluide et prévisible dans notre région.
À l’inverse, bon nombre de travailleurs et travailleuses des grands centres passent chaque semaine plusieurs heures dans les embouteillages.
Il faut aussi reconnaître que le Bas-Saint-Laurent n’est pas à l’abri des défis liés au coût de la vie.
Selon un portrait publié par la Direction de la santé publique du Bas-Saint-Laurent, plusieurs citoyens et citoyennes considèrent qu’il serait aujourd’hui difficile de se reloger en raison du faible taux d’inoccupation observé dans plusieurs municipalités de la région.
Cette réalité nous rappelle que l’abordabilité des logements est un enjeu qui touche maintenant l’ensemble du Québec, y compris les régions.
Mais lorsqu’on évalue le coût de la vie, il serait réducteur de s’arrêter uniquement aux chiffres. La qualité de vie a elle aussi une valeur.
Le temps consacré aux déplacements, la proximité de la nature, le sentiment de sécurité, l’accès aux grands espaces et la vitalité de nos communautés contribuent au bien-être des citoyens et citoyennes, même s’ils apparaissent rarement dans les statistiques.
Le Bas-Saint-Laurent offre un équilibre que plusieurs recherchent. Nous avons la chance de vivre dans une région reconnue pour sa qualité de vie, son dynamisme entrepreneurial et son fort sentiment d’appartenance.
Ces éléments ne se mesurent pas facilement dans une feuille de calcul, mais ils font partie intégrante de la richesse collective de notre territoire.
Alors, la vie est-elle vraiment moins chère dans le Bas-Saint-Laurent?
Dans bien des cas, oui. Le coût relativement plus abordable du logement procure encore un avantage important à de nombreux ménages. Certaines dépenses, notamment liées au transport ou à l’accès à certains services, viennent parfois réduire cet écart, mais ne l’effacent pas complètement.
Les données disponibles nous rappellent surtout que le véritable coût de la vie ne dépend pas d’un seul facteur. Il résulte d’un équilibre entre le revenu, le logement, le transport et la qualité de vie.
Lorsqu’on fait le bilan complet, le Bas-Saint-Laurent continue d’offrir un avantage que plusieurs recherchent : la possibilité de concilier accessibilité, qualité de vie et proximité. Au-delà de l’aspect financier, c’est souvent cet équilibre qui importe le plus.
Pier-Luc Perreault, CFA, M. Sc., conseiller associé en gestion de patrimoine, Groupe Benoit Arsenault, Valeurs mobilières Desjardins
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