Le déploiement du fameux dossier de santé numérique?
L'opinion de Robin Lebel
Un chef‑d’œuvre d’anticipation… mais version film d’horreur. Le Journal de Montréal du 4 juin en a fait un portrait complet, et disons que ça donne envie de rester en parfaite santé jusqu’en 2035. Minimum.
L’opinion de Robin Lebel
Parce qu’on nous promet un avenir numérique, mais le suivi des patients ressemble déjà à un scénario catastrophe. On veut passer de l’âge de pierre à l’IA de 2026 sans passer par l’étape « organisation minimale ». Rien de moins. C’est comme vouloir installer un moteur de fusée sur une charrette à bœufs et espérer que ça tienne la route.
Il faut dire que le système médical n’a jamais vraiment suivi l’évolution du reste du monde. Pendant que les entreprises passaient au courriel, puis au cloud, puis à l’automatisation, nos hôpitaux, eux, ont fièrement adopté… le fax. Une révolution, paraît-il. Sauf que le fax, dans le privé, est mort depuis vingt ans. Dans le réseau de la santé, c’est encore considéré comme de la haute technologie.
Et pendant ce temps, dans les hôpitaux, on voit encore des commissionnaires pousser des chariots remplis de dossiers papier dans les corridors, comme dans un film des années 50. La semaine dernière, j’ai même vu un spécialiste écrire à la main dans un dossier. À la main. En 2026. Moi, j’ai arrêté d’écrire à la main pour mon travail en 1988.
Système informatique
On veut sauter directement au dossier numérique, à la communication virtuelle, à l’interopérabilité totale. Rien que ça.
Quelqu’un, quelque part, a flairé l’affaire du siècle, je crois: vendre un système informatique hors de prix à un réseau qui ne sait même pas encore comment communique à l’interne dans son bâtiment sans faire courir un camelot dans les corridors. Et ensuite, facturer des correctifs, des mises à jour, des « bogues » à répétition. Une vraie mine d’or. Au détriment des soins auprès du patient bien sûr.
Il y aura des dommages collatéraux au passage, quelques centaines de patients décédés par erreur, des milliers tout au plus.
Parce qu’en réalité, dans les hôpitaux, l’informatique se limite à prendre des rendez-vous et enregistrer les patients à l’entrée, sans oublier les prises de sang. Après ça, retour direct chez les Pierrafeu: papier, stylo, formulaires, signatures, photocopies. Et on voudrait nous faire croire qu’on va passer de ça à l’IA en un seul bond.
La logique voudrait qu’on commence par former les infirmières à mettre leurs notes au dossier avec des portables lié à un serveur central de l’hôpital, puis les médecins feraient de même, pour ensuite installer un serveur central qui relierait les bâtiments les uns aux autres. Mais non. Pas assez payant.
Alors on fait l’inverse: on installe les communications, on numérise les archives, on dépense des millions… et ensuite, peut-être, un jour, on apprendra aux gens à s’en servir.
Pendant ce temps, nous, simples mortels, on a un seul conseil de survie à suivre à la lettre: éviter de tomber malade pendant les 5 à 10 prochaines années. Le temps que tout ça se stabilise. Peut-être.

