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Économie

Le transport ne suit pas le même trajet que la pauvreté

Une lacune dans le transport collectif à Rimouski
Des autobus de type G5. (Photo: Pierre Michaud-archives)

Le réseau de transport collectif de Citébus ne répond pas aux besoins de la majorité des personnes en situation de pauvreté à Rimouski.

C’est ce qu’on peut conclure en prenant connaissance d’une recherche socio-démographique réalisée pour le compte de Michel Dubé, coordonnateur de l’organisme de défense des droits des personnes à faible revenu, Action Populaire Rimouski-Neigette. « C’est une amie géographe qui a fait ce travail bénévolement, pour nous appuyer dans nos démarches afin d’obtenir un service de transport collectif plus adéquat », indique-t-il.

Une carte de Rimouski a notamment été dressée à partir du plus récent indice de défavorisation de l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ, données de 2016), avec une gradation de couleur du jaune au rouge précisant quels sont les quartiers les plus pauvres (dévitalisation matérielle et sociale). On y a juxtaposé les cartes des circuits de Citébus et de Taxibus. Monsieur Dubé a bien voulu partager ses conclusions avec les lecteurs du Journal Le Soir. On pourra voir la carte au bas de cet article.

Dans le rouge

En consultant le fameux montage de cartes, l’auteur de ces lignes réalise que les secteurs les plus pauvres de Rimouski sont davantage dans la partie urbaine et situés notamment dans des parties de Saint-Germain, Sainte-Odile, Saint-Robert, l’ancien quartier de Sainte-Agnès Sud et Rimouski Est.

« On constate ce faisant que les trajets ne vont jamais au cœur des districts les plus défavorisés. Ils les contournent, plutôt. Ça va à l’encontre de la logique. Il faut réaliser que de tous les usagers, ce sont sans doute les personnes à faible revenu qui ont le plus besoin du service pour répondre à des besoins de base. On utilise notamment le transport collectif pour se rendre chez Moisson Rimouski-Neigette, aux bureaux gouvernementaux de la rue Moreault, pour effectuer sa recherche d’emploi et également pour aller travailler », fait valoir monsieur Dubé.

Exemple type

Rappelons par ailleurs que la Ville de Rimouski et la Société des transports de Rimouski (STR) sont en train de finaliser les plans de la nouvelle offre de services de transport collectif, un exercice qui aura duré deux ans. Monsieur Dubé sait que les nouveaux trajets seront dévoilés bientôt, mais il pense qu’il y a certaines lacunes auxquelles on peut remédier rapidement.

« L’exemple le plus éloquent est dans Saint-Robert. On retrouve plusieurs logements à loyer modique sur l’avenue Rouleau, entre la 2e rue et la 12e rue (boulevard Arthur-Buies) et une résidence pour personnes âgées, mais le service ne passe pas par là. Les gens de la résidence ont déjà demandé d’être desservis, mais sans succès. »

« Je ciblerais en particulier trois secteurs, si on peut remédier à la situation : le secteur du parc Lepage, avec le HLM et la résidence pour personnes âgées, sur l’avenue Rouleau; Rimouski-est qui devrait être enfin desservie par Citébus; le secteur de la rue Corneau, dans l’ancien quartier Sainte-Agnès Sud, où il y a aussi beaucoup de HLM (secteur aussi connu comme étant le  « village Brisson »). C’est là où on en aurait besoin. Dans le secteur de l’avenue Rouleau demandé, je pense qu’il vaudrait la peine d’installer un abri bus car je crois que ce sera très achalandé. Ce serait une façon de s’excuser pour avoir exclu ces citoyens du service pendant tout ce temps », commente aussi Michel Dubé.

Saint-Germain Est

Celui-ci ajoute qu’un autre secteur qui mériterait d’être mieux desservi est celui de l’extrémité de la rue Saint-Germain Est, où on retrouve l’édifice Le Séjour et, à peine quelques dizaines de mètres plus loin, où on retrouve l’édifice du 337 rue Moreault, où sont concentrés les services gouvernementaux. « Il y a aussi l’aide juridique dans ce même secteur, une banque, etc. Le député de Rimouski à l’Assemblée nationale, Harold LeBel, dont les bureaux sont situés dans Le Séjour, a demandé un abribus près de son bureau et cela lui a été refusé. Je me permets d’insister moi aussi pour faire une nouvelle demande à ce sujet », indique-t-il.

Bons mots pour Marc Parent

Monsieur Dubé se dit par ailleurs déçu des réponses qu’on lui fournit à la Ville de Rimouski.

« Il fut un temps où j’écrivais au maire, qui me recommandait de m’adresser à la STR, qui me disait d’aller voir le directeur général de la Ville, qui me recommandait d’aller voir le conseil d’administration de la STR. Ça pouvait durer des mois et des mois. Mais avec Marc Parent (maire de 2016 à 2021), ça s’est beaucoup mieux passé. Il me disait : « Viens me voir directement et je vais m’occuper de régler les problèmes. Le directeur général de la Ville est un exécutant. » Quand je suis retourné au conseil municipal après les dernières élections, en février dernier, ça a recommencé avec les nouveaux élus », déplore-t-il.

« Le maire Guy Caron m’a renvoyé à Maude Bernier (directrice de la STR), qui me dit que « c’est la Ville qui décide de la tarification ». Je demande d’instaurer une tarification sociale et de réduire les tarifs pour l’ensemble des usagers. Je n’ai toujours pas obtenu de réponse. J’aimerais que la partie de ping-pong cesse. Normalement, le maire devrait être capable de me répondre. J’aimerais bien avoir la même écoute que j’ai eue avec monsieur Parent. Il avait promis d’assumer le leadership dans ce dossier et c’est bien ce qu’il a fait. »

Marc Parent (Photo: Ville de Rimouski)

Journée gratuite

Michel Dubé croit finalement qu’il peut faire la démonstration qu’une journée gratuite de transport collectif par année aurait un effet important sur le recrutement de la clientèle. Il cite en exemple la Ville de Boischatel qui a instauré un système de transport entièrement gratuit.

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