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Nouvelle de 17 h

Freiner la spéculation, décider collectivement

Dossier logement: le modèle des « community land trust »
Paysage rural du secteur de Saint-Anaclet, dans la MRC Rimouski-Neigette. (Photo: archives)

Un sociologue à la retraite originaire de Rimouski qui habite maintenant à Sherbrooke, Alain Vézina, propose aux habitants de la région qui subissent la crise du logement de se pencher sur des modèles alternatifs.

La crise du logement à Rimouski se résume en un chiffre : 99,2 % des logements sont occupés. C’est le quatrième taux le plus bas au Québec. Le seuil d’équilibre se situe d’habitude à 3%, soit 97% des logements occupés. Nous poursuivons ce soir notre série de reportages sur la pénurie, la situation des locataires qui cherchent à se reloger et le marché de l’habitation en général.

Propriétés collectives

Métal du Golfe_VF

« Le principe des « community land trust (CLT) » est que le sol doit être utilisé pour répondre aux besoins des habitants et non pas comme un bien spéculatif », explique une très intéressante vidéo intitulée « Le community land trust bruxellois/Une terre partagée pour un habitat responsable », un document qu’Alain Vézina invite tout un chacun à consulter.

Il propose aussi de s’intéresser au « Champlain housing trust », pas très loin de chez nous, chez nos voisins états-uniens du Vermont.

Inverser

« Il faut beaucoup regarder cette page, car on y rassemble de tout pour le rendre (le fonds) sans cesse plus abordable, plus à l’écart du marché lucratif et tendanciellement spéculatif. Burlington était plus chère que Sherbrooke il y a peu. Je pressens que c’est en voie de s’inverser. On se soucie aussi des ménages à faible revenu dans ce CLT », observe Alain Vézina.

Plus d’engagement

« J’ai compris que le fait que le sol redevienne collectif, comme chez les amérindiens, ferait en sorte qu’il y aurait davantage d’engagement de la part des citoyens dans leur milieu. Ça devient quelque chose à gérer ensemble. Au lieu de se replier sur son propre petit domaine, on doit s’intéresser au domaine commun. L’idée des CLT a été initiée à différents endroits aux États-Unis et ça s’est élaboré au cours des ans. La formule presque définitive date du début des années 1980. À Burlington, progressivement, on conquiert le sol et on le gère de façon commune, par un conseil d’administration. Le sol devient propriété collective, il est revendu; une entreprise, une industrie ou un quartier de maisons, c’est la communauté qui décide qui va s’installer où. Mais ce n’est pas que du résidentiel, car on prend en considération les services dont on a besoin », précise monsieur Vézina.

Alain Vézina (Photo: Facebook-Alain Vézina)

Bernie Sanders

Le politicien démocrate Bernie Sanders avait appuyé cette démarche alors qu’il était maire de Burlington. « Il ne l’a pas initié, mais il a été sollicité et il a accepté. La Ville a donné un ancien poste de pompier comme premier terrain et une somme de 200 000 $ aux citoyens pour qu’ils mettent en marche leur CLT. Le projet repose sur des assises solides. Il y a des ententes avec des petites institutions financières locales qui sont favorables au développement communautaire », raconte encore Alain Vézina, en entrevue exclusive avec le Journal Le Soir.

Lots intramunicipaux

Le modèle des community landing trust fait penser à l’initiative du député de Rimouski à l’Assemblée nationale, Harold LeBel, qui tente de rendre des lots intra-municipaux disponibles au développement résidentiel dans les municipalités rurales, pour en favoriser l’attractivité.

« Une terre peut être récupérée par une ville pour différentes raisons. La collectivité décide de construire ou non, dépendamment de ce que sont les besoins. Ça peut être un espace de verdure, aussi. On décide de toute façon d’occuper un espace potentiellement immobilier pour en changer la logique, pour contrer l’augmentation des prix, que ceux-ci soient conservés accessibles et bas et que l’usage réponde à un besoin », fait-il remarquer.

Airbnb

Par ailleurs, l’ex-maire de Sainte-Luce, Roch Vézina (NDLR: le nom de famille commun est un hasard), réagit de son côté à un volet de notre série de reportages concernant les effets pervers de la plateforme de réservation de logements de particuliers Airbnb. Alors que des logements seraient nécessaires pour accueillir de nouveaux travailleurs, entre autres dans le domaine de la santé, ou des réfugiés, des logements Airbnb sont souvent inoccupés les trois quarts du temps.

« Hélas! Il y a belle lurette que je dis que les Airbnb vont dévitaliser nos régions. Ces endroits sont occupés quelques semaines annuellement et ce à très gros prix et pour le bénéfice des touristes. Ces Airbnb à Rimouski privent 100 familles qui s’y installeraient de contribuer à l’essor de cette ville, de participer à la vie de quartier etc. Qu’est ce l’on attend pour cesser l’émission de permis pour ce type de commerce? Pourquoi les villes n’exigeraient pas un retour substantiel sur chacune des locations pour créer un fonds? Ce fonds pourrait être consacré à des constructions à prix abordables. »

Une intervention positive en se sens « favoriserait une vie de quartier avec des résidents permanents en lieu et place d’habitations vides », croit Roch Vézina.

« Pas une bonne idée »

D’ailleurs, dans l’un de nos articles de la semaine dernière, le député LeBel a mentionné aux propriétaires d’Airbnb de la région « Les logements Airbnb, ce n’est pas vraiment une bonne idée. Je peux comprendre que ce soit rentable dans la saison touristique, mais là, il y a des familles dans le besoin. Parlant de besoin, on a besoin de solidarité et de concertation. »

Pénurie de terrains

Un lecteur qui veut demeurer anonyme souhaite quand même partager ses réflexions : « Pourquoi ne pas aborder également le sujet de la pénurie de terrains disponibles pour une nouvelle construction unifamiliale ? Il y a très peu d’offre sur le marché des maisons à vendre et des terrains. Il faut stimuler l’offre, la demande actuelle est bien trop forte. Et ce n’est pas en subventionnant une petite poignée de logements sociaux par année qui va nous sortir de ce gouffre. »

État pitoyable

Monsieur trouve que la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) et les appareils municipaux sont de grosses machines qui freinent le développement urbain : « Un simple vol d’oiseau sur Google maps me permet de visualiser divers nouveaux quartiers avec des espaces verts inclus… Pourquoi les seuls terrains disponibles dans la région coûtent 100 000$ et plus? Il me ferait grand plaisir de laisser mon logement actuel à quelqu’un qui en a besoin pour me loger dans une maison nouvellement construite, mais il n’y a actuellement aucun incitatif pour un jeune couple récemment diplômé et gagnant un bon salaire de se loger dans la région de Rimouski, sauf d’y acheter des immeubles à revenus dans en état pitoyable. »

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