22.09.2020
Chroniques Il y a 98 personnes...

Il y a 98 personnes…

Voici la dernière chronique de cette trilogie sur la surdouance. Mais j’y reviendrai plus tard — on est loin d’avoir tout dit!

Quand on est surdoué, peu importe le profil, on vit avec une différence; j’ai déjà expliqué cela. Une différence qui est un écart à la norme.

Mais concrètement…

Concrètement, ça veut dire que dans un bureau de 100 personnes, statistiquement, il va y avoir 2 ou 3 personnes au profil de surdouance (ça dépend des milieux bien sûr, certains attirant davantage des travailleurs de ce profil du fait de la nature de l’emploi). Ce qui veut dire que, si vous comptez bien, 98 ou 97 personnes pensent et agissent différemment de vous. Ça en fait du monde différent! Ok, entendons-nous, il n’y a pas que deux catégories de gens dans le monde : les surdoués et les non surdoués. Il y a autant de différences qu’il y a de gens, mais là, pour les besoins de la cause, permettez-moi d’y aller au plus simple.

Donc, imaginez-vous… si vous êtes surdoué…

… il y a 98 personnes de votre équipe qui ne comprennent probablement pas comment vous êtes arrivé à ce raisonnement que l’on pourrait qualifier d’intuitif. Il y a 98 personnes sur 100 qui risquent de ne pas vous accorder de crédit pensant, à tort, que vous êtes un illuminé ou que vous parlez à travers votre chapeau car votre pensée en arborescence et complexe ne vous permet pas toujours de défiler le fil de votre raisonnement (qui est très rapide et prend en compte une multitude d’éléments en même temps). Conséquence : vous savez que vous savez, mais êtes dans l’impossibilité d’expliquer votre raisonnement ou avec grande difficulté, ce qui vous fait perdre toute crédibilité aux yeux de certains.

…il y en a 1 qui vous comprend, qui compatit, mais qui n’ose pas prendre la parole pour défendre votre idée à l’encontre de la majorité.

Donc, imaginez-vous… si vous êtes surdoué…

… il y a 98 personnes qui s’amusent au 5 à 7, qui rient, parlent de tout et de rien, en profitent pour s’éclater.

…il y a 98 personnes qui ne comprennent pas que vous ne soyez pas venu au party parce que le bruit de toutes ces voix en plus de la musique vous vrille le corps. Vous aimeriez, mais ne pouvez pas le tolérer.  Ou encore vous êtes la seule à vous demander pendant tout le 5 à 7 ce que vous pourriez bien dire aux autres, vous censurant avant même d’ouvrir la bouche, cherchant à savoir ce qui a fait rire tout le monde et que vous n’avez pas saisi. Si vous prenez la parole, on ne vous écoute probablement même pas, les autres étant plutôt habitués à vous voir comme une oreille et à vous confier leurs mille misères. Les sujets de discussion qui vous intéressent causent la plus grande indifférence chez les 98 autres ou, au mieux, les laissent perplexes. Peut-être, au contraire, avez-vous pris la parole en défendant une idée de tout votre cœur et de toute votre âme, manquant de flexibilité, convaincu. Vous ne cherchez pas à avoir raison, vous cherchez à faire la lumière, à rendre justice à la vérité. Les autres vous reprochent votre manque d’ouverture, vous trouvent peut-être condescendant, vous obstinent car ils n’ont pas saisi que le jeu pour vous n’est pas d’avoir raison à tout prix et que, justement, ce n’est pas un jeu, c’est un besoin viscéral que de tout prendre en compte, de tout analyser sans rien laisser passer.

… il y a 1 personne qui aurait bien jasé avec vous, poussé votre idée plus loin, vous aurait questionné… mais, justement, elle est restée à la maison.

Bref, vous vous sentez décalé, vous vous jugez bizarre, vous êtes triste, vous aimeriez bien que la vie en société soit si simple comme elle semble l’être pour les autres.

Vous lisez ce portrait d’une réalité en vous sentant visé? Vous êtes peut-être surdoué.

Vous lisez ce portrait et cela vous allume une petite étincelle? Votre voisin de bureau, celui qui vous tape sur les nerfs plus souvent qu’autrement, celui qui court chez le patron avec une idée toujours meilleure que la dernière, celui qui veut changer le monde, celui que vous trouvez zélé, celui qui est pointilleux et exigeant, celui qui sourit à peine devant vos blagues du vendredi matin, celui qui soupire quand vous appelez un client pendant qu’il corrige un rapport car il est incapable de se concentrer, celui qui plonge le nez dans un livre à la pause-café, celui-là, il est peut-être surdoué.

Non, il ne fait pas cela pour vous écœurer.

Non, il n’agit pas ainsi par mauvaise foi (il a un sens de la justice au-dessous de tout).

Non, il ne se pense pas meilleur que les autres malgré les apparences (bien au contraire, il a une souvent une faible estime de lui).

Non, il ne fait pas exprès (il est convaincu et parfois il a souvent raison — mais vous ne lui direz pas quand vous vous en rendrez compte la semaine suivante!).

Non, il n’exagère pas (il ressent vraiment aussi intensément les choses).

Oui, il est vraiment déconcentré, car, contrairement à vous, chanceux, son cerveau n’a pas la capacité automatique de faire le tri au travers des dizaines de stimulations auditives qui arrivent sans cesse. Il ne le peut qu’avec un grand effort de volonté.

Je pourrais continuer ainsi très longtemps.

Je pourrais, bien entendu, nuancer tout cela car chaque personne au profil atypique est différente bien que certaines caractéristiques leur soient communes.

Je pourrais aussi raconter tous ceux qui ne vous tapent pas sur les nerfs, car ils ont appris à se respecter, à prendre du recul, à se donner des pauses régulières, à structurer autrement leur discours, à choisir leurs batailles, à se taire, à s’effacer (malheureusement parfois), à ne mettre en avant que les facettes d’eux qui sont acceptables pour une majorité (comme leur grande empathie). Et ceux qui ont choisi une profession respectant leurs valeurs et leur tempérament.  

Ceux-là, vous ne vous douteriez même pas un instant de leur profil de surdouance… Et eux non plus, parfois!

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