29.11.2020
Gouvernement du Québec
Chroniques Découvertes brassicoles Lâchez pas la patate!

Lâchez pas la patate!

La crise reliée au coronavirus force les microbrasseries artisanales à redoubler d'ingéniosité pour rejoindre les consommateurs.

Depuis son ouverture en 2018, Le Ketch – microbrasserie du littoral située à Sainte-Flavie a certainement de quoi plaire aux amateurs de lieux festifs. Une vue à couper le souffle sur l’Estuaire du Saint-Laurent, des amuse-gueules aux saveurs régionales et une belle diversité de produits brassicoles offrent aux voyageurs une halte qui donne le coup d’envoi de la route des bières de la Gaspésie. Seulement, depuis le début de la crise reliée à ce satané coronavirus, les touristes se font rares sur la route 132.

Afin de pouvoir continuer à désaltérer les amateurs de bonne bière et ainsi espérer créer de nouvelles opportunités d’affaire, la décision de livrer une patate au four avec de la bière en pots Mason a été prise. Grâce à leur permis de brasseur artisanal et la livraison permise à condition qu’un repas accompagne la commande, l’équipe du Ketch se réjouissait de pouvoir faire découvrir le fruit de leur travail en situation de crise.

Malheureusement, à cause d’une décision de la régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) jugeant la fameuse patate insuffisante, L’équipe du Ketch a été forcée d’imaginer un plan B pour bientôt reprendre les livraisons. J’attends avec impatience les développements de cette aventure en suivant leur page Facebook!

Si la livraison est temporairement interrompue, j’ai eu l’occasion avant que ce soit le cas de goûter quelques-unes des dernières créations du brasseur du Ketch. D’abord amateur enthousiaste, Guillaume Savard a fait le saut du côté des professionnels en septembre dernier. Depuis, il expérimente avec ce qu’il appelle une carte blonde. Un billet pour créer des bières à son goût, en autant que la Vaisseau d’or, la bière blonde et plus accessible du Ketch, soit toujours présente sur les lignes de fûts.

Voici quelques-unes de ses dernières créations.

La Rose des vents du Ketch – microbrasserie du littoral

Bière blanche aux framboises
4,5 % alc./vol.

Brassée comme une bière blanche, la Rose des vents avait été crée à l’origine pour célébrer la journée internationale des femmes le 8 mars dernier. Mettant à l’honneur le flocon de blé et sa texture soyeuse, la bière doit sa couleur particulière à l’ajout de plus de 15 kilos de purée de framboise lors de l’affinage en cuves. Et des framboises, tout le monde aime ça. L’avantage de la purée, c’est que même pasteurisée, elle apporte à la bière ce que le fruit a de meilleur. Au diable l’acidité excessive des baies entières, ici, c’est le souvenir des jujubes à la framboise qui pointe le bout du nez. C’est fruité, c’est sucré mais sans lourdeur, laissant la place à une impression agréable et un équilibre qui donne – comme les jujubes – une envie irrépressible d’en avoir encore.

La Rose des vents, une bière blanche aux framboises. Photo: Guillaume Chevrette

La Enigma du Ketch – microbrasserie du littoral

NEIPA
6,8 % alc./vol.

Avec la Enigma, les amateurs de houblon seront ravis. Brassée avec une levure de type Kveik, la Enigma met les houblons australiens en lumière car elle en contient une quantité démesurée. Enigma et Vic Secret y tiennent le haut du pavé et leurs saveurs tropicales prennent toute la place. La levure utilisée permet quant à elle d’exprimer une amertume débordante qui pique très agréablement la langue. Sa texture et sa couleur particulière sont le fruit du généreux houblonnage à crû lors de la phase active de fermentation. Un régal autant pour les yeux que pour les papilles.

La Enigma, une IPA de type Nouvelle-Angleterre. Photo: Guillaume Chevrette

La Brume du Ketch – microbrasserie du littoral

Double IPA de type Nouvelle-Angleterre
7,8 % alc./vol.

Encore une fois avec la Brume, nous avons affaire à ce que les amateurs de houblon appellent « du gros jus ». Une levure anglaise plus commune lui donne davantage de corps que sa petite sœur Enigma tandis que les houblons chouchous des amateurs – et du brasseur – le Citra et le Galaxy y prennent une place prépondérante. Agrumes, pêches, fruits de la passion donnent le ton, tandis que le taux d’alcool, la chaleur du soleil aidant, a de quoi réchauffer les tempes. À consommer avec modération si nous avons l’opportunité d’aller le faire sur place bientôt.

La Brume, une double IPA de type Nouvelle-Angleterre. Photo: Guillaume Chevrette

Avec un plan B qui s’annonce pour permettre la reprise des livraisons des dernières créations du Ketch, les amateurs de bières soucieux d’encourager le commerce local de la zone frontière entre le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie ont de quoi se réjouir. Je sais qu’une version légèrement plus ronde de la Brume y est en train de maturer, tandis qu’une autre IPA aux levures Kveik, misant sur le côté aromatique de plusieurs houblons intéressants doit prochainement être conditionnée. Ces bières pourront bientôt être livrées à nos portes dans les pots Mason offerts sans consigne.

Pour ce qui est de la patate au four, Guillaume Savard conseille de l’apprêter comme son père le faisait autrefois. « On enlève un petit chapeau à la patate et on le remplace par un morceau de bacon ». Je l’avoue, j’essaierai ce classique lors de mon prochain séjour en camping avec pourquoi pas, un des jolis pots de cette microbrasserie du littoral.

En attendant, j’ai envie de dire à Guillaume et son équipe de surtout ne pas la lâcher!

Depuis plusieurs années, l’association des microbrasseries du Québec (AMBQ) milite pour assouplir les règles qui encadrent le commerce de la bière. L’impossibilité pour les brasseurs de pouvoir livrer directement au consommateur le fruit de leur travail et de nombreux règlements jugés caducs par l’industrie sont au menu des tractations. La crise actuelle liée au coronavirus rend précaire la condition de nombreuses entreprises qui ont à cœur la culture brassicole du Québec.


Quels sont les sujets dont vous aimeriez entendre parler dans cette chronique? Les nouveautés disponibles sur les tablettes des détaillants spécialisés? Les processus de brassage? Les rumeurs du monde brassicole? Communiquez avec moi par courriel.

gchevrette@journallesoir.ca

Quand j’étais petit, il y avait au fond de l’épicerie du quartier où j’ai grandi, une espèce de chambre froide avec une porte très lourde. Toutes les semaines, l'épicier en sortait une caisse de 24 bières de marque Labatt pour mon père, parce que c’était de la Labatt qu’on buvait chez nous. Ensuite, Robert Charlebois s’en est mêlé et collectivement les Québécois ont découvert les microbrasseries. Cette chronique est pour moi l'occasion de partager ma passion pour l'heureux mélange provenant de l'assemblage de l'eau, de l'orge, du houblon, de la levure et de toute ma curiosité. Santé!

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